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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Mais depuis quelques jours son caractère avait bien changé.

– Mon cousin, s’écria-t-elle, ceci est une demi-déclaration, qui est très adroite ou très impertinente.

– Puis-je être adroit avec vous, ma cousine, murmura Hector d’un ton de sincère émotion, puis-je être impertinent surtout? Vous savez bien que je vous aime, et vous savez bien de quelle façon je vous aime. Il est certain que vous êtes trop belle pour inspirer seulement l’affection qu’on porterait à une sœur, mais il est certain aussi que mon cœur est pris d’autant plus fortement que cet amour a résisté au ridicule qui, dit-on, tue toute chose, au ridicule évident, manifeste. Il ne faut pas plaisanter avec mon amour, qui me rend malheureux déjà et qui, peut-être, brisera ma vie.

La duchesse lui tendit la main sans arrêter sa monture.

– Avez-vous vos vingt ans accomplis, Hector? demanda-t-elle.

– J’aurai vingt et un ans dans onze mois, répondit Hector, je suis bientôt majeur.

– Et que comptez-vous faire, quand vous serez majeur? Hector ne répondit pas tout de suite.

– Eh bien! insista madame de Chaves.

– Eh bien! s’écria Hector avec un accent de passion qui fit tressaillir sa belle compagne, si elle m’aime, je l’épouserai, si elle ne m’aime pas, je mourrai!

Madame de Chaves ne souriait plus; les deux chevaux avaient ralenti le pas d’eux-mêmes.

– Vous ne m’avez jamais fait le récit détaillé de vos amours, dit la duchesse d’un ton sérieux. Vous êtes malade, toute femme est médecin; voyons, j’attends votre confession.

La figure du jeune comte s’éclaira. Le plus grand bonheur de ces pauvres amoureux est de raconter leur martyre.

Il prit l’histoire au premier battement de son cœur, alors qu’il était au collège ecclésiastique du Mans. Il montra, timidement et craignant plus que le feu le sourire moqueur qui pouvait naître sur les lèvres de sa compagne, cette enfant d’une idéale beauté, chaste comme un rêve de poète et réduite à danser sur la corde raide au milieu d’un troupeau grossier de saltimbanques.

Il la montra ignorante de la honte qui entoure sa profession, mais ne subissant pas non plus la fièvre des bravos.

Il l’avait vue telle qu’elle était, le comte Hector, parce qu’il l’aimait sincèrement et profondément.

Il avait deviné le calme angélique de son âme et cette haute fierté qui sommeillait en elle à l’état latent parce qu’on ne lui avait jamais donné l’occasion d’éclater.

Madame de Chaves suivait avec un entraînement, dont elle ne se rendait pas compte, ce récit d’une naïveté presque enfantine, et l’intérêt qui brillait dans ses yeux encourageait sans cesse le narrateur.

Il ne cacha rien; il raconta sans rire et, au contraire, avec une croissante émotion, la fameuse scène de la demande en mariage, faite à Échalot et à madame Canada; il récita par cœur les lettres qu’il écrivait à mademoiselle Saphir, il avoua même l’envoi audacieux de sa photographie.

Et la duchesse de Chaves ne riait pas non plus; si elle interrompait parfois, c’était pour prononcer de ces paroles qui trahissent involontairement l’intérêt excité.

Hector la remerciait en son cœur et il allait toujours, ravi d’épancher son bien-aimé secret.

Son histoire n’avait pas beaucoup d’incidents dramatiques. Depuis qu’il était à Paris, Hector avait assez vécu pour apprécier l’énorme complaisance de cette femme du monde, faisant à de pareilles bagatelles l’aumône de son attention.

– Je vous ennuie, ma bonne, ma chère cousine, disait-il, il n’y a rien là-dedans, je le sens bien, sinon que j’aime comme un malheureux et comme un fou. Pour comprendre comment j’aime de la sorte, une femme si fort au-dessous de moi, selon les apparences, il faudrait que vous la vissiez.

