La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #2
- Год: 1987
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0300-4
- Переводчик: Daniel Lemoine
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
— Elle n’autorise aucune recherche théorique. Ni taxonomie, ni modèle évolutifs. Lorsque je tente d’en faire tout de même, elle dit que je n’ai manifestement pas assez de travail et me surcharge de recherches jusqu’au moment où elle croit que j’ai renoncé.
— Vous n’avez pas renoncé, si je comprends bien.
— C’est la raison d’être de la xénobiologie. Oh, oui, il est bon qu’elle soit parvenue à fabriquer une pomme de terre capable de s’adapter au mieux aux besoins nutritionnels. Il est remarquable qu’elle soit parvenue à produire une espèce d’amarante qui permet à la colonie d’être autonome en protéines avec seulement dix hectares cultivés. Mais cela revient à jongler avec les molécules.
— C’est indispensable à la survie.
— Mais nous ne savons rien. C’est comme nager en plein océan. On est tout à fait à son aise, on peut aller de-ci, de-là, mais on ne sait même pas s’il y a des requins au fond ! Nous sommes peut-être entourés de requins, mais elle ne veut pas le savoir.
— Troisième chose ?
— Elle refuse de partager ses informations avec les Zenadores. Point. Rien. Et c’est vraiment dément. Nous ne pouvons pas sortir de la zone délimitée par la clôture. Cela signifie que nous ne pouvons pas étudier un seul arbre. Nous ignorons absolument tout de la flore et de la faune de cette planète, à l’exception de ce que le hasard a placé à l’intérieur de la clôture. Un troupeau de cabras, des herbes que l’on appelle capim, l’écologie légèrement différente des rives du cours d’eau, et c’est tout. Pas la moindre information relative aux animaux de la forêt, pas le moindre échange de données. Nous ne leur communiquons rien et, lorsqu’ils nous envoient des informations, nous effaçons les dossiers sans les avoir lus. On dirait qu’elle a construit un mur infranchissable autour de nous. Rien ne peut entrer, rien ne peut sortir.
— Peut-être a-t-elle ses raisons.
— Elle a ses raisons, naturellement. Les fous ont toujours de bonnes raisons. Tout d’abord, elle haïssait Libo. Le haïssait. Elle interdisait à Miro de parler de lui, nous empêchait de jouer avec ses enfants – nous étions très amies, China et moi, pendant des années, mais elle n’a jamais pu venir chez nous, après l’école, et il m’était impossible d’aller chez elle. Et, lorsque Miro est devenu son apprenti, elle est restée un an sans lui adresser la parole ni lui mettre son couvert, à table.
Elle constata que le Porte-Parole doutait d’elle, croyait qu’elle exagérait.
— J’ai bien dit un an. Le jour où il est allé pour la première fois au Laboratoire du Zenador en tant qu’apprenti de Libo, elle ne lui a pas adressé la parole lorsqu’il est rentré, pas un mot, et, quand il s’est assis pour dîner, elle lui a retiré son assiette, puis a lavé ses couverts, exactement comme s’il n’était pas là. Il est resté là pendant tout le repas, à la regarder. Jusqu’au moment où papa s’est mis en colère sous prétexte qu’il se conduisait mal, et lui a dit de sortir.
— Qu’a-t-il fait ? Il est allé s’installer ailleurs ?
— Non. Vous ne connaissez pas Miro ! (Ela eut un rire amer.) Il ne lutte pas, mais il n’abandonne pas non plus. Il n’a jamais répondu aux injures de papa, jamais. Je ne l’ai jamais vu réagir à la colère par la colère. Et maman… eh bien, il est rentré tous les soirs du Laboratoire du Zenador, s’est assis devant une assiette et, tous les soirs, maman lui a retiré son assiette et ses couverts, ce qui ne l’empêchait pas de rester assis jusqu’à ce que papa le fasse sortir. Bien entendu, au bout d’une semaine, papa se mettait à hurler dès que maman tendait la main vers son assiette. Papa aimait cela, le salaud, il trouvait cela formidable, il haïssait tellement Miro et maman prenait enfin son parti contre Miro.
