La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Cet exploit lui valut les honneurs de la magistrature suprême en Israëclass="underline" il exerça les hautes fonctions de juge pendant vingt ans (v. 20).
Il est à remarquer que Samson ne posait pas pour le magistrat de mœurs austères: cet élu de Dieu fréquentait les lupanars, au vu et au su de tout le monde. Un jour, il eut une aventure, qui aurait pu fort mal tourner pour lui; mais Jéhovah le protégeait, même au milieu de ses fornications. Voici l’historiette: Samson en pinçait toujours pour les philistines; étant allé à Gaza, ville forte qui appartenait aux ennemis d’Israël,
«il se fit héberger le soir par une prostituée, avec qui il coucha; et la chose fut sue dans toute la ville, de sorte que les Philistins, ayant confiance dans leurs portes qui étaient fermées la nuit, dormirent tranquillement, se promettant de se saisir de lui à la pointe du jour et de le tuer; mais Samson se leva à minuit et quitta la maison de débauche; suis arrivé aux remparts, il arracha les portes de la ville, avec leurs gonds et leurs montants, chargea le tout sur ses épaules et en fit le transport très loin, jusqu’au sommet d’une montagne qui est vis-à-vis de Hébron.» (16:1-3)
Incorrigible coureur de guilledou, Samson s’amouracha, un beau matin, d’une nouvelle philistine, nommée mamzelle Dalila, dont il fit la connaissance en flânant sur les bords du torrent de Sçorek. Dès que ses ennemis le surent empaumé par la belle, ils offrirent à celle-ci une somme considérable, si elle leur livrait son amoureux, aussi affaibli que possible.
Dalila n’y alla pas par quatre chemins; elle demanda carrément à Samson quel était le secret de sa force. La façon dont l’Hercule juif se laissa prendre au piège est tellement bébête, qu’il est bon, ici encore, de citer tout au long le texte divin:
«Dalila, donc, dit à Samson: Déclare-moi, je t’en prie, en quoi consiste ta grande force et avec quoi il faudrait le bien lier pour te dompter. — Et Samson lui répondit: Si on me liait de sept cordes fraîches, qui ne fussent point encore sèches, je deviendrais sans force, et je serais comme un autre homme. — Alors, les gouverneurs des Philistins lui envoyèrent les sept cordes fraîches, et elle l’en lia. — Or, elle avait chez elle, dans sa chambre, des gens qui se tenaient cachés, et elle lui dit: Les Philistins sont sur toi, Samson! Mais il rompit les cordes, comme se romprait un filet d’étoupes dès qu’il sent le feu; et le secret de sa force ne fut point connu. — Puis, Dalila dit à Samson: Allons, tu t’es moqué de moi; car tu m’as dit des mensonges. Je t’en prie, déclare-moi maintenant avec quoi tu pourras être bien lié. — Et il lui répondit: Si on me liait serré de grosses cordes neuves, dont on ne se serait jamais servi, je deviendrais sans force et je serais comme un autre homme. — Dalila, donc, prit de grosses cordes neuves, et elle lia Samson, puis elle lui dit: Les Philistins sont sur toi, Samson! Or, il y avait encore des gens cachés dans la chambre; et il rompit les grosses cordes de dessus ses bras comme un filet. — Puis, Dalila dit à Samson: Tu t’es moqué de moi jusqu’ici, et tu ne m’as dit que des mensonges. Finissons-en; révèle-moi avec quoi il faudrait te lier. Et il lui dit: Eh bien, voici; ce serait si tu avais tissu sept tresses de ma chevelure autour d’une ensuble. — Et elle les mit dans l’ensuble avec la cheville, pendant qu’il dormait; et elle cria tout à coup: Les Philistins sont sur toi, Samson! Alors, il se réveilla de son sommeil, et enleva la cheville du métier avec l’ensuble. — Alors, elle lui dit: Pourquoi dis-tu que tu m’aimes, puisque ton cœur n’est point avec moi? Tu t’es moqué de moi trois fois, et tu t’obstines à me cacher en quoi consiste ta grande force. — Et elle le tourmentait tous les jours par les paroles et le pressait jusqu’au bout, de sorte que son âme en était très affligée. — Alors, il lui ouvrit tout son cœur et lui dit: Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête; car je suis nazaréen, voué à Dieu dès le ventre de ma mère. Si j’étais rasé, ma force m’abandonnerait, et je deviendrais comme tous les autres hommes. — Dalila, donc, voyant qu’il lui avait ouvert tout son cœur cette fois, envoya appeler les gouverneurs des Philistins et leur fit dire. Vous pouvez monter vers moi; car il m’a ouvert tout son cœur. Les gouverneurs s’empressèrent de venir vers elle, apportant l’argent promis. — Et, quand elle les eut fait cacher, Dalila endormit Samson sur ses genoux, et, ayant appelé un homme, elle lui fit raser sept tresses des cheveux de sa tête; dès lors, elle commença de le dompter, car sa force l’abandonnait.