– Je la verrai, dit madame de Chaves comme malgré elle.

– Non, oh! non! s’écria Hector d’un accent suppliant, vous ne pourriez la voir que dans son triomphe, c’est-à-dire dans sa misère. Je ne veux pas que vous la voyiez ainsi!

– Mais enfin, murmura Lily qui rêvait, elle est donc bien belle, bien belle!

La poitrine d’Hector se gonfla, et les yeux de sa compagne se baissèrent sous le regard de feu qu’il lui lança.

– Elle est belle comme vous, dit-il en contenant sa voix, et je n’ai jamais trouvé personne à lui comparer que vous. Vous n’avez pas les mêmes traits, vous ne vous ressemblez pas, et pourtant, chaque fois que je vous vois, je pense à elle. J’établis entre elle et vous je ne sais quel lien mystérieux… comment vous dire cela? mon amour pour elle a comme un reflet dans ma tendresse pour vous… Vous pleurez! pourquoi pleurez-vous, madame?

La duchesse essuya ses yeux vivement, et dit en essayant cette fois de railler:

– C’est vrai, je pleure… et je ne sais pas lequel de nous deux est le plus fou, Hector, mon pauvre neveu!

– Car, se reprit-elle, je suis votre tante, et il faudra bien à la fin que je vous parle raison… Mais auparavant, je veux savoir. Ne l’avez-vous jamais revue avant de la retrouver à Paris?

– Je l’ai cherchée souvent et trouvée quelquefois, répondit Hector mais je sens plus amèrement que vous ne pourriez l’exprimer le malheur de cette passion qui m’entraîne; je résiste, j’ai honte. J’aimerais mieux ne la voir jamais que d’affronter ces terribles applaudissements que son talent soulève et qui me serrent si douloureusement le cœur.

– Et cependant…, commença madame de Chaves.

Hector l’interrompit, d’un geste doux, et sa voix prit un accent de recueillement.

– Le hasard m’a servi une fois, dit-il, et mon pauvre roman, si triste, a du moins une page heureuse. L’année dernière, elle a été malade en passant à Melun, et vous ne sauriez croire à quel point les bonnes gens qui exploitent son talent l’aiment religieusement. C’est comme une famille où le père et la mère vivent agenouillés devant l’enfant. Je les crois riches d’une façon relative; du moins ne négligent-ils rien quand il s’agit de leur adorée Saphir. Lors de sa convalescence, ils lui louèrent un petit appartement dans une jolie maison voisine de la Seine sur la lisière de la forêt de Fontainebleau.

«Elle n’a pas, vous le pensez bien, s’interrompit timidement Hector, les frayeurs ni les préjugés des autres jeunes filles. Chaque matin elle allait toute seule faire une longue promenade à cheval en forêt. Il y a un dieu pour les amoureux, ma belle cousine; dès la première promenade qu’elle fit, je la rencontrai.

– Mais, poursuivit Hector, ces rencontres en forêt ne m’avançaient pas beaucoup; je n’étais plus le lycéen du Mans, hardi à force d’ignorance. Mon amour avait grandi: je n’osais plus, je me cachais derrière les branches pour la regarder passer, et il me semblait impossible d’acquérir l’audace qu’il eût fallu pour l’aborder.

– Vous n’êtes pas timide, pourtant, murmura la duchesse.

– Non, répondit Hector, avec les femmes de notre monde je ne suis pas timide. Elles sont heureuses, nobles, défendues par le respect de tous mais celle-ci, qui pour moi était au-dessus de n’importe quelle princesse et qui en même temps tenait dans la vie un état si misérable, comment l’aborder? comment m’excuser de l’avoir abordée? et que lui dire enfin sur cette route où l’on ne pouvait parler à genoux?

«Un jour j’eus la pensée de monter, moi aussi, à cheval. Elle se rendait, chaque matin, à une petite chapelle située au bord de l’eau, où elle semblait accomplir une neuvaine ou un vœu, car elle est pieuse comme un ange, et je ne sais pas d’où sa religion lui est venue.

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