Black-Out. Demain il sera trop tard
- Автор: Elsberg Marc
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Le Livre de Poche
- ISBN: 978-2253098690
- Переводчик: Pierre Malherbet
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:
« Appuie-toi contre moi, proposa-t-il à Shannon. Nous nous tiendrons chaud. »
Elle s’assit entre ses jambes, appuya son dos contre son tronc, mit les mains sous ses aisselles, étira les jambes. Manzano l’enlaça. Elle sentait son souffle chaud dans son oreille, puis la chaleur de leurs corps se propager à travers l’épaisseur de leurs vêtements.
« C’est déjà ça », chuchota-t-il.
Elle tourna la tête pour voir comment il allait.
Le crâne basculé en arrière contre le mur, ses yeux étaient fermés. Sa poitrine se soulevait et s’affaissait régulièrement, ses bras perdirent de leur vigueur. Tendrement, l’Américaine les prit dans les siens, bascula sa tête contre la poitrine de son compagnon, fixa l’avant-toit sombre au-dessus d’eux, où tombaient des flocons de neige virevoltants — puis elle sombra dans un sommeil sans rêves.
Neuvième jour — dimanche
Bollard avait coupé le dernier bout de pain en huit tranches. Quatre épaisses, quatre fines. Il deviendrait ensuite urgent d’aller au ravitaillement. Ils n’avaient presque plus rien à manger. Il se surprit à regarder par la fenêtre de la cuisine, perdu dans ses pensées. Lui, à l’accoutumée si maître de lui. Le gazon du petit jardin était vert. Les buissons avaient perdu leurs feuilles, comme les haies. Derrière l’une d’elles, il vit un homme accroupi sur la terrasse de la maison voisine. Luc, probablement. Sans un mouvement, le bras tendu vers le sol. Bollard vit alors un chat, à quelques mètres, s’approcher lentement. Il semblait que le voisin l’attirait avec quelque chose. Il leva la queue, s’approcha plus rapidement, atteignit Luc, huma ses doigts. En un éclair, ce dernier l’attrapa par l’encolure, le frappa sur la tête de sa main libre avec un outil — un marteau, devina Bollard. Son voisin se redressa, son marteau ensanglanté dans une main, dans l’autre le corps sans vie de l’animal, dont les pattes pendaient mollement.
Bollard posa doucement le couteau avec lequel il avait coupé le pain.
Les enfants se ruèrent dans la cuisine, Marie les suivait, fatiguée, mais plus en forme tout de même que l’avant-veille. François, heureux d’avoir son attention détournée, posa chacune des quatre épaisses tranches sur une assiette et les disposa sur la table. Puis il prit les plus fines et les montra aux enfants.
« Imaginez que ce sont là de délicieuses tranches de saucisson dont vous garnissez votre pain. »
Il les déposa sur les épaisses tranches et regarda ses enfants, plein d’espoir. Ce qu’il venait de voir ne lui sortait pas de l’esprit.
« C’est du pain, pas du saucisson, opposa la gamine en considérant son assiette avec dégoût.
— Pour moi, c’est du saucisson », réaffirma leur père. Lorsqu’ils jouaient, les enfants étaient bien capables de tout s’imaginer ! Il croqua dans une tartine, en guise de démonstration. « Hmmmh ! Que c’est bon ! »
Louise suivait tout cela d’un air sceptique. Marie croqua dans le pain et déclara haut et fort à quel point elle se régalait. Bollard mâchait avec un plaisir feint, regardant son repas en se pourléchant les babines, puis celui de sa fille et de son fils.
« Dé-li-ci-eux ! Vous ne savez pas ce que vous manquez. »
Paul, qui, à l’instar de sa sœur s’était montré d’abord sceptique, déposa sa tranche de saucisson sur son pain, puis en prit une pleine bouchée accompagnée de « Hmmmh ! » et de « Aaaah ! ».
