La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
MESCHIA : Il n’en est pas question. C’est ce que font déjà les chiens – ou ce qu’ils feront, lorsque nous les verrons. (À la comtesse.) Ne vous est-il pas venu à l’esprit que je pourrais en savoir davantage sur ce que vous appelez l’Esprit universel que l’Autarque n’en sait sur lui-même ? Car non seulement votre Esprit Universel, mais d’autres forces moins hautes endossent notre livrée humaine quand ils le veulent, même si parfois cela ne concerne que deux ou trois d’entre nous. Nous qui ne sommes que cette livrée en avons rarement conscience, nous paraissons être nous-même à nos propres yeux, alors que nous sommes le Démiurge, le Paraclet ou le Démon pour un autre.
LA COMTESSE : Voilà un profond savoir dont j’aurais eu bien tard connaissance, s’il est vrai que je doive m’évanouir avec le lever du Nouveau Soleil. Minuit est-il déjà passé ?
LA SUIVANTE : Dans peu de temps, Votre Grâce.
LA COMTESSE, d’un geste, elle montre l’assistance : Que va-t-il advenir de toutes ces nobles personnes ?
MESCHIA : Qu’advient-il des feuilles de l’arbre, à la fin de la saison, quand le vent les pousse ?
LA COMTESSE : Si…
Meschia se tourne et regarde le ciel à l’est, comme pour guetter les premiers signes de l’aube.
LA COMTESSE : Si…
MESCHIA : Si quoi ?
LA COMTESSE : Si mon corps contenait une parcelle du vôtre – quelques gouttes de tissu liquide, bien enfermées au fond de mes reins…
MESCHIA : Si c’était le cas, vous pourriez errer encore quelque temps sur Teur, comme un pauvre être perdu incapable de retrouver son foyer. Mais je ne coucherai pas avec vous. Croyez-vous donc être davantage qu’un cadavre ? Vous êtes encore moins.
La suivante s’évanouit.
LA COMTESSE : Vous prétendez être le père de toutes choses humaines ; il doit bien en être ainsi, car vous êtes la mort pour les femmes.
La scène s’obscurcit. Lorsque la lumière revient, Meschiane et Jahi sont étendues côte à côte au pied d’un sorbier sauvage. Derrière elles, s’ouvre une porte dans la pente de la colline. Jahi a une lèvre fendue et gonflée qui lui donne un air renfrogné. Le sang coule sur son menton.
MESCHIANE : De quelles forces je disposerais pour continuer à le chercher, si seulement j’étais sûre que tu ne me suives pas !
JAHI : Je me meus avec la puissance du Monde Souterrain, et s’il le faut, je te suivrai jusqu’à la seconde apocalypse de Teur ; mais si tu me frappes encore, c’est toi qui en souffriras.
Meschiane lève le poing, et Jahi a un geste d’effroi.
MESCHIANE : Tes jambes tremblaient plus que les miennes lorsque nous avons décidé de nous reposer ici.
JAHI : Je souffre bien plus que toi. Mais la force qui monte du Monde Souterrain permet d’endurer au-delà de l’endurable ; et de même que je suis plus belle que toi, je suis de loin une créature beaucoup plus fragile.
MESCHIANE : C’est ce que nous avons pu constater, je crois.
JAHI : Je t’avertis une dernière fois ; si tu me frappes c’est à tes risques et périls.
MESCHIANE : Que feras-tu donc ? Invoquer les Erinyes pour me détruire ? Je n’en ai pas peur. Tu l’aurais fait depuis longtemps si tu l’avais pu.
JAHI : Bien pire. Si tu me frappes encore, tu finiras par y prendre plaisir.
Entrent le premier soldat et le second soldat, armés de piques.
PREMIER SOLDAT : Regarde par là !
SECOND SOLDAT, s’adressant aux femmes : À terre, à terre ! Ne vous levez pas, ou je vous embroche comme le ferait le héron. Suivez-nous.
MESCHIANE : À quatre pattes ?
