La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
— Dans ce cas, ta trahison est encore pire, dit Quim.
Sa voix tremblait. Il était sur le point de pleurer.
— Je dis que le fait d’aider le Porte-Parole est un acte de loyauté, répliqua Ela. La seule véritable trahison consiste à obéir à maman parce que ce qu’elle veut, ce à quoi elle a travaillé toute sa vie, c’est à sa destruction et à celle de sa famille.
À la surprise d’Ela, ce ne fut pas Quim, mais Olhado qui pleura. Ses glandes lacrymales ne fonctionnaient pas, naturellement, du fait qu’on les avait retirées lorsqu’on lui avait posé ses yeux. De sorte qu’aucune humidification de ceux-ci n’indiqua qu’il allait pleurer. Mais un sanglot le plia en deux et il glissa le long du mur jusqu’au moment où il se retrouva assis par terre, la tête entre les genoux, sanglotant convulsivement. Ela comprit pourquoi. Parce qu’elle lui avait dit que son affection pour le Porte-Parole n’était pas déloyale, qu’il n’avait pas péché, et qu’il la croyait quand elle avait dit cela, qu’il savait que c’était vrai.
Puis elle leva la tête et découvrit sa mère debout sur le seuil. Ela sentit ses jambes trembler à l’idée que Novinha avait dû entendre.
Mais elle ne paraissait pas furieuse. Seulement un peu triste et très fatiguée. Elle regardait Olhado.
L’indignation de Quim trouva le moyen de s’exprimer.
— As-tu entendu ce qu’Ela disait ? demanda-t-il.
— Oui, répondit maman sans quitter Olhado des yeux, et elle pourrait bien avoir raison.
Ela n’était pas moins nerveuse que Quim.
— Allez-vous coucher, les enfants, dit calmement Novinha. Il faut que je parle à Olhado.
Ela fit signe à Grego et à Quara qui se levèrent et la rejoignirent, étonnés par les événements exceptionnels qui se déroulaient. Après tout, même leur père n’était pas parvenu à faire pleurer Olhado. Elle les fit sortir de la cuisine, les conduisit dans leur chambre. Elle entendit Quim gagner sa chambre, claquer la porte puis se jeter sur son lit. Et, dans la cuisine, les sanglots d’Olhado s’estompèrent, se calmèrent, cessèrent tandis que maman, pour la première fois depuis qu’il avait perdu ses yeux, le serrait dans ses bras et le réconfortait, versant silencieusement des larmes dans ses cheveux tout en le berçant.
Miro ne savait pas quoi penser du Porte-Parole des Morts. Bizarrement, il s’était toujours imaginé que le Porte-Parole ressemblerait beaucoup à un prêtre – ou plutôt à ce qu’un prêtre aurait dû être. Silencieux, contemplatif, détaché du monde, prenant soin de laisser l’action et la décision aux autres. Miro imaginait qu’il serait sage.
Il n’avait pas prévu qu’il serait aussi impliqué, dangereux. Oui, il était vraiment sage, il voyait toujours les comédies passées, n’hésitait jamais à dire des choses scandaleuses qui étaient finalement, à la réflexion, tout à fait justes. C’était comme s’il connaissait tellement bien l’esprit humain qu’il était capable de voir, sur les visages, les désirs les plus profonds, les vérités si bien déguisées qu’on ignorait pratiquement jusqu’à leur existence.
Combien de fois Ouanda et lui étaient-ils ainsi restés debout, regardant Libo s’entretenir avec les piggies ! Mais, avec Libo, ils comprenaient toujours ce qu’il se passait ; ils connaissaient sa technique, son objectif. Le Porte-Parole, lui, suivait des pensées totalement étrangères à Miro. Bien qu’il eût une apparence humaine, cela amena Miro à se demander si Ender était véritablement un framling – il était parfois aussi déroutant que les piggies. Il était aussi raman qu’eux, étrange, mais pas animal.
