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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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— Je n’emploierai pas cette expression moi-même. Les gens qui l’appellent « la veuve » sont dans la calomnie. Ce qui est vrai en revanche, c’est que Dziwisz ne parle que de Jean-Paul II. C’est la seule chose qui compte dans sa vie. Son seul but : c’est Jean-Paul II ; son histoire et sa mémoire. Il a toujours été très effacé devant la stature du grand homme. Il est aujourd’hui son exécuteur testamentaire, m’explique le vaticaniste polonais Jacek Moskwa, qui fut longtemps correspondant à Rome, et qui est l’auteur d’une biographie du pape en quatre volumes.

J’ai interrogé des dizaines de prêtres, d’évêques et de cardinaux sur le parcours de Stanisław Dziwisz et une image très contrastée ressort de ces entretiens. À Varsovie, au siège de la Conférence épiscopale polonaise où je suis reçu, on souligne son rôle « majeur » et « déterminant » auprès de Jean-Paul II. Même type d’éloge lorsque je visite la fondation pontificale Papieskie Dziela Misyjne, dont le siège se trouve également dans la capitale polonaise.

— On est tous ici les orphelins de Wojtyła, m’explique Pawel Bielinski, un journaliste de l’agence d’information catholique KAI.

Le Polonais Włodzimierz Rędzioch, qui connaît bien Dziwisz, et a travaillé à l’Osservatore Romano pendant trente-deux ans à Rome, me dresse un portrait dithyrambique de l’assistant de Jean-Paul II lorque je le rencontre. À l’en croire, « son éminence vénérable Dziwisz » serait « l’un des hommes les plus honnêtes et vertueux de notre temps », son « grand cœur », sa « pureté » et sa « piété » seraient extraordinaires, très proches de celles d’un « saint »…

ENFANT PAUVRE, né dans un petit village de Pologne, Stanisław Dziwisz doit en effet sa carrière à un seul homme : Karol Wojtyła. C’est lui qui ordonne prêtre le jeune séminariste en 1963, lui encore qui le fait élire évêque en 1998. Ils seront inséparables pendant plusieurs décennies : Dziwisz sera le secrétaire particulier de l’archevêque de Cracovie, puis celui du pape Jean-Paul II à Rome. Il est à ses côtés, et le protège de son corps, a-t-on dit, lors de l’attentat de 1981. Il connaît tous les secrets du pape ; et il a gardé ses carnets intimes. Depuis sa longue maladie et sa mort douloureuse, symbole universel de la souffrance humaine, Dziwisz a également conservé, comme une relique, un échantillon du sang du saint-père, étrange mémorial fluide qui a suscité d’innombrables commentaires macabres.

— Le cardinal Stanisław Dziwisz est une figure très respectée de l’Église de Pologne. Rendez-vous compte : il a été la main droite du pape Jean-Paul II, me dit, lors d’un entretien à Varsovie, Krzysztof Olendzki, un ambassadeur qui dirige aujourd’hui l’Institut polonais, une agence culturelle d’État, proche de la droite ultraconservatrice et catholique au pouvoir. [https://www.bookys-gratuit.org/]

D’autres témoins sont moins généreux. On me parle de Dziwisz comme d’un « rural peu impressionnant » ou comme d’un « homme simple qui serait devenu compliqué ». Certains avancent des formules sévères : « idiot », « mauvais génie de Jean-Paul II ». On me dit qu’il fallait veiller à Cracovie sur le cardinal dissipé « comme le lait sur le feu », pour qu’il ne commette pas d’imprudence ou ne dérape pas dans une interview.

— Ce n’est certes pas un intellectuel, mais il a fait des progrès considérables au fur et à mesure des années, relativise le journaliste Adam Szostkiewicz, un influent spécialiste du catholicisme à Polityka qui le connaît bien.

Pour entrer dans la compréhension de cette relation atypique entre le pape et son secrétaire particulier, certains avancent une autre explication : la loyauté.

