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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Néanmoins, il ne discuta pas. Il était trop pressé. Il devait trouver le Porte-Parole, immédiatement, et il ne rentrerait pas dîner.

Ela eut l’impression que le Porte-Parole risquait de rencontrer les piggies plus tôt que prévu. Pendant quelques instants, elle déborda de joie. L’attente arrivait à son terme.

Puis la joie s’estompa et un autre sentiment la remplaça. Une peur terrifiante, la vision de Libo gisant au flanc de la colline, déchiqueté par les piggies. Mais ce n’était pas Libo, comme chaque fois qu’elle s’était représenté cette scène horrible. C’était Miro. Non, non, ce n’était pas Miro. C’était le Porte-Parole. Le Porte-Parole serait torturé à mort.

— Non, souffla-t-elle.

Puis elle frémit et la vision de cauchemar quitta ses pensées ; elle se remit à assaisonner, à épicer les pâtes dans l’espoir de masquer partiellement leur goût de colle d’amarante.

RENÉGATS

MANGE-FEUILLE : Humain dit que, lorsque vos frères meurent, vous les enfouissez dans la terre et que vous construisez ensuite vos maisons avec cette terre. (Rires.)

MIRO : Non. Nous ne creusons jamais aux endroits où les gens sont enterrés.

MANGE-FEUILLE : (rigide sous l’effet de la nervosité) : Dans ce cas, vos morts ne vous apportent rien de bien !

Ouanda Quenhatta Figueira Mucumbi, transcriptions de dialogues, 103 :0 :1969 :4 :13 :111

Ender croyait qu’il serait difficile de lui faire franchir la porte, mais Ouanda posa la main sur la boîte, Miro ouvrit la porte et ils passèrent tous les trois. Aucun obstacle. Cela devait tenir, comme Ela l’avait laissé entendre, au fait que personne ne voulait quitter l’enclos, de sorte qu’aucune sécurité sérieuse n’était nécessaire. Ender ne pouvait déterminer si cela indiquait que les gens étaient satisfaits de vivre à Milagre, ou bien qu’ils avaient peur des piggies, ou encore qu’ils haïssaient tellement leur emprisonnement qu’ils feignaient de croire que la clôture n’existait pas.

Ouanda et Miro étaient très tendus, presque effrayés. Cela se comprenait, naturellement, puisqu’ils enfreignaient les règlements du Congrès pour lui permettre de les accompagner. Mais Ender sentait que ce n’était pas la seule raison. La nervosité de Miro était teintée d’impatience ; il avait manifestement peur, mais il avait hâte de voir ce qui arriverait, il voulait progresser. Ouanda restait en arrière, marchait à pas mesurés et sa froideur n’était pas seulement faite de crainte, mais aussi d’hostilité. Elle n’avait pas confiance en lui.

De sorte qu’Ender ne fut pas surpris lorsqu’elle passa derrière le gros arbre qui se dressait non loin de la porte, puis attendit que Miro et Ender viennent la rejoindre. Ender vit Miro, contrarié pendant un instant, se forcer au calme. Son masque d’indifférence tranquille était aussi parfait que possible. Ender, sans l’avoir véritablement voulu, s’aperçut qu’il comparait Miro aux enfants qu’il avait connus à l’Ecole de Guerre, le considérant comme un compagnon d’armes, et il se dit que Miro y aurait probablement réussi. Ouanda également, mais pour des raisons différentes : elle estimait qu’elle était responsable de ce qui arrivait, bien qu’Ender fût adulte et qu’elle fût beaucoup plus jeune. Elle ne lui marquait pas la moindre déférence. Elle avait manifestement peur, mais pas de l’autorité.

— Ici ? demanda Miro d’une voix unie.

— Ou pas du tout, répondit Ouanda.

Ender se baissa puis s’assit au pied de l’arbre.

— C’est l’arbre de Rooter, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

Ils prirent la question avec calme, naturellement, mais leur brève pause lui indiqua qu’il les avait surpris en montrant qu’il connaissait un passé qu’ils considéraient vraisemblablement comme leur. Je suis manifestement un framling, se dit intérieurement Ender, mais cela ne m’oblige pas pour autant à être ignorant.

