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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Oui, monsieur. Que dois-je faire ?

— Interpréter un relèvement. Il a déjà été…

— Je me réfère au reste. Cette histoire de Barton.

— Prenez le métro jusqu’à Barton. Il ne va pas plus loin. Ensuite, vous gagnerez en taxi le secteur en quarantaine.

— En quarantaine ?

— Oui, je prendrai des dispositions pour…

— Quelle quarantaine ?

— À cause du virus. Vous n’étiez pas au courant ?

— Non, monsieur. Je reviens de Florence où nous avons effectué un transfert. C’est sérieux ?

Il n’était pas effrayé, simplement curieux.

— Quatre-vingt-un cas pour l’instant.

— Quatre-vingt-deux, le reprit Colin.

— Le virus est identifié et nous allons recevoir un vaccin. Aucun décès n’est à déplorer.

— Mais je parie que des tas de gens râlent parce qu’ils n’ont pas pu rentrer chez eux pour Noël. Je vous rappellerai dans la matinée, dès que je connaîtrai mon heure d’arrivée.

— Oui, cria Dunworthy pour être certain d’être entendu malgré le vacarme. Je serai ici.

— Compris, répondit Andrews.

Il y eut un autre éclat de rire puis plus rien. Il avait raccroché.

— Il viendra ? demanda Colin.

— Oui. Demain.

Il composa l’indicatif de Gilchrist.

L’homme était assis à son bureau, sur la défensive.

— Si c’est pour réclamer le retour de Mlle Engle…

Je me passerais de votre autorisation, si c’était réalisable, pensa Dunworthy. Gilchrist n’était-il pas conscient que Kivrin avait dû s’éloigner et qu’il serait désormais sans objet de rouvrir le passage ?

— J’ai trouvé quelqu’un qui pourra interpréter le relèvement.

— Monsieur Dunworthy, dois-je vous rappeler…

— Je sais que c’est votre transfert et je souhaite simplement vous aider. Comme il est difficile de dénicher un tech pendant les congés, j’ai joint un spécialiste de Reading. Il sera ici demain.

Gilchrist exprima sa désapprobation par une moue.

— Rien de tout ceci ne serait nécessaire si ce Badri n’avait pas eu une constitution aussi fragile.

Mais c’est entendu. Envoyez-moi cet homme dès qu’il sera là.

Dunworthy resta courtois jusqu’au moment où l’écran s’éteignit, puis il raccrocha et enfonça des touches avec colère. Il contacterait Basingame même s’il devait y consacrer tout l’après-midi.

La voix de synthèse lui annonça que toutes les lignes interurbaines étaient occupées.

— Vous attendez un autre appel ? lui demanda Colin.

— Non.

— Alors, j’aimerais faire un saut à l’hôpital. J’ai un cadeau pour grand-tante Mary.

Obtenir l’admission d’Andrews dans le secteur en quarantaine pouvait attendre.

— Excellente idée. N’oublie pas ton cache-nez.

Colin le fourra dans la poche de sa veste.

— Je le mettrai une fois là-bas. Je ne tiens pas à ce que des passants puissent me voir avec ce machin.

Ses craintes étaient vaines. Les rues étaient désertes. Il n’y avait même pas une bicyclette ou un taxi. Dunworthy pensa aux propos du vicaire. Pendant les épidémies, les gens restaient cloîtrés chez eux. Mais peut-être fuyaient-ils le carillon de Carfax ou se remettaient-ils d’un réveillon trop copieux, s’ils n’hésitaient pas tout simplement à affronter la pluie.

Ils retrouvèrent une certaine animation devant l’hôpital où une femme en imper brandissait une pancarte proclamant : « Non aux maladies étrangères. » Un homme muni d’un masque réglementaire leur ouvrit la porte et leur remit un tract humide.

