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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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Il lui remettait ses chaussons, racontait n'importe quoi, se saoulait de paroles pour ne pas la regarder.

� C'est vous la petite Camille ? lui demanda-t-elle dans un merveilleux sourire.

� Euh... oui...

� Venez par l� que je vous regarde...

Camille s'assit pr�s d'elle.

Elle lui prit les mains :

� Mais vous �tes gel�e...

� C'est la moto...

� Franck?

� Oui.

� Ben, pr�pare-nous un th�, voyons ! Faut la r�chauffer, cette petite !

Il souffla. Merci mon Dieu. Le plus dur �tait pass�... Il planqua ses affaires dans l'armoire et chercha la bouilloire.

� Prends des biscuits � la cuill�re dans ma table de nuit... Puis se retournant : Alors, c'est vous... C'est vous, Camille... Oh, que je suis contente de vous voir...

� Moi aussi... Merci pour l'�charpe...

� Ah ben, justement, tenez...

Elle se leva et revint avec un sac plein de vieux catalogues Phildar.

� C'est Yvonne, une amie, qui me les a amen�s pour vous... Dites-moi ce qui vous ferait plaisir... Mais pas de point de riz, hein ? Celui-l�, je sais pas le faire...

Mars 1984. D'accord...

Camille tourna lentement les pages d�fra�chies.

� Celui-l�, il est plaisant, non ? Elle lui indiquait un cardigan mochissime avec des torsades et des boutons dor�s.

� Euh... Je pr�f�rerais un gros pull plut�t...

� Un gros pull ?

� Oui.

� Mais gros comment ?

� Ben vous savez, un genre de col roul�...

� Tournez, allez chez les hommes alors !

� Celui-l�...

� Franck, mon lapin, mes lunettes...

Qu'est-ce qu'il �tait heureux de l'entendre parler comme �a. C'est bien, m�m�, continue. Donne-moi des ordres, ridiculise-moi devant elle en me traitant comme un b�b� mais ne chiale pas. Je t'en supplie. Ne chiale plus.

� Tiens... Bon ben... Je vous laisse. Je vais pisser...

� C'est �a, c'est �a, laisse-nous.

Il souriait.

Quel bonheur, mais quel bonheur...

Il referma la porte et fit des bonds dans le couloir. Il aurait embrass� la premi�re grabataire venue. Quel pied, putain ! Il n'�tait plus tout seul. Il n'�tait plus tout seul ! � Laisse-nous �, qu'elle avait dit. Mais oui les filles, je vous laisse ! Putain, je demande que �a, moi ! Je demande que �a !

Merci Camille, merci. M�me si tu ne viens plus, on a trois mois de sursis avec ton putain de pull ! La laine, les couleurs, les essayages... Conversations assur�es pour un bon bout de temps... Bon, c'est par o� les chiottes d�j� ?

Paulette s'installa dans son fauteuil et Camille se mit dos au radiateur.

� Vous �tes bien par terre ?

� Oui.

� Franck aussi, il s'installe toujours l�...

� Vous avez pris un biscuit ?

� Quatre !

� C'est bien...

Elles se d�visag�rent et se dirent une foule de choses en silence. Elles se parl�rent de Franck bien s�r, des distances, de la jeunesse, de certains paysages, de la mort, de la solitude, du temps qui passe, du bonheur d'�tre ensemble et du cahin-caha de la vie sans prononcer la moindre parole.

Camille avait tr�s envie de la dessiner. Son visage lui �voquait les petites herbes des talus, les violettes sauvages, les myosotis, les boutons-d'or... Son visage �tat ouvert, doux, lumineux, fin comme du papier japonais. Les rides du chagrin disparaissaient dans les volutes du th� et laissaient place � des milliers de petites bont�s au coin des yeux.

Elle la trouvait belle.

Paulette pensait exactement la m�me chose. Elle �tait si gracieuse, cette petite, si calme, si �l�gante dans son accoutrement de vagabonde. Elle avait envie d'�tre au printemps pour lui montrer son jardin, les branches du cognassier en fleur et l'odeur du seringa. Non, elle n'�tait pas comme les autres.

Un ange tomb� du ciel qui �tait oblig� de porter de gros souliers de ma�on pour pouvoir rester parmi nous...

� Elle est partie ? s'inqui�ta Franck.

