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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Je le sais également. Elle ne haïssait que Libo.

— Alors, Ela, qu’avez-vous découvert grâce à votre travail théorique ?

— Je n’ai découvert aucune solution. Mais je connais au moins quelques questions. C’est un début, n’est-ce pas ? Je suis la seule à poser des questions. Miro dit que les xénologues des autres planètes le harcèlent continuellement en demandant davantage d’informations, davantage de données, mais que la loi lui interdit d’approfondir ses recherches. Cependant, aucun xénobiologiste des autres planètes ne nous demande la moindre information. Ils se contentent d’étudier la biosphère de leurs mondes respectifs et ne posent pas une seule question à maman. Je suis la seule à m’interroger, et cela n’intéresse personne.

— Moi, je suis intéressé, dit le Porte-Parole. J’ai besoin de savoir quelles sont les questions.

— Très bien. En voici une. Nous avons un troupeau de cabras, à l’intérieur de la clôture. Les cabras ne sautent pas par-dessus la clôture et ne la touchent même pas. J’ai examiné et répertorié tous les cabras du troupeau et vous savez ce que j’ai constaté ? Il n’y a pas un seul mâle. Il n’y a que des femelles.

— Manque de chance, commenta le Porte-Parole. Il aurait été préférable de laisser au moins un mâle à l’intérieur.

— Cela n’a aucune importance, assura Ela. Je ne suis même pas sûre que les mâles existent. Au cours de ces cinq dernières années, tous les cabras adultes ont eu au moins un petit. Et il n’y a jamais eu d’accouplement.

— Ils se reproduisent peut-être par clonage, émit le Porte-Parole.

— Le petit n’est pas génétiquement identique à la mère. J’ai pu effectuer cette recherche au laboratoire à l’insu de maman. Il y a effectivement une modification des gènes.

— Des hermaphrodites ?

— Non. De pures femelles. Pas le moindre organe sexuel mâle. Peut-on estimer que c’est là une question importante ? D’une façon ou d’une autre, les cabras procèdent à des échanges génétiques sans relations sexuelles.

— Les implications théologiques, à elles seules, sont stupéfiantes.

— Ne vous moquez pas.

— De quoi ? La science ou la théologie ?

— Des deux. Voulez-vous que nous passions à d’autres questions ?

— Oui, répondit le Porte-Parole.

— Eh bien, en voilà une. L’herbe sur laquelle vous êtes allongé. Nous l’appelons : grama. Tous les serpents aquatiques naissent ici. Des vers tellement minuscules qu’ils sont presque invisibles. Ils mangent l’herbe jusqu’à la racine, et s’entre-dévorent également, muant chaque fois qu’ils grossissent. Puis, tout d’un coup, quand l’herbe est toute gluante à cause de leurs peaux mortes, tous les serpents entrent dans l’eau, et ils n’en sortent plus jamais.

Il n’était pas xénobiologiste. Il ne perçut pas immédiatement les implications.

— Les serpents aquatiques naissent ici, expliqua-t-elle, mais ils ne ressortent pas de l’eau pour pondre.

— De sorte qu’ils s’accouplent avant d’entrer dans l’eau ?

— Oui, bien entendu, c’est évident. Je les ai vus s’accoupler. Ce n’est pas le problème. Le problème est de savoir pourquoi ce sont des serpents aquatiques.

Il ne comprit pas davantage.

— Ecoutez, ils sont totalement adaptés à la vie aquatique. Ils ont des branchies et des poumons, ils nagent magnifiquement, ils ont des nageoires pour se diriger, la nature les a manifestement destinés à vivre dans l’eau. Or, ils naissent à l’air libre, s’accouplent à l’air libre et se reproduisent à l’air libre. Du point de vue de l’évolution, tout ce qui leur arrive après la naissance n’est pas pertinent, sauf pour des mammifères, ce qui n’est manifestement pas le cas des serpents aquatiques. Vivre dans l’eau n’ajoute rien à leur aptitude à survivre jusqu’à la reproduction. Ils pourraient aussi bien entrer dans l’eau et se noyer, cela ne changerait rien parce que la reproduction est terminée.

— Oui, dit le Porte-Parole. Je vois, à présent.