— C’est vrai, ce n’est pas une grande personnalité, il a vécu essentiellement dans l’ombre de Jean-Paul II, concède le vaticaniste Jacek Moskwa, qui fut membre du syndicat Solidarnosc.

Lequel ajoute aussitôt :

— Mais ce fut un secrétaire idéal. Je l’ai connu lorsqu’il était jeune prêtre aux côtés de Jean-Paul II au Vatican. Il était fiable et fidèle : ce sont de grandes qualités. Dziwisz a longtemps été plutôt réservé, plutôt discret. Il ne recevait jamais les journalistes, même s’il me parlait souvent au téléphone, « off the record ». Au final, il a eu, pour un prêtre de son milieu d’origine, une magnifique carrière dans l’Église. Et la clé de sa relation au pape fut la loyauté.

Renvoyé à Cracovie comme archevêque par Benoît XVI, et créé cardinal dans la foulée, Dziwisz réside aujourd’hui dans un vieil hôtel particulier de la rue Kanonicza, où il m’accorde audience :

— Le cardinal, me dit son assistant italien Andrea Nardotto, ne donne guère d’interviews aux journalistes, mais il veut bien vous recevoir.

Je patiente dans le patio ensoleillé, au milieu des lauriers-roses et des jeunes conifères nains, en attendant « la veuve ». Dans le hall : le blason papal de Jean-Paul II en bronze, d’un brun inquiétant ; sur le côté du patio : une statue de Jean-Paul II, couleur craie. De loin, j’entends les voix des bonnes sœurs qui gargouillent. Je vois passer des livreurs à domicile qui apportent des plats tout préparés.

Soudain, d’une main brutale, Stanisław Dziwisz ouvre la porte en bois massive de son bureau et, rigide, tombe sur moi. Entouré de pioupious à col romain et de vieilles femmes à cornette, son éminence se fige, sévère comme un cierge. Le saint vieillard me jauge en guetteur, avec une joie curieuse, tout sourire. Il aime ce genre d’imprévu, de rencontre impromptue. L’assistant Nardotto m’introduit comme journaliste et écrivain français ; sans autre formalité, Stanisław Dziwisz me fait pénétrer dans son antre.

C’est une vaste pièce avec trois tables en bois. Un petit bureau rectangulaire recouvert de papiers ; une table à manger carrée, vierge, semble servir d’espace de réunion ; un bureau en bois ressemble à une écritoire d’écolier, encadré par de gros fauteuils de velours rouge pourpre. Congrégé, Mgr Dziwisz me fait signe de m’asseoir.

Le cardinal m’interroge sur « la fille aînée de l’Église » (la France) sans véritablement écouter mes réponses. À mon tour de l’interroger, mais il n’écoute pas davantage mes questions. Nous parlons des intellectuels français catholiques, de Jacques Maritain, Jean Guitton, François Mauriac…

— Et André Frossard et Jean Daniélou ! insiste le cardinal, en citant le nom des intellectuels qu’il a lus, ou du moins rencontrés.

Cet échange, cette énumération, ce name-dropping est comme un aveu : je ne suis pas en présence d’un intellectuel. Les idées ne semblent guère intéresser le cardinal émérite. Ce que me confirme, lors d’un petit déjeuner, Olga Brzezinska, une universitaire réputée qui anime plusieurs fondations culturelles et un important festival littéraire à Cracovie :

— Dziwisz est fort bien connu ici, et plutôt controversé, mais il n’est pas considéré comme une grande figure intellectuelle de la ville. Sa légitimité vient surtout du fait qu’il a été proche de Jean-Paul II. Il conserve ses carnets, ses secrets et même son sang ! C’est d’un sinistre…

Au mur du bureau de Dziwisz, je vois trois peintures représentant Jean-Paul II et un beau portrait pourpre de lui-même. Sur une des trois tables, la calotte traîne, à l’envers, sans égards ni protocole. Une horloge de parquet, balancier à l’arrêt, a cessé de marquer le temps. La gaieté effrayante du cardinal m’interpelle :

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