Le soleil des rebelles
- Автор: Fulvio Luca di
- Серия: Gang #3
- Год: 2018
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440481
- Переводчик: Françoise Brun
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
Agomar la lui amena.
« Ton fils était l’un de mes serfs, il avait l’obligation de travailler mes terres et au lieu de ça il s’est tué. Pour me dédommager, tu logeras chez toi cinq de mes hommes qui surveilleront l’avancée des travaux. Tu leur feras à manger et tu laveras leur linge. »
La mère de Gregor fit un signe de tête, l’air absent.
Ojsternig se tourna vers ses hommes. « Partons, nous n’avons plus rien à faire ici. » Il monta sur son cheval, l’éperonna et partit au galop.
Pendant que Mikael aidait Eloisa à ramener Agnete à la maison, de nombreux paysans, en passant près d’eux, lui murmuraient : « Que Dieu te bénisse, mon garçon. Aujourd’hui, tu nous as sauvés. »
Eberwolf, en revanche, lui lança un regard chargé de haine. Mikael et Eloisa étendirent Agnete sur la paillasse. En fixant son dos ensanglanté, Mikael demanda : « Pourquoi ?
— Parce qu’on est la propriété du prince », répondit Agnete.
Mikael secoua vivement la tête.
Agnete vit qu’autre chose le tracassait. « Eh oui, gamin, on était aussi la propriété de ton père. Et on serait devenus la tienne, si les choses s’étaient passées autrement. »
Mikael rougit. « Mon père vous traitait comme ça ?
— Les princes doivent faire leur travail.
— Mon père vous traitait comme ça ? insista Mikael.
— Non. Mais on était quand même sa propriété.
— Moi, je vous aurais libérés », dit Mikael avec fougue.
Agnete le fixa d’un regard triste. « Libérer son bétail, c’est un luxe qu’aucun prince ni aucun paysan ne peut se permettre.
— C’est ce qu’ils font, les rebelles ? Ils libèrent les gens ? demanda alors Mikael.
— Si tu parles encore des rebelles, je te chasse de chez moi à coups de pierres », le menaça Agnete avec férocité.
« C’est pourtant ce qu’ils font, non ? », dit Mikael, avant de sortir sans rien ajouter.
Il ne revint qu’au soir, portant un linge rempli de limaces noires. Assis sur le seuil, il les racla l’une après l’autre, délicatement, en déposant la bave écumeuse dans un bol. Puis il alla à la lisière du bois les remettre en liberté, comme il avait vu faire le vieux Raphael. À son retour, il commença à étaler la bave de limace sur les plaies d’Agnete, avec sérieux et concentration. « De toutes façons, c’est pas juste, dit-il en fronçant les sourcils.
— Non, c’est pas juste, dit Agnete. Mais c’est comme ça. Il faut t’y habituer.
— Si je pouvais, je changerais le monde.
— Tous ceux qui subissent des injustices voudraient le faire.
— Pourquoi ils le font pas, alors ?
— Parce que c’est très difficile.
— Comme piocher ?
— Plus que piocher. »
Mikael resta silencieux, perdu dans ses pensées, finissant d’étaler la bave de limace. Puis, d’un ton adulte, il dit : « Même si c’est difficile, je veux y arriver ».
Quand il fit nuit, Agnete, le visage tourné contre la paillasse pour qu’on ne l’entende pas, pleura doucement en pensant aux mains de Mikael sur ses blessures. « Cher fils… », murmura-t-elle.
34
Le jour suivant, les soldats d’Ojsternig arrivèrent dans les champs à démanteler. Agressifs et hostiles, ils insultèrent quelques paysans et lancèrent des insanités aux femmes. Ils repérèrent Mikael, qui transportait une pierre et s’apprêtait à partir sur le chemin.
« Eh, toi ! Où tu crois aller ? »
Mikael se retourna.
Un des soldats prit une hotte à foin sur une charrette. « Viens là », dit-il.
Mikael s’approcha.