PREMIER SOLDAT : Assez d’insolence !
Il l’aiguillonne du bout de sa pique ; on entend en même temps un grondement tellement sourd qu’il est à peine perceptible pour l’oreille. La scène entre en résonance et vibre, la terre tremble.
SECOND SOLDAT : Qu’est-ce qui se passe ?
PREMIER SOLDAT : Je l’ignore.
JAHI : C’est la fin de Teur, pauvres fous. Vas-y donc, transperce-la. De toute façon c’est la fin pour toi aussi.
SECOND SOLDAT : Tu n’y connais rien ! Pour nous c’est le commencement. Lorsque nous avons reçu l’ordre de fouiller le jardin, vous avez été tout spécialement mentionnées, toutes les deux. Nous devons vous ramener. Vous valez dix chrisos, ou je ne suis qu’un rapetasseur de souliers.
Il s’empare de Jahi, mais aussitôt Meschiane en profite pour filer dans l’obscurité environnante. Le premier soldat se lance à sa poursuite.
SECOND SOLDAT : Mais tu me mords !
Il frappe Jahi du manche de son arme ; ils se battent.
JAHI : Imbécile, elle s’échappe !
SECOND SOLDAT : Ça, c’est le problème d’Ivo. J’ai ma prisonnière, et s’il n’a pas la sienne, c’est qu’il l’a laissée s’échapper. Suis-moi, nous allons voir le kiliarque.
JAHI : Ne veux-tu pas m’aimer avant de quitter ce coin charmant ?
SECOND SOLDAT : Pour me faire couper la virilité et me la retrouver dans la bouche ? Très peu pour moi !
JAHI : Il faudrait d’abord la trouver.
SECOND SOLDAT : Qu’est-ce que tu dis ? (Il la secoue.)
JAHI : Tu te prends pour Teur, qui ne se soucie pas de moi. Mais attends : lâche-moi seulement un instant, et je te montrerai des merveilles.
SECOND SOLDAT : Je les vois déjà, et j’en rends mille grâces à la lune.
JAHI : Je peux te donner la richesse ; que seront dix chrisos pour toi ? Cependant, je n’ai aucun pouvoir tant que tu me tiens.
SECOND SOLDAT : Tu as de plus longues jambes que l’autre, mais j’ai veillé à t’empêcher d’en faire le même usage. En fait, il me semble que c’est à peine si tu tiens debout.
JAHI : J’en suis désormais incapable.
SECOND SOLDAT : Je vais te tenir par ton collier, la chaîne m’a l’air assez solide. Si cela te suffit, montre-moi donc ce que tu sais faire. Sinon, suis-moi. Tu n’auras pas davantage de liberté tant que je te tiendrai.
Jahi lève les deux mains, les petits doigts, les index et les pouces tendus ; le silence règne pendant un certain temps, puis on entend s’élever une musique étrange et douce pleine de trilles. De gros flocons de neige se mettent à tomber paisiblement.
SECOND SOLDAT : Arrête ça !
Il la saisit par un bras et la jette à terre. La musique s’arrête instantanément. Deux ou trois flocons viennent encore se poser sur sa tête.
SECOND SOLDAT : Ce n’était pas de l’or.
JAHI : Tu as pourtant bien vu.
SECOND SOLDAT : Dans le village où je suis né, il y a une vieille femme qui sait aussi agir sur le temps. Elle ne va pas aussi vite que toi, je te l’accorde, mais elle est très âgée, après tout, et bien plus faible que toi.
JAHI : Qui qu’elle soit, elle ne vaut pas le millième de ce que je vaux.
Entre la statue ; elle se déplace lentement, comme aveugle.
JAHI : Qu’est-ce que c’est que ça ?
SECOND SOLDAT : L’un des petits enfants chéris du père Inire. Ça ne peut ni t’entendre ni émettre un son. Je ne suis même pas sûr que ce soit vivant.
JAHI : Pourquoi pas ? Crois-tu que je vive, moi, en ce moment ?