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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Saviez-vous que la peste noire est arrivée jusqu’à Oxford ? demanda Colin qui avait terminé les petits pains et entamait son stock de savonnettes. Pour Noël, comme à présent.

— Cette grippe n’est pas comparable à la maladie qui a décimé entre un tiers et la moitié des Européens.

— Je sais. C’était autrement spectaculaire. Elle était propagée par les rats et les gens avaient des bonbons…

— Des bubons.

— Des bubons sous les bras. Ces machins devenaient tout noirs et énormes, et ensuite le mec clamsait ! Ouais, cette grippe est moins spectaculaire, conclut-il, visiblement déçu.

— En effet.

— Et il y avait trois types de peste. La bubonique, caractérisée par des bon… bubons. La pulmonaire, quand les gens crachaient du sang partout. Et la septidermique…

— Septicémique.

— Septicémique, qui vous faisait devenir tout noir et crever en moins de trois heures ! C’est pas apocalyptique ?

— Si, confirma Dunworthy.

Le téléphone sonna peu après onze heures. Mais c’était Mary qui leur annonçait qu’elle ne pourrait dîner en leur compagnie.

— Nous avons admis cinq nouveaux cas, ce matin.

— Nous passerons à l’hôpital dès que j’aurai reçu le coup de fil d’un tech. Je compte lui demander d’interpréter le relèvement.

— En avez-vous parlé à Gilchrist ?

— Gilchrist ? Il s’en fiche. Il ne songe qu’à préparer le prochain scoop de Kivrin sur la peste noire !

— Vous devriez malgré tout l’en informer. Il remplace le recteur, et le dresser contre vous serait sans objet. S’il faut ramener Kivrin, vous aurez besoin de son accord. Mais nous en discuterons quand vous viendrez. J’en profiterai pour vous faire une piqûre.

— Je croyais que vous attendiez l’analogique.

— La réaction des malades au traitement conseillé par Atlanta ne me satisfait pas. Nous avons constaté de légères améliorations mais Badri va plus mal. Je veux renforcer les cellules T de tous les gens à haut risque.

À midi, Andrews n’avait toujours pas téléphoné. Dunworthy envoya Colin se faire vacciner. Il revint avec une mine de chien battu.

— C’est si douloureux que ça ? s’enquit Dunworthy.

— Pire, répondit Colin en s’affalant sur la banquette. La Mégère m’a chopé au passage. Je me frottais le bras et elle m’a demandé d’où je venais. Je le lui ai dit, et elle a voulu savoir pourquoi son Willy n’avait pas eu droit à une piqûre, lui aussi. Elle a beuglé que c’était du despotisme.

— Népotisme.

— Ça se pourrait. J’espère que ce prêtre lui trouvera une occupation cadavérique.

— Comment va ta grand-tante ?

— Je ne l’ai pas vue. Ils étaient débordés, là-bas, avec tous ces lits dans les couloirs et le reste.

Ils décidèrent d’aller dîner au réfectoire à tour de rôle. Colin revint moins d’un quart d’heure plus tard.

— J’ai filé quand les carillonneuses ont commencé leur concert, avoua-t-il. M. Finch m’a chargé de vous informer qu’il n’y a plus ni sucre ni beurre, et presque plus de crème.

Il sortit une tartine à la confiture de sa poche.

— J’aurais préféré qu’il n’y ait plus de choux de Bruxelles.

Dunworthy lui demanda d’aller immédiatement l’avertir si Andrews téléphonait et de noter tous les autres messages. À son arrivée au réfectoire, les carillonneuses se démenaient comme de beaux diables pour exécuter un canon de Mozart.

Finch lui présenta le plat de légumes.

— Il ne reste que quelques morceaux de dinde, monsieur. Je suis heureux que vous ayez pu venir à temps pour écouter avec nous les vœux de Sa Majesté la reine.