Dunworthy le lut après avoir demandé à la fille du bureau des entrées où était Mary. En caractères gras était écrit : « COMBATTEZ LA GRIPPE, EXIGEZ LA SÉCESSION DE LA C.E. », et, au-dessous : « Pourquoi êtes-vous séparés des vôtres pour les fêtes ? Pourquoi vous parque-t-on à Oxford ? Pourquoi risquez-vous de contracter une maladie mortelle ? Parce que la C.E. autorise des étrangers contagieux à fouler librement le sol de notre pays et que notre gouvernement ne peut y mettre son veto. Un immigrant indien porteur d’un virus mortel… »

Dunworthy ne lut pas le reste. Il regarda au verso. « Voter pour la Sécession, c’est voter pour la Santé. Comité pour une Grande-Bretagne indépendante. »

Mary arriva. Colin pêcha son cache-nez dans sa poche et l’enroula rapidement autour de son cou.

— Joyeux Noël, lui dit-il. Merci pour le cache-nez. Je peux ouvrir votre papillote ?

— Je t’en prie, dit Mary.

Elle semblait très lasse. Elle portait depuis deux jours la même blouse, qu’égayait désormais du houx épinglé à son col.

Colin fit claquer le pétard.

— Avez-vous pris du repos ? demanda Dunworthy.

— Un peu, répondit-elle. Nous avons reçu trente nouveaux patients depuis midi, et j’ai consacré presque toute la journée à essayer en vain d’obtenir le séquençage du C.M.G. Toutes les lignes sont saturées.

— Je sais. Puis-je voir Badri ?

— Une minute seulement. La synthamycine est sans effet sur lui, pas plus que sur les deux étudiantes qui sont allées danser à Headington. Beverly Breen va un peu mieux. Tout ceci m’inquiète. Avez-vous été vacciné ?

— Seul Colin a eu droit à sa piqûre.

— Ça fait sacrément mal, commenta l’intéressé. Je peux lire la devinette ?

Elle hocha la tête.

— Je voudrais faire venir un tech capable d’interpréter le relèvement dans la zone en quarantaine, dit Dunworthy. Quelles sont les démarches à suivre pour obtenir une dérogation ?

— Ce serait sans objet. La police empêche les gens de sortir, pas d’entrer.

L’employée des admissions vint murmurer quelque chose à l’oreille de Mary.

— Je dois vous laisser. Ne partez pas sans votre renforcement de cellules T. Revenez me voir après avoir vu Badri. Colin, tu attendras ici.

Dunworthy monta dans le secteur d’isolement. Il n’y avait personne au comptoir et il enfila une T.P. en gardant les gants pour la fin.

À son entrée dans la chambre la jolie infirmière qui s’intéressait à William prenait le pouls de Badri en surveillant les moniteurs. Dunworthy s’arrêta au pied du lit.

Mary l’avait informé que le tech ne réagissait pas au traitement, mais il eut un choc en le voyant. Ses traits étaient creusés par la fièvre, ses yeux cernés. Il avait à un bras un shunt compliqué. L’autre avant-bras était noir.

— Badri ? murmura-t-il.

L’infirmière secoua la tête.

— Vous ne pourrez rester qu’un court instant.

Elle lâcha la main flasque du patient, saisit des informations sur un clavier et sortit.

Il s’assit à côté du lit et observa les écrans. Ce qu’il voyait était indéchiffrable. Courbes, crêtes et nombres n’avaient pour lui aucune signification. Il regarda l’homme, tapota sa main et se leva pour le laisser.

— C’est les rats, murmura le malade.

— Badri ? C’est M. Dunworthy.

— Monsieur Dunworthy… Je vais mourir, n’est-ce pas ?

Il sentit la peur tirailler son estomac.

— Non, bien sûr que non. Où allez-vous chercher une idée pareille ?

— L’issue est toujours fatale.

— De quoi parlez-vous ?

Pas de réponse. Dunworthy resta assis jusqu’au retour de l’infirmière, mais le tech n’ajouta rien.

— Il a besoin de repos, dit-elle.

— Je sais.

Il se dirigea vers la porte. Lorsqu’il se tourna pour jeter un dernier coup d’œil à Badri, il l’entendit gémir :

— Elle les a tous tués. La moitié des Européens.

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