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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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Mais on ne le savait pas et c’était terrible. Vous figurez-vous une duchesse dont on ne peut dire le nom de demoiselle?

Du reste, elle se tenait «à sa place», et on lui en savait gré. Le monde ne la voyait guère que dans les circonstances officielles, et, malgré l’immense fortune de son mari, elle n’était jamais entrée dans la lice où combattent les éblouissantes.

À l’Arc de Triomphe, Hector et sa belle compagne cessèrent de suivre le chemin de tout le monde. Tandis que la cohue moutonnière des équipages tournait à gauche et s’engouffrait fidèlement dans l’avenue de l’Impératrice qui est le seul couloir authentique par où l’on puisse arriver au bois, Hector et la duchesse, suivant droit leur chemin, prirent un temps de galop sur la route de Neuilly.

Ce fut là seulement qu’ils commencèrent à causer.

– Il y a quelque chose d’heureux dans l’air, dit la duchesse. Il me semble que je vais apprendre de bonnes nouvelles. Je n’ai jamais cessé de chercher parce que cet amour était tout pour moi et que rien, rien au monde ne pourrait le remplacer; mais j’ai souvent désespéré. À mesure que le temps passait, je me disais: les chances diminuent, et plus d’une fois je me suis éveillée, la nuit, oppressée par une angoisse inexprimable. J’avais rêvé qu’elle était morte.

– Elle a été toute votre vie, murmura Hector, pensif. Comme vous l’aimez!

– Oui, mon bel amoureux, toute ma vie, et je ne saurais exprimer l’ardeur de ma tendresse. Il y a dans mes souvenirs un homme sincèrement aimé, un seul. Il est des heures où je doute encore de son abandon, parce que son caractère était noble et que, chez lui, une lâcheté ne me semble pas possible… C’est une chose singulière que la vivacité de ces impressions après tant d’années écoulées! Loin d’aller s’éteignant les souvenirs de cette époque, qui fut en réalité toute ma vie, sont plus nets de jour en jour. J’ai fait ce travail charmant et cruel de voir grandir ma Petite-Reine, de suivre en elle le changement que produit chaque semaine, chaque mois, de deviner en quelque sorte comment elle a grandi, embelli; comment elle s’est transformée, et il me semble qu’à l’aide de ce pauvre calcul où j’ai dépensé tant d’heures, si je la voyais là, devant moi, je la reconnaîtrais.

Hector souriait, tout ému.

– Comme vous auriez été heureuse, belle cousine, pensa-t-il tout haut, et comme cet homme eût été heureux!

– Ah! oui, fit-elle, je l’aurais bien aimé, à cause d’elle. C’était un gentilhomme aussi, mais non pas un grand seigneur comme monsieur le duc. Je trouvais qu’il m’aimait trop, pauvre folle que j’étais, parce que je ne pouvais lui donner, en échange de sa passion, que mon cœur, où ma Justine tenait une si grande place… Ne parlons que d’elle. On ne meurt pas de joie; sans cela j’aurais peur de ne lui donner qu’un baiser, si Dieu m’exauce enfin et la rend à ma folie!

– Vous n’avez jamais songé, demanda le jeune comte, à chercher ce pauvre bon Médor dont vous m’avez raconté le dévouement si simple et si touchant?

– Depuis mon retour en France, répondit madame de Chaves, j’ai fait l’impossible pour retrouver Médor. Tout a été inutile. Il a disparu; il est mort, sans doute.

– Et mon oncle a cessé de vous prêter son aide?

– Monsieur le duc est toujours bon pour moi. Tous mes désirs sont devancés par sa courtoisie. Seulement la grande passion qui l’a entraîné vers moi jadis est éteinte, et une sorte de galanterie respectueuse l’a remplacée. Il a repris sa liberté sans me rendre la mienne, et puisque nous en sommes sur ce sujet, Hector, nous allons causer sérieusement. Je ne sais pas si votre oncle est jaloux ou s’il feint d’être jaloux, mais…

– Comment! s’écria le jeune homme vivement, vous seriez soupçonnée!