Que constatait le Porte-Parole ? Que voyait-il ? L’arc de Flèche ? Le pot en terre crue dans lequel les racines de merdona trempaient et empestaient ? Dans quelle mesure distinguait-il les Activités Discutables des pratiques naturelles ?
Les piggies ouvrirent La Reine et l’Hégémon.
— Tu as écrit ceci ? dit Flèche.
— Oui, répondit le Porte-Parole des Morts.
Miro se tourna vers Ouanda. Ses yeux étincelaient de colère. Ainsi, le Porte-Parole était un menteur. Humain intervint :
— Les deux autres, Miro et Ouanda, croient que tu es un menteur.
Miro se tourna immédiatement vers le Porte-Parole, mais il ne les regardait pas.
— Bien sûr, dit Ender. Ils n’imaginent pas que Rooter puisse vous avoir dit la vérité.
Le calme du Porte-Parole troubla Miro. Etait-il possible que cela soit vrai ? Après tout, les gens qui voyageaient entre les systèmes stellaires esquivaient des décennies, parfois des siècles, en se rendant d’une étoile à l’autre – parfois jusqu’à un demi-millénaire… Trois mille ans ne représentaient pas un grand nombre de voyages. Mais la coïncidence serait trop incroyable s’il s’agissait vraiment du Porte-Parole des Morts originel. À ceci près que le Porte-Parole originel avait effectivement écrit La Reine et l’Hégémon ; la première espèce de ramen depuis les doryphores l’intéresserait naturellement. Je ne le crois pas, se dit Miro, mais il devait reconnaître que la possibilité existait.
— Pourquoi sont-ils tellement stupides, demanda Humain, qu’ils ne reconnaissent pas la vérité quand ils l’entendent ?
— Ils ne sont pas stupides, dit le Porte-Parole. C’est ainsi que sont les êtres humains : nous mettons toutes nos croyances en doute, sauf celles dont nous sommes véritablement convaincus et, celles-ci, nous ne pensons jamais à les mettre en doute. Ils n’ont jamais envisagé de mettre en doute l’idée selon laquelle le premier Porte-Parole des Morts est mort depuis trois mille ans, bien qu’ils sachent que les voyages interstellaires prolongent la vie.
— Mais nous le leur avons dit.
— Non… vous leur avez dit que la reine avait appris à Rooter que j’avais écrit ce livre.
— C’est pour cela qu’ils auraient dû comprendre que c’était vrai, dit Humain. Rooter est sage ; c’est un père ; il ne peut pas se tromper.
Miro ne sourit pas, mais il en avait envie. Le Porte-Parole se croyait malin, mais il était à présent parvenu au point où aboutissaient toutes les questions importantes, frustré parce que les piggies soutenaient que leurs arbres pouvaient leur parler.
— Ah ! dit le Porte-Parole, il y a de nombreuses choses que nous ne comprenons pas. Et beaucoup de choses que vous ne comprenez pas. Nous devrions parler davantage.
Humain s’assit près de Flèche, partageant la place d’honneur avec lui. Flèche n’y parut pas opposé.
— Porte-Parole des Morts, dit Humain, vas-tu faire venir la reine chez nous ?
— Je n’ai pas encore décidé, répondit le Porte-Parole.
Une nouvelle fois, Miro se tourna vers Ouanda. Le Porte-Parole était-il fou, laissant entendre qu’il pouvait faire venir ce qui n’existait plus ?
Puis il se souvint de ce que le Porte-Parole avait dit à propos du doute appliqué à toutes nos croyances sauf celles dont nous étions véritablement convaincus. Miro avait toujours tenu pour acquis ce que tout le monde savait – que tous les doryphores avaient été détruits. Mais si une reine avait survécu ? Et si c’était ainsi que le Porte-Parole des Morts avait pu écrire son livre, parce qu’il pouvait s’entretenir avec un doryphore ? C’était improbable à l’extrême, mais ce n’était pas impossible. Miro n’était pas certain que les doryphores aient effectivement tous péri. Il savait seulement que tout le monde le croyait et que, depuis trois mille ans, personne n’avait pu prouver le contraire.