� Non, non, je suis l� ! r�pondit Camille en levant un bras au-dessus du lit.

Paulette sourit. Pas besoin de lunettes pour voir certaines choses... Un grand apaisement lui tomba sur la poitrine. Elle devait se r�signer. Elle allait se r�signer. Elle devait l'accepter enfin. Pour lui. Pour elle. Pour tout le monde.

Plus de saisons, bon... Allez... C'�tait comme �a. C'�tait chacun son tour. Elle ne l'emb�terait plus. Elle ne penserait plus � son jardin chaque matin, elle... Elle essayerait de ne plus penser � rien. � lui de vivre maintenant.

� lui de vivre...

Franck lui raconta la journ�e de la veille avec une gaiet� toute neuve et Camille lui montra ses croquis.

� C'est quoi �a ?

� Une vessie de porc.

� Et �a ?

� Des bottes-chaussons-sabots r�volutionnaires !

� Et ce petit ?

� Euh... je me souviens plus de son nom...

� Et �a ?

� �a, c'est Spiderman... � ne pas confondre avec Batman surtout !

� C'est merveilleux d'�tre aussi dou�e...

� Oh, ce n'est rien...

� Je ne parlais pas de vos dessins, ma petite, je parlais de votre regard... Ah ! Voil� mon d�ner ! Il faudrait songer � rentrer mes petits enfants... Il fait d�j� bien noir...

Attends... C'est elle qui nous dit de partir? Franck en �tait sur le cul. Il �tait si troubl� qu'il dut se tenir au rideau pour se relever et arracha la tringle.

� Merde !

� Laisse, va, et arr�te de parler comme un voyou, enfin !

� J'arr�te.

Il piqua du nez en souriant. Vas-y ma Paulette. Vas-y. Te g�ne pas surtout. Gueule. R�le. Rousp�te. Reviens Par ici.

� Camille ?

� Oui?

� Je peux vous demander une faveur ?

� Bien s�r !

� Appelez-moi quand vous �tes arriv�s pour me rassurer... Lui, il m'appelle jamais et je... Ou si vous pr�ferez, vous laissez juste sonner une fois et vous raccrochez, je comprendrai et je pourrai m'endormir...

� Promis.

Ils �taient encore dans le couloir quand Camille r�aUsa qu'elle avait oubli� ses gants. Elle se pr�cipita dans la chambre et vit qu'elle �tait d�j� devant sa fen�tre � les guetter.

� Je... mes gants...

La vieille dame aux cheveux roses n'eut pas la

cruaut� de se retourner. Elle se contenta de lever la main en hochant la t�te.

� C'est affreux... l�cha-t-elle pendant qu'il s'agenouillait au pied de son antivol.

� Non, dis pas �a... Elle �tait super bien aujourd'hui ! Gr�ce � toi, d'ailleurs... Merci...

� Non, c'�tait affreux...

Ils firent coucou � la minuscule silhouette du troisi�me �tage et reprirent leur file d'attente dans la fourmili�re. Franck se sentait plus l�ger. Camille, au contraire, ne trouvait plus les mots pour penser.

Il s'arr�ta devant leur porte coch�re sans couper le moteur.

� Tu... Tu ne rentres pas ?

� Non, fit le casque.

� Bon, ben... Salut.

14

Il devait �tre un peu moins de neuf heures et l'appartement �tait plong� dans l'obscurit�.

� Philou ? T'es l� ?

Elle le trouva assis dans son lit. Compl�tement prostr�. Une couverture sur les �paules et la main prise dans un livre.

� �a va ?

� ...

� T'es malade ?

� Je me suis fait un sang d'en... d'encre... Je vous a... attendais beau... beaucoup plu... plus t�t.

Camille soupira. Putain... Quand c'est pas l'un, c'est

l'autre...

Elle s'accouda contre la chemin�e, lui tourna le dos et posa son front dans ses paumes :

� Philibert, arr�te s'il te pla�t. Arr�te de b�gayer. Ne me fais pas �a. Ne g�che pas tout. C'est la premi�re fois que je partais depuis des ann�es... Redresse-toi, vire ce poncho mit�, pose ton livre, prends un ton d�tach� et dis-moi : � Alors, Camille ? �a s'est bien pass� cette petite vir�e ? �

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