— Qui a abandonné ?
— Personne n’a abandonné.
Ela regarda la rivière, se rendant compte que cela paraissait terrifiant, se rendant compte qu’elle disait du mal de sa famille à un inconnu. Mais ce n’était pas un inconnu, n’est-ce pas ? Parce que Quara parlait à nouveau, qu’Olhado s’intéressait de nouveau à quelque chose et que Grego, même très brièvement, s’était presque conduit comme un petit garçon normal. Ce n’était pas un inconnu.
— Comment cela s’est-il terminé ? demanda le Porte-Parole.
— Cela s’est terminé quand les piggies ont tué Libo. Cela montre à quel point maman le haïssait. Elle a fêté sa mort en pardonnant à son fils. Ce soir-là, quand Miro est rentré, il était tard et le dîner était terminé. Une nuit horrible ; tout le monde avait terriblement peur, les piggies semblaient absolument exécrables et tout le monde aimait tellement Libo – sauf maman, bien sûr. Maman a attendu Miro. Il est rentré puis il est allé s’asseoir à la table de la cuisine, et maman a posé une assiette devant lui, de la nourriture dans l’assiette. Elle n’a pas dit un mot. Et il a mangé. Pas un mot. Comme si l’année écoulée n’avait pas existé. Je me suis réveillée au milieu de la nuit parce que j’entendais Miro vomir et pleurer dans les toilettes. Je crois que les autres n’ont rien entendu et je ne suis pas allée le voir parce que je pensais qu’il ne voulait pas que cela se sache. Aujourd’hui, je crois que j’aurais dû aller le voir, mais j’avais peur. Il se passait des choses tellement horribles, dans la famille.
Le Porte-Parole hocha la tête.
— J’aurais dû aller le voir, répéta Ela.
— Oui, acquiesça le Porte-Parole. Vous auriez dû.
Une chose étrange se produisait. Le Porte-Parole admettait qu’elle avait commis une erreur, cette nuit-là, et elle comprenait en entendant ses paroles que c’était vrai, que son jugement était correct. Et, en même temps, elle se sentait étrangement apaisée, comme si le simple fait de parler de cette erreur supprimait un peu de la douleur qu’elle engendrait. Pour la première fois, elle eut une vague idée de la nature du pouvoir de la Parole. Il n’était pas lié à la confession, à la pénitence et à l’absolution que proposaient les prêtres. C’était radicalement différent. Raconter ce qu’elle avait été, puis constater qu’elle n’était plus la même personne. Qu’elle avait commis une erreur, que l’erreur l’avait transformée et que, désormais, elle ne commettrait plus cette erreur parce qu’elle était devenue différente, moins effrayée, plus compréhensive.
Si je ne suis plus la petite fille effrayée qui a entendu le désespoir de son frère et n’a pas osé aller près de lui, qui suis-je ? Mais l’eau s’écoulant sous la clôture ne contenait aucune réponse. Peut-être ne pouvait-elle pas découvrir aujourd’hui qui elle était. Peut-être suffisait-il qu’elle sache qu’elle était désormais différente.
Le Porte-Parole resta couché sur la grama, regardant les nuages noirs qui venaient de l’ouest.
— Je vous ai dit tout ce que je sais, conclut Ela. Je vous ai dit ce qu’il y a dans ces archives – les informations concernant la Descolada. C’est tout ce que je sais.
— Non, fit le Porte-Parole.
— C’est tout, je vous assure.
— Voulez-vous dire que vous lui avez obéi ? Que, lorsque votre mère vous a interdit de faire du travail théorique, vous vous êtes contentée de chasser cette idée de votre esprit et de faire ce qu’elle voulait ?
Elle eut un rire étouffé.
— C’est ce qu’elle croit.
— Mais vous n’avez pas renoncé.
— Je suis une scientifique, contrairement à elle.
— Elle en était une, rappela le Porte-Parole. Elle a réussi les examens à treize ans.
— Je sais, dit Ela.
— Et elle communiquait les résultats de ses recherches à Pipo, avant sa mort.