— Cependant, il y a de petits œufs translucides dans l’eau. Je n’ai jamais vu les serpents aquatiques les pondre mais comme il n’y a pas, dans la rivière ou à proximité, d’autres animaux assez gros pour pondre ces œufs, il semble logique qu’il s’agisse d’œufs de serpent aquatique. Mais ces œufs translucides – un centimètre de diamètre – sont totalement stériles. Les produits nutritifs sont là, tout est prêt, mais il n’y a pas d’embryon. Rien. Quelques-uns ont un gamète – la moitié de l’ensemble des gènes d’une cellule – prêt à se combiner, mais il n’y en avait pas un seul qui soit vivant. Et nous n’avons jamais trouvé d’œufs de serpent aquatique à l’air libre. Un jour il n’y a que le grama devenant de plus en plus dense, le lendemain, les tiges de grama grouillent de petits serpents aquatiques. Cette question vous paraît-elle digne d’être explorée ?

— De mon point de vue, cela ressemble à de la génération spontanée.

— Oui, eh bien j’aimerais trouver assez d’informations pour tester quelques hypothèses de remplacement, mais maman ne veut pas. Je l’ai interrogée sur ce problème et elle m’a confié tout le processus de mise au point de l’amarante afin que je n’aie pas le temps de traîner au bord de la rivière. Et une autre question. Pourquoi y a-t-il aussi peu d’espèces, ici ? Sur toutes les autres planètes, même celles qui sont pratiquement désertes, comme Trondheim, il y a des milliers d’espèces différentes, du moins dans l’eau. Ici, il y en a tout juste une poignée, à ma connaissance. Les xingadoras sont les seuls oiseaux que nous ayons pu observer. Les mouches sont les seuls insectes. Les cabras sont les seuls ruminants qui mangent le capim. Les cabras mis à part, les piggies sont les seuls gros animaux que nous connaissions. Il n’y a qu’une espèce d’arbres. Qu’une seule espèce d’herbe, dans les prairies : le capim ; et la seule plante concurrente est la tropeça, liane rampante qui peut atteindre des dizaines de mètres – les xingadoras nichent dedans. Et c’est tout. Les xingadoras mangent les mouches et rien d’autre. Les mouches mangent les algues des berges de la rivière et nos ordures, et c’est tout. Rien ne mange les xingadoras. Rien ne mange les cabras.

— Très limité, commenta le Porte-Parole.

— Incompréhensiblement limité. Il y a dix mille niches écologiques absolument vides. Il est impossible que l’évolution ait conduit à un monde aussi dépouillé.

— Sauf s’il s’est produit une catastrophe.

— Exactement.

— Quelque chose qui aurait détruit toutes les espèces, sauf celles qui sont parvenues à s’adapter.

— Oui ! s’écria Ela. Vous voyez ? Et j’ai une preuve. Les cabras ont un comportement grégaire. Lorsqu’on arrive près d’eux, lorsqu’ils vous flairent, ils se mettent en cercle, les adultes tournés vers l’intérieur, afin de pouvoir chasser l’intrus à coups de sabot et de protéger les jeunes.

— De nombreux troupeaux agissent ainsi.

— Les protéger contre quoi ? Les piggies sont totalement sylvestres… Ils ne chassent jamais dans les prairies. Quel que soit le prédateur qui a contraint les cabras à adopter ce type de comportement, il a disparu. Et récemment – il y a quelques centaines de milliers d’années, un million peut-être.

— Rien n’indique qu’il y ait eu la moindre chute de météorites depuis vingt millions d’années, remarqua le Porte-Parole.

— Non. Ce type de catastrophe aurait tué tous les gros animaux et les plantes, mais aurait laissé des centaines de petits, ou bien elle aurait tué toute la vie terrestre, ne laissant que la vie aquatique. Mais la terre, la mer, tous les environnements ont été dépouillés. Pourtant quelques grosses créatures ont survécu. Non, je crois que c’était une maladie. Une maladie qui ne tenait pas compte des frontières entre les espèces, capable de s’adapter à toutes les créatures vivantes. Bien entendu, nous n’avons pas pu constater la présence de cette maladie parce que toutes les créatures restantes sont adaptées à elle. La seule façon de prendre conscience de la maladie…

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