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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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À deux pas se trouvent la chapelle Sixtine et sa voûte, peinte à fresque avec sa foule virile, dont Paul VI vante les anges◦– mais pas les Ignudi, ces robustes éphèbes dénudés à l’insolente splendeur physique, ici passés à la trappe. Sont également cités dans le discours du pape « le monde des Sibylles » et des « Pontifes » ; mais aucune mention n’est faite du Christ nu de Michel-Ange, ni des saints en tenue adamique ou de l’« emmêlement de nus » du Jugement dernier. Par ce silence délibéré, le pape censure à nouveau ces carnations rosées qu’un de ses pudiques prédécesseurs avait, jadis, castrées en faisant recouvrir d’un voile les parties génitales de ces hommes dénudés.

Paul VI, maintenant dépassé par sa propre audace, s’enflamme, ému jusqu’aux larmes par les corps emmêlés et le jeu des muscles. Et « quel regard ! » constate le pape. Celui du « jeune athlète qu’est le David florentin » (entièrement nu et joliment membré) et la dernière Pietà, dite de Rondanini, « pleine de sanglots » et non finito. Visiblement, Paul VI est émerveillé par l’œuvre de ce « visionnaire de la beauté secrète » dont le « ravissement esthétique » égale la « perfection hellénique ». Et, soudain, le saint-père se met même à lire un sonnet de Michel-Ange !

Quel rapport, en effet, « peut avoir avec nous ce peuple de figures vigoureuses » ? Jamais sans doute dans l’histoire du Vatican, un tel éloge girly a été rendu en ce lieu si sacré à un artiste aussi hardiment homosexuel.

— Paul VI écrivait lui-même, à la main, ses discours. On a conservé tous les manuscrits, me dit Micol Forti, une femme cultivée et énergique, qui est l’une des directrices des Musées du Vatican.

La passion de Paul VI pour l’art s’inscrit, à cette époque, dans une stratégie politique. En Italie, la culture est en train de basculer de la droite à la gauche ; la pratique religieuse est déjà en déclin chez les artistes. Alors que, depuis des siècles, les catholiques dominaient les codes et les réseaux de l’art, cette hégémonie s’est évanouie à la fin des années 1960 et au début des années 1970. Paul VI pense toutefois qu’il n’est pas trop tard et que l’Église peut se resaisir, si elle sait draguer les muses.

Les témoins interrogés me confirment que l’engagement artistique de Paul VI était sincère et qu’il reposait sur une inclination personnelle.

— Paul VI était un « Michel-Ange addict », m’indique un évêque qui a travaillé avec le saint-père.

Dès 1964, le pape annonce le projet d’une grande collection d’art moderne et contemporain. Il se lance dans la grande bataille culturelle de sa vie, pour reconquérir les hommes du masque et de la plume.

— Paul VI a commencé par offrir les excuses de l’Église qui ne s’était pas occupée d’art moderne. Et puis, il a demandé aux artistes, aux intellectuels du monde entier de l’aider à constituer une collection pour les Musées du Vatican, poursuit Micol Forti.

Les cardinaux et les évêques que j’ai interrogés avancent plusieurs hypothèses pour expliquer cette passion des arts chez Paul VI. L’un d’entre eux note l’influence décisive qu’aurait eu sur lui un livre de Jacques Maritain, son essai Art et scolastique, dans lequel il imagine une philosophie de l’art qui laisse aux artistes leur entière liberté.

Un autre bon connaisseur de la vie culturelle du Vatican sous Paul VI insiste sur le rôle de l’assistant personnel du pape, le prêtre italien Pasquale Macchi, un lettré passionné d’art et un homophile avéré qui fréquentait les artistes.

— Grâce à Pasquale Macchi, Paul VI a réuni les intellectuels et tenté de faire revenir les artistes au Vatican. Ils mesuraient tous les deux le gouffre qui s’était creusé avec le monde de l’art. Et Macchi a été l’un des artisans de ces nouvelles collections, me dit un prêtre du Conseil pontifical pour la culture.

J’ai visité, à plusieurs reprises, l’aile moderne des Musées du Vatican. Sans qu’elle égale en aucune façon les collections anciennes – comment le pourrait-elle ? –, on doit reconnaître que les conservateurs vaticanesques ont été éclairés dans leurs choix. J’y vois notamment deux artistes bien peu orthodoxes : Salvador Dalí, peintre bisexuel, avec un beau tableau intitulé Crucifixion aux connotations soldatesques masochistes. Et surtout Francis Bacon, artiste ouvertement gay !