Alors, elle cria: Les Philistins sont sur toi, Samson! Et lui, en s’éveillant, il se disait: J’en sortirai comme les autres fois, et je me dégagerai de leurs mains. Mais il ne savait pas que l’Éternel s’était retiré de lui. — Les Philistins, donc, le saisirent, et lui crevèrent les yeux; et ils l’emmenèrent à Gaza, le jetèrent dans une prison, lié de deux chaînes d’airain; et là, ils l’obligèrent à tourner, tous les jours, une lourde meule de moulin.» (16:6-21)
Il serait difficile, je crois, d’imaginer un conte plus stupide. De la première ligne à la dernière, dans cet épisode du livre des Juges, tout est idiot, et il n’y a pas là de quoi amuser les enfants même les plus imbéciles. A propos de l’histoire de Samson, lord Bolingbroke disait qu’il n’y a de mâchoire d’âne dans cette fable que celle de l’auteur qui l’inventa. C’est une grossière imitation, un plagiat maladroit et grotesque de la fable païenne d’Hercule, de même que le sacrifice d’Iphigénie a visiblement inspiré le narrateur du vœu de Jephté aboutissant à l’immolation de sa fille. Il est vrai que les théologiens insinuent que c’est plutôt la mythologie grecque qui aurait copié et dénaturé la Bible: mais il est facile de leur répondre avec des dates précises, dont quelques-unes sont fournies par eux-mêmes. Leur opinion est que se livre des Juges a été écrit par Samuel, du temps de Saül; or, chez les Grecs, il était question d’Hercule très antérieurement à la guerre de Troie, et il y a plus de deux cents ans entre la guerre de Troie et l’élection de Saül. Le R.P. Petau, jésuite, fait naître Hercule l’an 1289 avant notre ère, et le même Petau ne fait commencer les exploits de Samson que onze cent trente-cinq ans avant la même ère. Supposé qu’il eût commencé à vingt-cinq ans, il serait donc né en 1110; même si l’on admet l’existence nullement prouvée de ces deux terribles personnages, il résulte de cela qu’Hercule naquit cent soixante-dix-neuf ans avant Samson: ainsi les théologiens sont pris à leur propre chronologie.
En outre, il est à remarquer que la fable païenne a été plus intelligemment imaginée que la fable juive; la fin d’Hercule est moins inepte que celle de Samson. Dans la mythologie grecque, le demi-dieu fut tellement séduit par la beauté d’Omphale, qu’il en oublia ses habitudes errantes et ses exploits guerriers, et se fixa auprès de sa nouvelle amante, qui prit sur l’esprit d’Hercule un empire absolu: alors, tandis que la reine de Lydie s’amusait à se vêtir de la dépouille du lion de Némée et à s’armer de la redoutable massue du héros, celui-ci, assis aux pieds de la princesse, couvert comme une femme d’une longue robe de pourpre, essayait de filer la laine, rompait tous les fuseaux et recevait en riant les coups de pantoufle que lui appliquait sa joyeuse maîtresse. Cet épisode caractérise suffisamment l’influence que peut prendre une femme aimée sur l’homme, même le plus héroïque; mais ici l’allégorie ne franchit pas les limites du possible et reste croyable.
Si Hercule oublie sa dignité, il n’en est pas moins vrai qu’on est en présence de deux amants qui s’amusent; ils voyagent, ainsi travestis; Omphale oublie elle-même son royaume et emmène Hercule coucher avec elle dans des grottes, loin de sa cour. Hercule, un beau jour, trompe Omphale et s’amourache d’une de ses suivantes, la jolie Matis, dont il a un fils, Agésilas. De Matis, il passe à Iole, fille du roi Eurythus. Enfin, Déjanire, sa femme, désespérée de ses infidélités, lui envoie la tunique du centaure Nessus, qu’elle croit un talisman ayant la puissance de ramener les maris coureurs à leurs devoirs conjugaux, et Hercule, dans les douleurs que lui causent la tunique empoisonnée qui s’est collée à sa chair et qu’il ne peut arracher, se résout au suicide pour terminer plus vite ses souffrances; il construit un immense bûcher sur le mont Œta, l’allume et se précipite dans les flammes.