Le soldat, d’un geste brutal, lui tendit la hotte. « Mets ça sur tes épaules. » Il le tira par le bras vers l’un des murets de pierres et ordonna : « Tourne-toi ». Puis il prit une grosse pierre qu’il laissa retomber dans la hotte. « Tu croyais t’en sortir avec une pierre à la fois, gros malin ? »
Mikael vacilla.
Tous les paysans s’étaient arrêtés pour regarder.
Le soldat prit une autre pierre et la laissa tomber dans la hotte.
Mikael serrait ses mains sur les sangles.
Le soldat mit une troisième pierre, puis une quatrième et une cinquième.
Les jambes de Mikael tremblaient sous le poids.
« Allez, avance », dit le soldat en le poussant.
Mikael perdit l’équilibre, ses pieds s’emmêlèrent, ses genoux plièrent et il tomba, les bras en avant. Le choc avec le sol fut violent. Une des pierres, projetée hors de la hotte, heurta sa tête.
Les soldats ricanèrent. L’un d’eux, de mauvaise grâce, le souleva et remit la pierre dans la hotte. « Tâche de rester debout, si tu veux pas que je te fasse courir jusqu’au château à coups de pied dans le cul. »
Mikael fit quelques pas, jambes écartées.
« Il n’y arrivera jamais, dit le frère Timotej aux soldats.
— Alors tu l’enterreras dans ton cimetière. »
Eloisa cueillit une renoncule qui venait de fleurir, jaune comme un bouton d’or. Elle se dirigea vers Mikael et mit la fleur dans la hotte. « Vas-y, gros bêta, tu peux y arriver », lui dit-elle.
Trois paysans, qui venaient de charger des pierres sur une charrette traînée par deux bœufs, se moquèrent de lui : « T’es qu’une fille, t’iras même pas jusqu’aux bois. » Ils se tournèrent vers les soldats pour rire avec eux.
Agnete les foudroya du regard. « Comment vous pouvez faire ça ? leur cria-t-elle.
— Tais-toi », lança un des soldats.
Agnete continuait de fixer les paysans, qui commençaient à faire rouler la charrette sur le chemin, en riant encore. « Bâtards ! », leur cria-t-elle.
D’autres hommes ricanaient en voyant Mikael s’échiner. Leurs femmes les regardèrent avec mépris. Mais ils haussèrent les épaules et continuèrent de plaisanter.
« Au travail ! », ordonnèrent les soldats, avant de se diriger vers la baraque de la mère de Gregor.
Elle les attendait avec des chopes de bière forte. Ils s’assirent au soleil pour jouer aux dés.
Agnete s’approcha de la femme d’un des paysans qui venaient de partir avec la charrette. « Comment il peut faire ça ? dit-elle avec mépris. Il sait pas ce que c’est, la reconnaissance, ton homme. Je voudrais que Dieu lui prenne tout l’argent qu’il a sauvé grâce à mon garçon. Sauf que t’y perdrais toi aussi, et que c’est pas ta faute. »
La femme devint toute rouge. « Agnete, j’ai honte pour lui. »
Elles regardèrent Mikael, qui peinait sur le chemin.
« Il y arrivera, dit la femme.
— Et comment il pourrait y arriver ? lâcha Agnete, exaspérée. C’est un gamin, et il porte la charge d’un homme. »
Pendant quelques instants, elles restèrent à l’observer et le virent trébucher. Mais il ne tomba pas.
« Il y arrivera », répéta la femme.
Agnete ne répondit rien. Elle s’éloigna, le regard sombre. À sa fille qui la regardait passer, elle dit : « Travaille, imbécile. Il y arrivera, ce maudit gamin. »
Mikael avait toujours mal à la tête. Il sentait les veines battre à son cou, et les muscles de ses jambes le brûlaient. Chaque pas déséquilibrait le poids des pierres. Le bois était très loin, et semblait ne jamais se rapprocher. Les ruines du château là-haut, au sommet de la colline, étaient hors d’atteinte pour lui. Mais il serrait les dents. Ojsternig avait dit que s’il n’y arrivait pas, Agnete serait fouettée.
Au fur et à mesure, le sol devenait irrégulier et l’avancée encore plus difficile.