Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Une nouvelle fois, il entendit un bruit derrière lui et se retourna brusquement. Il lui sembla voir une ombre de l’autre côté de la grande entrée.
« Qui est là ? », demanda-t-il avec un tremblement dans la voix.
Pas de réponse, le bruit avait cessé.
Mikael examina de nouveau la bague de son père, et se dit encore qu’il aurait dû pleurer. Il la cacha dans ses habits et se releva pour revenir au village, à sa nouvelle vie. Mais il se remit à genoux, plongea les mains dans la terre remuée et en prit une poignée, dont il remplit la poche de sa tunique. Un peu plus loin, il en ramassa une autre. Puis il sortit par la grande entrée noircie par le feu pour rentrer au village. Dans les bois, il éprouva à nouveau la sensation d’être suivi. Comme s’il entendait des pas. Mais dès qu’il s’arrêtait, le bruit cessait.
À Notre-Dame des Neiges, il entra dans le petit cimetière derrière l’église. Il lia deux bouts de bois avec de minces bandes d’écorce de saule pour former une croix sommaire, qu’il planta dans la terre dans un coin discret du cimetière. Devant la croix, il creusa un trou.
« Attends », dit une voix derrière lui.
Mikael se retourna.
Eloisa tenait dans ses mains un morceau d’écorce creux. « Attends », répéta-t-elle en disparaissant dans la petite église. Elle reparut quelques instant après, portant précautionneusement le morceau d’écorce. « De l’eau bénite, dit-elle à Mikael quand elle le rejoignit. Je sais ce que tu veux faire. Je t’ai vu au château. Mais on peut pas faire un enterrement sans eau bénite. »
Les yeux de Mikael s’emplirent des larmes qu’il n’avait pas versées jusque-là.
« Vas-y », dit Eloisa. Mikael prit la terre qu’il avait mise dans sa poche et la déposa dans le trou qu’il venait de creuser.
« Dis une prière. »
Mikael se courba et serra les lèvres. « Je ne sais pas quoi dire. »
Eloisa s’agenouilla, attentive à ne pas renverser l’eau bénite.
Mikael s’agenouilla à côté d’elle.
« Dieu, commença Eloisa, même si nous sommes des enfants qui ne savent pas réciter les prières de frère Timotej, tu sais ce que nous voulons. Alors, si tu es aussi bon qu’on le dit, protège l’âme du père de Mikael, de sa mère et de sa sœur, et emmène-les au paradis. » Elle s’apprêtait à verser l’eau bénite.
« Attends », dit Mikael. Il prit l’autre poignée de terre qu’il avait ramassée et la versa dans le trou. « Et emmène aussi Eilika au paradis.
— Amen », dit Eloisa.
Mikael ne put retenir un sanglot.
« Tu dois dire amen.
— A… men… »
Eloisa versa l’eau bénite. « Ferme le trou. »
Mikael recouvrit la terre qu’il avait versée avec celle du cimetière.
Ils prirent le chemin du retour.
« Ça vaut ? demanda Mikael avant d’entrer dans la baraque.
— Bien sûr que ça vaut, répondit Eloisa.
— Alors pourquoi la mère de Gregor a pas fait pareil ? demanda Mikael.
— Je sais pas. Tu m’embêtes. Ça vaut », coupa Eloisa d’un ton brusque.
Cette nuit-là, Mikael fit tourner entre ses doigts la bague de son père. Il se sentait un poids sur la poitrine. Fermant les yeux, il vit sa mère tomber, le poignard dans le cœur, serrant le cadavre martyrisé de son bébé. Il vit la douleur dans le regard fier de son père, qui fixait les yeux de sa femme s’éteignant peu à peu. Puis Agomar lever son épée au-dessus de son père, agenouillé mais pas vaincu. Et il crut entendre la voix cruelle d’Ojsternig ordonner l’extermination de tous les princes de Saxe.
Il serra la bague de toutes ses forces, jusqu’à ce que les bords tordus lui déchirent la peau. Alors il porta la main à ses lèvres et goûta son propre sang.
35
« Dis-moi, tu l’as baisée la nouvelle ? demanda un des cavaliers de l’escorte à un autre, qui venait d’entrer dans l’écurie.
