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Black-Out. Demain il sera trop tard

Электронная книга - «Black-Out. Demain il sera trop tard». Краткое содержание книги:

Par une froide soirée d’hiver, le réseau électrique européen commence à lâcher. De nombreux pays s’enfoncent dans l’obscurité et plusieurs centrales nucléaires mettent en danger la vie de millions d’êtres humains. Menace terroriste ou défaillance technique ? Piero Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable. Avec l’aide d’un policier français d’Europol, François Bollard, Manzano s’engage dans une véritable course contre la montre face à un adversaire aussi rusé qu’invisible.
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Les portières de la cabine furent arrachées. Des voix d’hommes qui hurlaient. Shannon aperçut les canons de fusils, puis des têtes. Des écharpes remontées haut sur le nez, des bonnets enfoncés bas sur le front.

« Descendez ! » crièrent les assaillants en grimpant. Carsten tenta de passer la marche arrière, mais l’un des hommes lui asséna un violent coup de crosse sur la main, tandis qu’un autre appuya le canon du sien contre sa tempe. Criant de douleur, Carsten lâcha le levier de vitesses et leva les mains. Les hommes l’agrippèrent, pour un peu il serait tombé du poids lourd — il parvint cependant à se retenir pour descendre précipitamment, tandis qu’Eberhart, de l’autre côté, ne connaissait pas meilleur sort. Shannon entendit des coups sourds et des cris. Elle s’enfonça dans le dossier, et, instinctivement, leva les bras à son tour. Voici que les hommes leur hurlaient maintenant au visage, agitant leurs fusils. Shannon défit la ceinture de Manzano et le souleva autant qu’elle put, jusqu’à la portière. Elle prit à l’épaule son sac marin contenant le portable de l’Italien. Un homme acheva de tirer ce dernier sur la banquette, prêt à le flanquer par terre. L’Américaine retint Manzano et s’approcha de l’homme en criant : « Easy ! Easy ! »

Manzano bascula sur ses épaules ; ainsi, il pouvait descendre avec elle, sans risquer de s’écraser sur le bitume. Eberhart et Carsten se contorsionnaient dans le fossé, l’un se tenant la tête, l’autre l’entrejambe.

L’un des agresseurs s’était installé au volant. Deux autres prirent place sur la banquette arrière, et trois encore à côté du chauffeur. Les portières se refermèrent sur eux.

Le véhicule partit en marche arrière pour s’engouffrer dans un chemin vicinal, y faire demi-tour, puis repartir dans la direction opposée.

« Salopards ! » hurla Eberhart en direction du poids lourd qui disparut dans un nuage de poussière.

C’est l’hôpital qui se fout de la charité, se dit Shannon.

Eberhart, qui s’était assis entre-temps, n’arrêtait plus de soupirer.

Shannon ne le plaignait pas. Il avait bien mérité sa raclée. Elle demanda cependant : « Tout va bien ?

— La remorque était vide », gémit-il.

Carsten, à son tour, s’était assis.

« On est encore loin d’Aix-la-Chapelle ? s’enquit Shannon.

— Quatre kilomètres, peut-être », la renseigna Eberhart en lui indiquant la direction à suivre.

Berlin

Michelsen était en train d’étudier les chiffres des réserves de vivres de l’armée encore disponibles lorsqu’on lui chuchota à l’oreille. « Dans la salle de réunion. Tous. Immédiatement. »

Depuis le début du black-out, chaque nouvelle information leur était annoncée publiquement, soit par quelqu’un de la maison, soit par les médias.

Cette fois, c’était différent. Quelqu’un faisait le tour des bureaux, et murmurait à l’oreille de chacun les mêmes mots, comme s’il y avait un secret, ici, en cet endroit protégé, le dernier lieu d’asile, le seul qui offrait aux personnes rassemblées une toute petite lueur, l’espoir de pouvoir encore contrôler la situation. Il n’y avait plus de place assise vacante dans la salle de réunion. Au bout de la longue table étaient installés le chancelier et la moitié de son cabinet. Aucun d’eux ne portait de cravate ni de costume. Personne n’osait parler, jusqu’à ce qu’entre l’homme qui chuchotait et qu’il ferme la porte derrière lui.

