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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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— Ces Activités Discutables auxquelles vous vous livrez ? dit-il. Avez-vous introduit des aliments nouveaux ?

— Nous leur avons montré qu’ils peuvent manger la racine de merdona, indiqua Ouanda.

Elle était sèche et professionnelle mais, au moins, elle lui parlait. Elle ne voulait pas que sa colère la prive d’une rencontre avec les piggies qui serait sans doute capitale.

— À condition de faire disparaître le cyanure qu’elle contient en la faisant tremper dans l’eau puis sécher au soleil. C’était une solution à court terme.

— La solution à long terme est une des adaptations de l’amarante mise au point par maman, poursuivit Miro. Elle a élaboré une variété d’amarante qui était si bien adaptée à Lusitania qu’elle ne convenait guère aux êtres humains. Trop de protéines lusitaniennes, au détriment des protéines d’origine terrestre. Mais c’était ce qu’il fallait aux piggies. J’ai convaincu Ela de me donner quelques spécimens sans lui dire que c’était important.

Ne te fais pas d’illusions sur ce qu’Ela sait et ignore, se dit Ender.

— Libo la leur a donnée, leur a montré comment la planter. Puis comment la moudre, fabriquer de la farine et la transformer en pain. Il a un goût carrément désagréable, mais c’était la première fois qu’ils pouvaient contrôler directement ce qu’ils mangeaient. Depuis, ils sont gras et effrontés.

La voix d’Ouanda fut amère.

— Mais ils ont tué papa tout de suite après avoir apporté leurs premiers pains aux épouses.

Ender marcha en silence pendant quelques instants, s’efforçant de comprendre. Les piggies avaient tué Libo aussitôt après qu’il leur eut évité la famine ? Impensable. Pourtant, cela était arrivé. Comment une société qui tuait ceux qui contribuaient efficacement à sa survie avait-elle pu apparaître ? Ils devraient faire l’inverse – ils devraient récompenser les individus de valeur en augmentant leurs aptitudes à se reproduire. C’est ainsi que les communautés renforcent leurs chances.

Cependant, il y avait des précédents humains. Ces enfants, Miro et Ouanda, avec leurs Activités Discutables, étaient meilleurs et plus sages, à long terme, que la Commission Stellaire qui imposait les règlements. Mais s’ils se faisaient prendre, ils seraient arrachés à leur patrie, envoyés sur une autre planète – une sentence de mort, en un sens, puisque tous ceux qu’ils connaissaient seraient décédés avant qu’ils puissent rentrer – puis jugés, et punis, probablement emprisonnés. Ni leurs idées ni leurs gènes ne se répandraient et, de ce fait, la société serait certainement appauvrie.

Néanmoins, le fait que cette pratique existât également chez les êtres humains ne lui conférait pas la moindre intelligence. En outre, l’arrestation et l’emprisonnement de Miro et Ouanda, au cas où ils se produiraient, auraient effectivement un sens si l’on considérait les êtres humains comme une communauté unique et les piggies comme leurs ennemis ; si l’on estimait que tout ce qui favorisait la survie des piggies représentait une menace pour l’humanité. Dans ce cas, le châtiment des gens qui amélioraient la culture des piggies serait destiné non à protéger les piggies, mais à empêcher les piggies de se développer. À ce moment-là, Ender se rendit compte que les règlements gouvernant les relations entre les piggies et les êtres humains ne fonctionnaient pas véritablement dans l’intérêt des piggies. Ils servaient à garantir la supériorité et le pouvoir des êtres humains. De ce point de vue, en se livrant à leurs Activités Discutables, Miro et Ouanda trahissaient les intérêts de leur espèce.

— Renégats, dit-il à haute voix.

— Quoi ? fit Miro. Qu’avez-vous dit ?

— Des renégats. Ceux qui rejettent les leurs et s’identifient à l’ennemi.

— Ah ? fit Miro.

— Nous n’en sommes pas ! s’écria Ouanda.

— C’est ce que nous sommes, convint Miro.

— Je n’ai pas rejeté mon humanité !

— Dans le cadre de la conception de l’Evêque Peregrino, nous l’avons rejetée depuis longtemps, fit remarquer Miro.

— Mais selon ma conception… commença-t-elle.