Quant à Louise, elle contemplait sa collation, indécise, tandis que le reste de la famille continuait à émettre bien fort des signaux de satisfaction gustative. Hochant la tête, elle se résigna à prendre son pain. « Vous êtes devenus complètement zinzins ! » dit-elle avant de manger.
« Bonjour », chuchota Piero à l’oreille de Lauren. Malgré le froid à fendre et la position inconfortable, il avait dû dormir quelques heures. Il ne sentait plus ni ses mains ni ses pieds, ni son postérieur, ni son dos. Malgré tout, il se sentait un peu mieux que la veille, la fièvre semblait avoir chuté.
Shannon bougea, regarda autour d’elle, inquiète, avant que son visage ne retombe sur sa poitrine et qu’elle se rendorme. Un peu plus loin, quelqu’un s’agita dans un sac de couchage. Peu à peu, la gare s’éveillait. Visages fatigués, coiffures en pagaille. D’après Manzano, la plupart devaient dormir dans la rue depuis des jours, à en croire leurs mines désespérées et leurs cheveux sales.
Même pas une demi-heure pour gagner Bruxelles en train, pensa-t-il. À pied, plus de deux jours. Il berça doucement Shannon et, de nouveau, chuchota à son oreille, jusqu’à ce qu’elle entrouvre les yeux.
Elle lui adressa un regard.
« Un vrai cauchemar, gémit-elle.
— T’as fait un cauchemar ?
— Non, le cauchemar, c’est quand je me réveille. »
Elle resta encore un moment assise, puis se leva péniblement et s’étira longuement. Manzano s’y essaya aussi et sa jambe blessée se rappela à lui.
« Et maintenant ?
— Il faut que je fasse pipi.
— Moi aussi. »
Après s’être soulagés dans des recoins séparés, ils se rendirent sur le quai, à la recherche d’une carte ou d’un quelconque moyen leur permettant de rejoindre la capitale belge.
Ils demandèrent des renseignements à quelques-unes des personnes présentes, qui commençaient elles aussi une dure journée.
« Il y a des trains, ici ?
— Très rarement. Des trains de marchandises.
— Où vont-ils ?
— J’en sais rien…
— On trouve quelque chose à manger dans le coin ?
— Dans la rue devant la gare, on distribue de la soupe. Mais pas tous les jours. »
Une heure plus tard, Lauren et Piero étaient assis dans une salle chauffée par un poêle à charbon. Au cours de la distribution de soupe, elle n’avait parlé à personne. Ils reçurent chacun deux grosses louches dans une écuelle en fer-blanc, avant de les boire avec appétit, gorgée après gorgée, au milieu des autres, tassés sur de longues planches soutenues par des tréteaux. On ne leur avait pas donné de cuillères.
Qui avait avalé sa soupe était prié de laisser sa place au suivant ; pourtant, on prenait exagérément son temps pour profiter au maximum de la chaleur de l’endroit, tandis que les nouveaux venus, écuelles pleines, allaient et venaient entre les bancs. Lauren et Piero ne se hâtèrent pas pour autant. Le froid de la nuit passée ne quittait pas leurs membres si rapidement.
Cependant, après plusieurs exhortations, ils se retrouvèrent de nouveau sur le trottoir. « On a des choses plus importantes à faire. Retournons à la gare. »
Une fois arrivés, l’Italien fit le tour des quais avant de se décider pour une direction précise, en tirant Shannon derrière lui. Deux cents mètres plus loin, ils passèrent sous un pont derrière lequel les voies se multipliaient. Deux d’entre elles disparaissaient dans des bâtiments, les autres, après quelques centaines de mètres, se rejoignaient de nouveau. On trouvait dans la zone de triage des dizaines d’attelages différents, de simples locomotives, des éléments de trains régionaux ou de marchandises, jusqu’à des machines étranges, destinées à intervenir sur les voies. L’une d’elle avait l’air d’un camion jaune trop court, capable de rouler sur des rails au moyen d’un châssis adapté.
Manzano escalada le marchepied et tenta d’ouvrir la porte de la cabine. Quelques secondes plus tard, il était assis aux commandes, à inspecter l’habitacle.