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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Le roi hocha la tête. Il avait l’air ravi.

— Nous voyons les choses de la même manière, mon cousin. De la même manière ! Si tu savais depuis combien de temps j’attends que quelqu’un de Dawinno vienne me parler comme cela ! J’avais presque abandonné tout espoir.

— Et tu n’as jamais envisagé de leur faire la guerre tout seul ?

Une lueur d’agacement brilla fugitivement dans les yeux de Salaman.

— Nous ne sommes pas assez nombreux, mon cousin. Ce serait courir à la catastrophe. C’est votre cité qui a accueilli tous les Beng, c’est là que sont les troupes dont j’ai besoin. Mais quelles chances ai-je de pouvoir en disposer un jour ? Il fait trop bon vivre chez vous, Thu-kimnibol. Dawinno n’est pas une cité de guerriers. Toi excepté, bien entendu.

— Tu nous sous-estimes, mon cousin.

— Autrefois, dit Salaman avec un haussement d’épaules, quand ils erraient dans les plaines, les Beng étaient des guerriers. Mais maintenant qu’ils vivent dans le sud ensoleillé, ils se laissent aller et se font du lard. Ils ont dû oublier tout ce que les hjjk leur ont fait subir. La cité de Dawinno est trop éloignée du territoire hjjk pour que vous vous en préoccupiez. Vous arrive-t-il souvent de voir des hjjk rôder aussi près de votre cité que ceux-là ? Une fois tous les trois ans, peut-être ? Nous, nous vivons tous les jours avec leur présence menaçante. Chez vous, toute la population est en émoi quand un enfant est enlevé, puis cet enfant revient, ou on l’oublie, et la vie reprend son cours.

— Cela signifie-t-il que ma mission est sans objet, mon cousin ? fit sèchement Thu-kimnibol. Tu es en train de me dire crûment que je représente une nation de lâches.

Il y a une brusque tension. Les deux hommes échangent un regard beaucoup moins amical que quelques instants auparavant. Un climat d’hostilité s’installe entre eux pendant le long silence qui suit. Dans la gorge, le festin continue ; des sons âpres, des bruits de membres arrachés et de mastication montent dans la fraîcheur du soir.

— Il y a déjà plusieurs semaines, reprend Salaman, tu as dit que tu étais venu me proposer une alliance, que Dawinno souhaitait faire cause commune avec nous et déclarer la guerre aux hjjk. Tu as dit que tu voulais les exterminer comme de la vermine ; ce sont tes propres paroles. Bien. Parfait. Et maintenant, tu évoques pour moi la vision délectable de nos armées unies faisant route vers le nord. Merveilleux, mon cousin ! Mais tu ne m’en voudras pas si je reste sceptique. Je sais comment sont les gens à Dawinno. Alliance ou pas, comment puis-je être sûr que ton peuple viendra réellement jusqu’ici pour aller combattre les hjjk ? Ce que je veux, c’est l’assurance que tu peux m’amener l’armée de Dawinno. Peux-tu me donner cette assurance, Thu-kimnibol ?

— Oui, je crois.

— Ce n’est pas suffisant. Regarde encore une fois ce qu’il se passe là-bas. Regarde-les déchirer et broyer la chair de leur compagnon. Ton peuple peut-il imaginer la scène que tu as devant les yeux ? Ce sont des hjjk que tu vois, à quelques heures de xlendi de ma cité. D’année en année, ils sont plus nombreux. D’année en année, ils se rapprochent. En quoi cela peut-il intéresser les habitants de Dawinno que les hjjk campent aux portes de notre cité ? poursuit-il avec un rire amer. C’est la chair de nos fils et de nos filles, pas des leurs, dont les hjjk se nourriront un jour. Se rendent-ils compte, ceux du sud lointain, qu’après nous avoir balayés, les hjjk se rueront sur Dawinno ? Leur appétit n’a pas de limites. Ils prendront la route du sud, j’en fais le pari. Et, si ce n’est pas tout de suite, ce sera dans vingt, dans trente ou dans cinquante ans. Êtes-vous capables de voir si loin dans l’avenir ?