— Selon votre conception, intervint Ender, les piggies sont également humains. C’est pour cela que vous êtes des renégats.

— Je croyais que vous pensiez que nous traitions les piggies comme des animaux ? répliqua Ouanda.

— Quand vous ne les considérez pas comme des êtres responsables, quand vous tentez de les tromper, vous les considérez comme des animaux.

— En d’autres termes, intervint Miro, quand nous appliquons les règlements de la commission.

— Oui, admit Ouanda. Oui, c’est vrai, nous sommes des renégats.

— Et vous ? demanda Miro. Pourquoi êtes-vous un renégat ?

— Oh, l’espèce humaine m’a rejeté depuis très longtemps. C’est à cause de cela que je suis devenu Porte-Parole des Morts.

Sur ces mots, ils arrivèrent dans la clairière des piggies.

Maman n’était pas rentrée dîner, et Miro non plus. Cela convenait à Ela. Lorsqu’ils étaient présents, elle était privée de toute autorité ; elle ne pouvait plus contrôler les jeunes enfants. Pourtant, ni Miro ni maman ne prenaient la place d’Ela. Simplement personne n’obéissait à Ela et personne ne tentait de maintenir l’ordre. De sorte que c’était plus calme, plus facile, lorsqu’ils restaient à l’écart.

Ce n’était pas que les petits fussent plus particulièrement sages. Ils lui résistaient moins, voilà tout. Il lui suffisait de crier une ou deux fois à Grego de cesser de pincer Quara, sous la table, et de lui donner des coups de pied. Ce jour-là, Quim et Olhado se tenaient tranquilles. Les querelles habituelles ne se produisirent pas.

Jusqu’à la fin du repas.

Quim s’appuya contre le dossier de sa chaise et adressa un sourire malicieux à Olhado.

— Alors, c’est toi qui as montré à cet espion comment faire pour pénétrer dans les archives de maman.

Olhado se tourna vers Ela.

— Tu as encore laissé Quim ouvrir la bouche, Ela. Il faut que tu sois plus vigilante.

Ainsi, par l’entremise de l’humour, Olhado demandait l’intervention d’Ela.

Quim ne voulait pas qu’Olhado bénéficie de la moindre assistance.

— Ela n’est pas de ton côté, cette fois, Olhado. Personne n’est dans ton camp. Tu as aidé cet espion sournois à fouiller dans les archives de maman et tu es, de ce fait, aussi coupable que lui. C’est le serviteur du démon, et toi aussi.

Elle vit la fureur crisper le corps d’Olhado ; elle imagina un bref instant Olhado jetant son assiette au visage de Quim. Mais l’instant passa. Olhado se calma.

— Je regrette, dit Olhado. Je ne savais pas ce que je faisais.

Il cédait devant Quim. Il reconnaissait que Quim avait raison.

— J’espère, dit Ela, que tu veux dire que tu regrettes de ne pas avoir su ce que tu faisais. J’espère que tu ne t’excuses pas parce que tu as aidé le Porte-Parole des Morts.

— Bien sûr qu’il s’excuse d’avoir aidé cet espion, assura Quim.

— Parce que, reprit Ela, nous devrions tous aider le Porte-Parole de notre mieux.

Quim se leva d’un bond, se pencha sur la table et lui cria au visage :

— Comment peux-tu dire cela ! Il viole l’intimité de maman, il découvre ses secrets, il…

Etonnée, Ela constata qu’elle était également debout, le repoussant, criant plus fort que lui.

— Les secrets de maman sont la cause de l’atmosphère empoisonnée de cette maison ! Les secrets de maman, c’est ce qui nous rend tous malades, y compris elle ! Alors, le seul moyen de redresser la situation consiste peut-être à tirer tous ses secrets à découvert, afin de pouvoir les tuer ! (Elle cessa de crier. Quim et Olhado se tenaient devant elle, appuyés contre le mur, comme si ses paroles étaient les balles d’un peloton d’exécution. Calmement, mais avec intensité, Ela poursuivit :) À mon avis, le Porte-Parole des Morts est notre unique chance de redevenir une famille. Et les secrets de maman sont le seul obstacle dressé sur son chemin. De sorte que je lui ai dit tout ce que je connaissais sur les secrets des archives de maman, parce que je veux lui communiquer tous les lambeaux de vérité dont j’ai connaissance.

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