— Qui ? Emöke ? répondit l’autre. Une fois seulement. Celle-là, elle me colle des frissons.
— Elle est folle, dit le premier. Elle dit des choses bizarres quand on la monte… Massimiano m’a raconté qu’une nuit il a cru entendre une voix qui lui répondait…
— Massimiano est un con, répondit l’autre.
— Il m’a raconté que…
— Je m’en fous de ce qu’il t’a dit, Massimiano ! fit rageusement le premier, la voix faussée par la frayeur.
— Il dit qu’il a vu une lumière bleue, et que c’était pas une chandelle…
— T’es sourd ou quoi ? Je t’ai dit que ça m’intéresse pas, ces conneries ! », lâcha le premier cavalier. Il bouscula le palefrenier qui sellait son cheval. « Grouille-toi, le seigneur est presque prêt.
— En tout cas moi, cette Emöke, je la baise plus », dit l’autre cavalier d’une voix sourde.
Entre-temps, la voiture d’Ojsternig avait été amenée au milieu de la cour. Les deux cavaliers, armés d’épées et d’arbalètes, montèrent en selle et se joignirent aux petites troupes de gardes placées devant et derrière. En tête de la première, un jeune écuyer portait l’étendard du seigneur d’Ojsternig. Agomar retenait son destrier.
« Tu sais où on va ? demanda un des cavaliers à un valet grassouillet, qui se tenait, sur le marchepied arrière, à une poignée de cuivre étincelante.
— Klognfuat », répondit-il.
Le cavalier le regarda sans comprendre.
« Klognfuat, répéta le valet. C’est comme ça qu’on appelle Klagenfurt am Wörthersee.
— Pour faire quoi ? »
Le valet haussa les épaules. « Tu crois peut-être que le seigneur me l’a dit ? »
Ojsternig sortit alors du palais, vêtu d’une tunique de brocart italien tissé de fils d’or, en souliers de cuir noir lacés jusqu’au mollet. À ses doigts, les bagues de sa lignée. Un long poignard au manche incrusté de pierres précieuses était fixé à sa ceinture par une chaîne d’or. Sur sa poitrine, un collier d’or à larges mailles se terminait par un pendentif rond, incrusté d’une émeraude grosse comme une noix.
Arialdo de Tarvis marchait péniblement derrière, suivi d’un valet portant une caisse de fer fermée par un lourd cadenas.
Ojsternig monta en voiture, suivi d’Arialdo.
La caisse une fois chargée, le valet rejoignit l’autre à l’arrière, sur le marchepied.
Agomar donna le signal du départ.
Les cavaliers de la première troupe éperonnèrent leurs montures. L’étendard se déploya sous le ciel sombre. Le cocher fit claquer son fouet, et l’attelage de quatre hongres se cabra et partit. La seconde troupe s’ébranla derrière. La petite foule de serviteurs qui se pressait dans la cour dut se jeter contre les murs des fortifications pour éviter d’être renversée.
Ojsternig ferma les lourdes tentures de velours et frappa de sa main la caisse de fer posée près d’Arialdo : « Quand la Raühnvahl sera à moi, nous raserons la forêt et nous gagnerons autant d’argent qu’à la belle époque de la mine. Tu as vu comme ils sont riches, ces vilains, à eux tous ? »
Arialdo acquiesça mollement.
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Ojsternig.
— La Raühnvahl est riche parce qu’elle a été bien administrée, répondit le comptable. Et pas pressurée.
— Eh bien, nous la pressurerons », dit Ojsternig en riant. Il allongea les jambes sur la banquette. « Maintenant arrête de pleurnicher et laisse-moi tranquille », dit-il en prenant une gourde en argent pour boire une longue rasade du meilleur vin de Rhénanie. Il contempla la caisse cadenassée. Elle était pleine de pièces d’or. Au retour de Klagenfurt, elle serait presque vide. Mais cela en valait la peine. Le plan qu’ils allaient mettre en œuvre, imaginé par Arialdo de Tarvis, était ingénieux. L’empereur ne pourrait que donner son accord. Ojsternig ferma à-demi les yeux. Quand il serait officiellement en possession de la Raühnvahl, il en remplirait des dizaines, des caisses comme celle-là.