« Mesdames et messieurs, commença le ministre de l’Intérieur, l’attaque a atteint un niveau encore supérieur. Ainsi que nous l’ont fait savoir nos spécialistes en IT il y a quelques minutes, nos systèmes de communication ont été piratés. Pour l’instant, nous ne savons pas encore comment ils s’y sont pris ni dans quelle mesure les agresseurs maîtrisent nos systèmes. Mais une chose est incontestable : vos ordinateurs sont infectés. Nous en avons la confirmation par Europol, les Français, les Britanniques, les Polonais et trois autres centres de crises du continent. Les autres ne sont pas en mesure, pour l’heure, d’analyser leurs systèmes. Nous devons partir du principe qu’ils sont, tout du moins partiellement, également infectés. (Afin de couper court à toute polémique, il leva les mains.) Nous ne croyons aucunement que qui que ce soit parmi vous ait quelque chose à voir avec tout ça. Pénétrer ces systèmes demande une préparation aussi longue que pour attaquer les infrastructures énergétiques. »

Il rabaissa ses mains, se racla la gorge et poursuivit : « Les intrus ne se contentent pas d’observer nos communications. Non, ils les manipulent de manière ciblée afin de saboter nos activités, de nous induire en erreur ou de nous empêcher de travailler. Malheureusement, il a fallu plusieurs événements pour nous amener à ces conclusions. Vous devez partir du principe que chacun de vos mails est lu, que chacune de vos conversations téléphoniques et de vos discussions est écoutée. »

Michelsen, qui avait suivi l’exposé dans un état de transe, entendit un chuchotement en provenance d’un autre coin de la salle.

« Oui, aussi les discussions, répéta le ministre de l’Intérieur qui avait manifestement mieux compris. Vos ordinateurs sont équipés de micros et de caméras, qu’on peut activer de l’extérieur avec les logiciels ad hoc. De cette manière, les pirates entendent et voient tout ce qu’enregistrent micros et caméras. Ils ont des yeux et des oreilles dans cette salle, au cœur de notre situation room ! Et, concernant les Français, les Polonais, Europol, le Monitoring and Information Centre de l’Union européenne, concernant l’OTAN, on n’a encore aucune nouvelle. Mais, je ne serais pas étonné si… »

Il lui fallut prendre une profonde inspiration pour se calmer. « Tout échange d’informations avec l’extérieur, au national ou à l’étranger, devra être dès à présent validé par un protocole de communication séparé. Ainsi, si vous envoyez des données à quelqu’un, ou des indications, ou quoi que ce soit, vous devez appeler votre contact par radiotéléphone afin de vous assurer qu’il a bien reçu les données, ou les indications, ou qu’importe, et qu’il les a comprises, et vous devrez également comparer rapidement le contenu de ce qui a été envoyé avec ce qui a été reçu. Nous n’avons pas d’autre choix, pour le moment, que de partir du principe que ce qui reste encore des liaisons radio des autorités n’a pas encore été infiltré, et que la liaison est sûre. »

Il jeta un regard à l’assistance, afin de s’assurer que tout le monde l’avait compris.

Aix-la-Chapelle

« Fuck ! quel froid ! » jura Shannon à côté de Manzano. Il la regarda chercher un pull-over dans son sac.

« J’en ai marre de tout ça, souffla-t-elle, à bout. Je veux un lit chaud chez moi, une douche chaude, mieux que ça, un bain chaud ! »

Que pouvait-il répondre ? Il tremblait comme une feuille, de fièvre, ou de froid, d’épuisement ou de tout cela en même temps. Ils avaient passé leur soirée à chercher un hébergement, en vain. Des flocons de neige fondaient sur leurs visages.

Ils atteignirent la gare. La contournèrent. Sous les marquises campaient des dizaines de personnes, entassées les unes sur les autres, dans des sacs de couchage ou des couvertures. Les passages souterrains pour gagner le hall de gare et les quais étaient condamnés par des grilles devant lesquelles s’amassaient des dormeurs.

Lauren et Piero cherchèrent une place. Au moins seraient-ils protégés partiellement du vent et de la neige. Ça dura une éternité, la plupart des places vacantes puaient l’urine. Enfin, ils trouvèrent un recoin libre. L’Italien s’assit, dos au mur.

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