– Écoutez-moi, reprit madame de Chaves, nos bons jours sont passés. Avant de partir, monsieur le duc m’a fait comprendre que vos assiduités à l’hôtel lui portaient ombrage.

– Mais ce n’est pas possible! dit Hector, c’est lui qui a fait naître, c’est lui qui a favorisé ces assiduités, et maintenant que j’ai pour vous, belle cousine, une amitié de frère…

– Dites une tendresse de fils, interrompit madame de Chaves.

– J’ai dit de frère, répéta Hector en rougissant.

Puis il se tut.

La belle duchesse secoua la tête en souriant.

– Voilà le danger, murmura-t-elle, de rester jeune si longtemps. Mais vous me comprenez, Hector. Que monsieur le duc ait tort ou raison, je suis à sa merci; j’ai besoin de son influence et de sa fortune pour continuer mes recherches.

– Vous parlez, dit Hector qui la regarda d’un air étonné, comme s’il dépendait de mon oncle de changer votre situation.

La duchesse ralentit le pas de son cheval brusquement; ils étaient à la hauteur de la porte Maillot.

– Vous voulez entrer au bois? demanda le jeune comte.

– Il y a moins de monde à la porte d’Orléans, répondit madame de Chaves, qui remit son cheval au trot.

Un instant la route se poursuivit en silence.

Hector de Sabran, qui appelait madame la duchesse ma belle cousine et le duc, son mari, mon oncle, était en réalité le neveu propre de monsieur de Chaves, dont la sœur cadette avait épousé, à Rio de Janeiro, monsieur le comte de Sabran, attaché de l’ambassade française sous le règne de Louis-Philippe. Hector était le fruit de cette union; il avait perdu fort jeune son père et sa mère. À part un cousin du côté paternel qu’on avait nommé son tuteur, il n’avait pas d’autres parents que monsieur de Chaves.

Monsieur de Chaves, à son retour en France, l’avait appelé près de lui; son accueil avait été tout paternel, et il l’avait présenté à sa femme en disant:

– Lilias, voici le fils de ma sœur chérie dont je vous ai parlé si souvent.

Or, monsieur de Chaves, depuis douze ans que Lilias ou Lily le connaissait, n’avait jamais prononcé le nom de sa sœur chérie.

C’était un étrange caractère que ce monsieur de Chaves. Lily avait dit vrai en parlant de sa bonté; sa générosité n’avait pas de bornes, mais il semblait parfois qu’il y eût une lacune dans son intelligence et que sa nature morale fût affectée d’une maladie.

Son père, avant lui, avait fait comme lui; il s’était mésallié. Monsieur le duc de Chaves était le fils d’une créature splendide qui avait ébloui Rio de Janeiro, quelque quarante ans auparavant, et qui était soupçonnée d’avoir du sang mêlé dans les veines.

Ce roman de fougueux amour avait eu un dénouement sombre, sur lequel planait, du reste, le mystère le plus complet.

Monsieur de Chaves, le père, avait été trouvé mort dans son lit en un grand vieux château qu’il possédait dans la province de Coïmbre, en Portugal.

Il fut constaté que sa femme avait quitté le château la veille au soir, emmenant avec elle son fils, alors âgé de onze ans, et une petite fille, plus jeune de deux ans.

Ce fils était monsieur le duc de Chaves actuel, le mari de la Gloriette; cette petite fille devait être la mère du comte Hector de Sabran.

Monsieur le duc de Chaves avait été élevé par sa mère au Brésil. Une sorte de réprobation sourde entourait cette femme malgré son immense fortune.

C’était à ce point que la sœur du duc, mère d’Hector, belle et pourvue d’une dot considérable, aurait eu de la peine à trouver un époux, si monsieur de Sabran, étranger et ignorant la funeste histoire de cette famille, ne fût devenu amoureux d’elle à la française, et ne l’eût épousée en quelque sorte par impromptu.

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