— Certains d’entre nous le sont. C’est pour cela que je suis ici.

— Soit ! Pour cette fameuse alliance. Mais quand je te demande si la cité de Dawinno est vraiment prête à se battre, tu ne me donnes pas de réponse satisfaisante.

Une énergie farouche brille dans les yeux de Salaman. Il les plonge implacablement dans ceux de Thu-kimnibol qui commence à avoir mal à la tête. Il a des mensonges diplomatiques sur le bord des lèvres, mais il les ravale. L’heure est à la franchise totale. Cela peut aussi être une arme très efficace.

— Tu dois avoir d’excellents espions à Dawinno, mon cousin, dit-il.

— Ils me donnent toute satisfaction. Quelle influence ont les tenants du pacifisme chez vous ?

— Elle n’est pas assez forte pour qu’ils aient gain de cause.

— Tu crois donc sincèrement que, le moment venu, ton peuple partira en guerre contre les hjjk ?

— Oui.

— Tu ne les surestimes pas ?

— Et toi, réplique Thu-kimnibol en fixant le roi qu’il domine de toute sa taille du haut de son xlendi, tu ne les sous-estimes pas ? Ils se battront, mon cousin, je t’en donne l’assurance. D’une manière ou d’une autre, je t’amènerai une armée.

Il tend le doigt vers la gorge.

— Je trouverai un moyen pour qu’ils voient ce que je vois en ce moment. Je leur ouvrirai les yeux et je ferai d’eux des combattants. Tu as ma parole.

Un air de scepticisme décourageant continue de flotter sur le visage de Salaman, mais bientôt d’autres choses s’y mêlent : l’impatience, l’espoir, la volonté de croire. Puis tout s’efface d’un coup et l’expression du roi redevient méfiante, dure et insensible.

— Nous reparlerons de tout cela, dit-il. Mais pas ici, pas maintenant. Rentrons, sinon la nuit va nous surprendre.

La nuit était en effet tombée quand ils atteignirent la cité de Yissou. Des torches brûlaient sur le rempart et, quand Chham, le fils de Salaman, sortit par la porte est pour venir à leur rencontre, une vive inquiétude se peignait sur son visage.

Mais Salaman balaya ses craintes d’un grand rire.

— J’ai emmené notre cousin sur la route de Vengiboneeza pour qu’il puisse sentir les odeurs que le vent apporte de cette direction. Mais nous n’avons couru aucun danger.

— Le Protecteur soit loué ! s’écria Chham.

Puis il se tourna vers Thu-kimnibol.

— Un messager de votre cité est arrivé, prince. Il dit avoir chevauché jour et nuit sans s’arrêter et ce doit être vrai, car le xlendi sur lequel il est arrivé paraissait plus mort que vif.

— Où est-il ? demanda Thu-kimnibol, l’air soucieux.

— Il vous attend dans vos appartements, prince, répondit Chham en indiquant de la tête la porte de la cité.

Le messager était un Beng, un membre de la garde judiciaire, un des frères de Curabayn Bangkea. Thu-kimnibol se rappelait l’avoir vu de temps en temps en faction devant la Maison de Mueri. Il s’appelait Eluthayn et il donnait véritablement l’impression de n’être plus que l’ombre amaigrie de lui-même et d’être dans un état d’épuisement extrême, comme quelqu’un qui est allé au bout de ses forces. Il eut toutes les peines du monde à délivrer d’une voix saccadée un message qui laissa Thu-kimnibol pantois.

Salaman vint le rejoindre un peu plus tard.

— Tu as l’air troublé, mon cousin. Mauvaises nouvelles ?

— Il semble y avoir eu une brusque épidémie de meurtres à Dawinno.

— De meurtres ?

— Oui, et le jour de notre grande fête. Deux assassinats. D’une part le capitaine de notre garde municipale, le frère aîné du messager. D’autre part, le jeune homme que les hjjk ont envoyé pour nous communiquer les termes du traité qu’ils proposent.

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