— Oui, acquiesça Ouanda. C’est le totem qui semble leur donner les instructions les plus nombreuses. Depuis sept ou huit ans. Ils ne nous ont jamais permis d’assister aux rituels à l’occasion desquels ils parlent à leurs ancêtres, mais il semble qu’il soit nécessaire de frapper les arbres avec de lourds bâtons polis. Nous les entendons parfois, la nuit.

— Des bâtons ? En bois mort ?

— C’est ce que nous supposons. Pourquoi ?

— Parce qu’ils n’ont pas d’outils en pierre ou en métal pour couper le bois – n’est-ce pas exact ? En outre, s’ils adorent les arbres, ils ne peuvent guère les couper.

— Nous ne croyons pas qu’ils adorent les arbres. C’est totémique. Ils remplacent les ancêtres décédés. Ils les plantent. Avec les corps.

Ouanda avait voulu s’arrêter, pour parler ou interroger, mais Ender n’avait aucune intention de lui laisser croire qu’elle – ou même Miro – serait responsable de l’expédition. Ender voulait s’entretenir personnellement avec les piggies. Il ne s’était jamais préparé à Parler en laissant une tierce personne s’immiscer et il ne voulait pas commencer. En outre, il disposait d’informations qu’ils ignoraient. Il connaissait la théorie d’Ela.

— Et ailleurs ? demanda-t-il. Plantent-ils des arbres à d’autres moments ?

Ils se regardèrent.

— Pas à notre connaissance, répondit Miro.

Ender n’était pas simplement curieux. Il pensait toujours aux anomalies reproductives mentionnées par Ela.

— Et les arbres poussent-ils également seuls ? Rencontre-t-on des pousses et de jeunes arbres dans la forêt ?

Ouanda secoua la tête.

— En fait, rien ne nous permet d’affirmer que les arbres soient plantés ailleurs que dans les cadavres. Du moins, tous les arbres que nous connaissons sont très âgés, sauf ces trois-là.

— Quatre, si nous ne nous dépêchons pas, intervint Miro.

Ah ! Telle était donc la raison d’être de la tension. Miro était impatient parce qu’il voulait empêcher qu’un piggy soit planté à la base d’un autre arbre. Tandis que l’inquiétude d’Ouanda était toute différente. Ils s’étaient découverts. À présent, Ender pouvait les autoriser à l’interroger. Il se redressa et bascula la tête en arrière, regardant les feuilles de l’arbre, les branches, le vert pâle de la photosynthèse qui confirmait la convergence, l’inévitabilité de l’évolution sur toutes les planètes. Tel était le cœur des paradoxes d’Ela : l’évolution, sur cette planète, était de toute évidence conforme aux structures que les xénobiologistes avaient rencontrées sur toutes les planètes humaines, pourtant cette structure s’était brisée, effondrée. Quelle était la nature de la Descolada et comment les piggies s’y étaient-ils adaptés ?

Il avait eu l’intention de changer de conversation, de dire : Pourquoi sommes-nous derrière cet arbre ? Cela aurait suscité les questions d’Ouanda. Mais, à ce moment-là, la tête en arrière, les feuilles vert tendre bougeant doucement sous l’effet d’une brise presque imperceptible, il eut une intense impression de déjà-vu. Il avait regardé ces feuilles auparavant. Récemment. Mais c’était impossible. Il n’y avait pas de grands arbres sur Trondheim, et il n’y en avait pas un seul dans l’enceinte de Milagre. Pourquoi le soleil à travers les feuilles lui paraissait-il familier ?

— Porte-Parole, dit Miro.

— Oui, répondit-il, se laissant tirer de sa rêverie.

— Nous ne voulions pas vous faire venir ici.

Il s’exprima avec fermeté, le corps orienté vers Ouanda de telle façon qu’Ender comprit que Miro voulait, en fait, le conduire ici, mais qu’il s’incluait dans la volonté inverse de Ouanda afin de lui montrer qu’il était avec elle. Vous êtes amoureux, se dit Ender. Et ce soir, si je Parle la mort de Marcão, je serai obligé de vous dire que vous êtes frère et sœur. Il me faudra enfoncer le coin de l’inceste entre vous. Et il est probable que vous me haïrez.

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