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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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«Mon cheval croisa le sien, comme elle sortait de la chapelle, dans l’avenue qui rentre en forêt. J’avais eu tort de craindre et je ne sais point de grande dame qu’il soit plus facile d’aborder. Elle a l’autorité de celles qui, tout naturellement, se sentent le droit de faire le premier pas.

«Elle me reconnut, avant même que je l’eusse saluée; elle poussa un cri, et, toute pâle de joie, elle prononça mon nom.

«Ce fut sa main qui se tendit vers la mienne; tandis qu’elle murmurait:

«- J’ai achevé aujourd’hui ma neuvaine, et c’était vous que je demandais à Dieu.

«Hélas! belle cousine, s’écria ici Hector avec une colère douloureuse, vous allez la juger mal peut-être. Elle appartient à une classe où un pareil abandon peut sembler effronterie.

Madame de Chaves lui serra la main fortement.

– Continuez, dit-elle, ne plaidez pas sa cause qui est gagnée; je l’aime puisque vous l’aimez.

Hector porta la douce main qu’on lui donnait à ses lèvres.

– Merci! murmura-t-il, du fond du cœur, merci!… Mais ne me demandez pas de vous raconter ce qui fut dit dans ce tête-à-tête étrange et délicieux qui sera le plus cher souvenir de ma jeunesse. Les paroles échangées, je m’en souviens mais, quand je veux les répéter, il semble qu’elles perdent leur sens véritable. Le courant des pensées de Saphir ne se rapporte à rien de ce que vous ou moi nous pouvons connaître; c’est une naïveté bizarre où il y a de saintes aspirations. Elle semble avoir vécu dans une féerie, et le monde ne lui est apparu qu’au travers d’un rêve. Elle n’a rien du milieu grossier dans lequel se passa son enfance, sinon l’amour filial qu’elle porte aux pauvres gens qui l’ont élevée…

– Ce n’est donc pas leur fille? demanda madame de Chaves avec vivacité.

– Ce n’est pas leur fille, répondit Hector.

Puis avec un sourire mélancolique, il ajouta tout bas:

– Belle cousine, je suis égoïste quand je parle d’elle; j’oubliais que vous aviez aussi votre adorée folie.

– C’est vrai, murmura la duchesse qui avait aux joues une rougeur fiévreuse, je pense à elle toujours, toujours! mais cela ne m’empêche pas de vous écouter pour vous, Hector. Continuez, je vous prie.

– J’ai tout dit, répliqua le jeune comte de Sabran; nous fîmes une longue route côte à côte, comme nous voilà tous les deux, ma belle cousine; nous avions sur nos têtes l’ombre épaisse des grands arbres, et nulle rencontre ne vint troubler notre solitude. Nous parlâmes d’amour ou plutôt chaque chose que nous disions contenait une pensée d’amour. Elle n’a rien à cacher, je vous l’affirme, et son cœur se montre dans tout l’orgueil de son exquise pureté. Au bout d’une heure, nous étions des fiancés qui sont sûrs l’un de l’autre et n’ont plus à s’exprimer leur mutuelle tendresse. Qu’avions-nous dit? de ces riens que les cœurs traduisent et qui valent cent fois le serment banal d’aimer toujours.

Elle était radieuse de beauté; l’allégresse de son âme illuminait son visage; l’avenir n’avait plus d’obstacles: Dieu nous devait le bonheur!

Avant de me quitter, elle se pencha sur son cheval et me tendit son front charmant, où je déposai le premier baiser.

Les arbres de la forêt éclaircissaient déjà leurs feuillages; on voyait la route de Melun à travers une dentelle de verdure.

– À demain! me dit-elle.

Et je restai seul.

Le lendemain, elle ne vint pas. J’appris qu’elle avait quitté la petite maison où s’était achevée sa convalescence. Moi-même je repartis pour Paris où mon tuteur m’appelait.

À Paris, les choses changent d’aspect. Je vis les jeunes gens de mon âge et j’eus pudeur d’une aventure pour laquelle je n’aurais osé chercher un confident.

Je pensais, en faisant la revue de mes nouveaux amis: auquel d’entre eux pourrais-je dire que j’aime sérieusement, profondément, et pour en faire ma femme, une pauvre fille sans père ni mère, qui gagne de l’argent à danser sur la corde?

La tête d’Hector se pencha sur sa poitrine et il resta silencieux.

– Vous me l’avez dit à moi, murmura doucement madame de Chaves.

– C’est vrai, prononça Hector d’une voix si basse qu’elle eut peine à l’entendre, et je ne sais pourquoi il me semblait que vous étiez intéressée à le savoir.

Ils échangèrent un long regard et tous deux baissèrent les yeux.

Leurs chevaux reprirent le grand trot.

Ils avaient traversé toute la longueur du bois de Boulogne, et se trouvaient dans le quartier de la Muette.

– Vous ne me parlez plus, murmura madame de Chaves.

– Si fait, répondit Hector avec une sorte de répugnance, j’ai une faute à confesser… Belle cousine, une fois, j’ai eu peur de vous comme de mes amis.

– Voyons cela.

– C’était un de ces jours derniers, lors de la promenade que nous fîmes avec monsieur le duc à Maintenon, vous en calèche, moi à cheval. Il faut bien vous dire que j’ai beaucoup lutté contre cet amour et que, parfois, je me suis cru tout prêt d’être vainqueur.

– Pauvre belle Saphir! soupira madame de Chaves.

Hector, qui était en avant, se retourna et lui baisa encore la main.

– Vous êtes une sainte, dit-il, et Dieu vous fera heureuse. Ce jour-là, comme nous quittions la forêt de Maintenon, au moment où nous tournions l’angle de la route de Paris, nous avons rencontré la pauvre maison roulante où Saphir habite avec ses parents saltimbanques.

– Je l’ai vue! s’écria madame de Chaves, et je me souviens que je vous ai dit: cela ressemble à l’arche de Noé!

– Oui, fit Hector en rougissant, vous avez plaisanté, je suis lâche contre la plaisanterie de ceux que j’aime. La fenêtre de la petite cabane de Saphir était ouverte; je n’ai pas ralenti le pas de mon cheval et je ne me suis pas même retourné…

– En bonne chevalerie, dit gaiement la duchesse, voici un grand crime, mon neveu, et il vous faudra l’expier. Avons-nous demandé pardon à la dame de nos pensées?

– Je l’ai vue, répondit Hector, mais je ne lui ai pas parlé.

– Où l’avez-vous vue?

– Dans un lieu, répondit-il tristement, où j’étais bien sûr de la trouver. Les baraques de la foire sont toutes rassemblées sur l’esplanade des Invalides pour la fête du 15 août. Celle des parents de Saphir ne pouvait manquer d’y être.

Ils arrivaient à la grande avenue qui conduit de la Muette à la porte Dauphine. Hector voulut tourner dans cette direction, mais la duchesse l’arrêta et lui dit:

– Ce n’est pas notre route.

Et comme Hector l’interrogeait du regard, elle ajouta:

– Nous allons à l’esplanade des Invalides. Je veux la voir!

DEUXIÈME PARTIE MADEMOISELLE SAPHIR

I Médor, dernier avaleur

C’était d’une voix ferme que madame de Chaves avait exprimé sa volonté de voir Saphir. Hector ne s’attendait pas à cela. Il changea de couleur.

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