L’HOMOSEXUALITÉ PRÉSUMÉE DE PAUL VI est une rumeur ancienne. En Italie, elle est même très insistante, tant elle a été évoquée dans des articles et jusque sur la page Wikipédia du pape, où figure le nom de l’un de ses amants supposés. Lors de mes nombreux séjours à Rome, des cardinaux, des évêques et des dizaines de monsignori travaillant au Vatican m’en ont parlé. Certains l’ont démentie.

— Je peux vous confirmer que cette rumeur a existé. Et je peux le prouver. Il y a eu des libelles, dès l’élection de Montini [Paul VI], en 1963, qui dénonçaient ses mœurs, me confie le cardinal Poupard, qui fut l’un des collaborateurs du pape.

Le cardinal Battista Re m’assure, pour sa part :

— J’ai travaillé avec le pape Paul VI pendant sept ans. Il fut un grand pape et tous les bruits que j’ai entendus sont faux.

On prête généralement à Paul VI une relation avec Paolo Carlini, un acteur italien de théâtre et de télévision, vingt-cinq ans plus jeune que lui. Ils se seraient connus lorsque Giovanni Montini était archevêque de Milan.

Si cette liaison est souvent répétée en Italie, certains de ses éléments factuels semblent anachroniques ou erronés. Ainsi, Paul VI aurait choisi son nom de pape en hommage à Paolo, ce qui est démenti par différentes sources, lesquelles apportent d’autres explications plus crédibles. De même, Paolo Carlini serait mort d’une crise cardiaque « deux jours après Paul VI à cause de sa tristesse » : or, s’il était peut-être déjà malade, il n’est décédé que bien plus tard. Montini et Carlini auraient également partagé un appartement à proximité de l’archevêché, ce qui n’est confirmé par aucune source fiable. Enfin, le dossier de la police de Milan sur la relation Montini-Carlini, souvent évoqué, n’a jamais été rendu public et rien ne démontre à ce jour qu’il existe.

Prétendument mieux informé que tout le monde, l’écrivain français Roger Peyrefitte, homosexuel militant, s’employa à « outer » Paul VI dans une série d’interviews : d’abord dans Gay Sunshine Press, puis dans le magazine français Lui, article repris en Italie par l’hebdomadaire Tempo, en avril 1976. Dans ces interventions à répétition, et plus tard dans ses livres, Peyrefitte déclarait que « Paul VI était homosexuel » et qu’il en avait « la preuve ». Le « outing » était sa spécialité : l’écrivain avait déjà mis en cause François Mauriac dans un article de la revue Arts, en mai 1964 (avec raison cette fois-là), ainsi que le roi Baudouin, le duc d’Édimbourg ou le shah d’Iran◦– jusqu’à ce qu’on découvre que certaines de ses sources étaient erronées car il avait été victime d’un canular de journalistes !

J’ai eu l’occasion, lorsque j’étais jeune journaliste, un peu avant sa mort, d’interroger Roger Peyrefitte au sujet de la rumeur de l’homosexualité de Paul VI. Ratiocinant, le vieil écrivain ne m’a pas paru très bien informé et, au vrai, seulement excité par l’odeur du scandale. Dans tous les cas, il n’a jamais apporté la moindre preuve de son « scoop ». Il semble en fait qu’il ait voulu attaquer Paul VI après la déclaration Persona Humana, qui était hostile aux homosexuels. En tout cas, l’écrivain médiocre et sulfureux, proche de l’extrême droite et volontairement polémiste, était devenu, à la fin de sa vie, un spécialiste des fausses informations, sinon des rumeurs homophobes, et parfois même un antisémite. Le critique Angelo Rinaldi a commenté en ces termes la publication de ses Propos secrets : « Hier recenseur des Juifs et des francs-maçons◦– un travail bien utile pour les futures proscriptions –, Roger Peyrefitte se fait aujourd’hui l’auxiliaire de la brigade des mœurs dans un livre attrayant comme un rapport de police… Quant à “faire progresser une cause maudite”, il faut, au mieux, de l’inconscience pour le prétendre… Les “hétéro-flics” inventeraient s’il n’existait pas ce collectionneur de ragots désuets, septuagénaire à bouclettes dont les passages à l’écran sèment l’hilarité dans les chaumières et renforcent les préjugés. »

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