Les Américaines posèrent leurs clochettes sous un tonnerre d’applaudissements enthousiastes et Mlle Taylor approcha, toujours en gants blancs.

— Monsieur Dunworthy, je ne vous ai pas vu pour le breakfast et M. Finch m’a dit que c’était à vous que je devais m’adresser pour obtenir une salle de répétition.

Il fut tenté de demander : « Dans quel but ? » mais il mangea un chou de Bruxelles.

— Une salle de répétition ?

— Oui, pour peaufiner notre Chicago Surprise Minor. J’ai proposé au doyen de Christ Church d’interpréter cette nouveauté à l’occasion du jour de l’an, mais nous devons pour cela nous exercer, j’ai dit à M. Finch que le grand local de Beard serait parfait…

— C’est le réfectoire des seniors.

— Votre secrétaire a dit qu’il l’utilisait pour stocker les provisions.

Quelles provisions ? se demanda-t-il. Ne manquaient-ils pas de tout, de choux de Bruxelles exceptés ?

— Et que les salles de cours devaient être laissées à la disposition des services hospitaliers. Ce qu’il nous faut, c’est un endroit tranquille. Exécuter le Chicago Surprise Minor n’est pas une mince affaire, croyez-moi. Les altérations du thème réclament une concentration totale, et je ne vous parlerai pas des variations.

— Je vous en remercie.

— Nous n’avons pas besoin de beaucoup de place, notez bien, mais ici les allées et venues constantes font perdre la mesure à notre ténor.

— Nous vous trouverons quelque chose, rassurez-vous.

— Les sept cloches nous permettraient d’opter pour un ternaire, mais nos collègues de la Guilde d’Amérique du Nord en ont joué un l’année dernière. J’ai d’ailleurs cru comprendre que leur exécution laissait à désirer. Le ténor ne suivait pas le tempo et avait un coup de poignet lamentable. C’est une autre raison de répéter constamment, la précision du coup de poignet est d’une importance capitale.

— Je ne vous le fais pas dire.

Mme Meager apparut sur le seuil, l’expression à la fois menaçante et maternelle.

— J’attends un coup de fil, dit Dunworthy qui se leva pour utiliser Mlle Taylor en tant que bouclier entre lui et la harpie.

Il renouvela sa promesse de lui trouver une salle de répétition et s’éclipsa. Il regagna son logement. Andrews n’avait pas téléphoné mais il y avait un message de Montoya.

— Elle m’a chargé de vous dire de ne pas vous en faire, déclara Colin.

— C’est tout ? Rien d’autre ?

— Non.

Avait-elle réussi à joindre Basingame et à obtenir sa signature ou simplement découvert s’il était saumon ou truite ? Il envisagea de la rappeler, mais le tech pourrait choisir cet instant pour tenter de le contacter.

Il le fit, peu avant seize heures.

— Je suis désolé de ne pas avoir pu vous appeler plus tôt, dit Andrews.

Il n’y avait toujours pas d’image, mais de la musique et des voix en fond sonore.

— J’étais absent, hier soir, et j’ai eu des difficultés à obtenir une ligne. Elles étaient toutes occupées…

— Pourriez-vous venir interpréter un relèvement à Oxford ? l’interrompit Dunworthy.

— Pas de problème. Quand ?

— Le plus rapidement possible. Ce soir ?

— Oh, ça ne pourrait pas attendre demain ? J’avais prévu de passer les fêtes avec mon amie, voyez-vous. Je prendrai le train dans l’après-midi.

Les éclats de rire s’amplifièrent et Dunworthy ajouta d’une voix plus forte :

— Quand pensez-vous arriver ?

— Je ne sais pas. Je vous contacterai juste avant de partir.

— Vous devrez descendre à Barton puis prendre un taxi jusqu’aux barrages. Je ferai le nécessaire pour qu’on vous laisse passer. Andrews ?

Pas de réponse, seulement la musique.

— Andrews, êtes-vous toujours en ligne ?

Ne rien voir était exaspérant.

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