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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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— Agnete ! protesta frère Timotej.

— Pardonne-moi, curé, mais c’est la réalité. »

Le frère Timotej hocha la tête mais sourit intérieurement.

« Rappelez-vous, c’est impossible de rien perdre. Il faut juste qu’on perde moins que si Ojsternig avait débarqué ici demain matin par surprise.

— Ouais, dit une femme. Mais comment tu sais ça ? »

Agnete sourit, toute fière. « C’est mon garçon. Celui dont vous disiez tous qu’il survivrait pas ou qu’il avait des muscles d’écureuil et qu’il savait pas piocher. » Elle regarda les gens, comme si c’était une revanche personnelle. « Il est blessé, et il passera peut-être pas la nuit, exagéra-t-elle un peu. Mais il s’est traîné jusqu’ici pour nous avertir. »

Il y eut un murmure d’étonnement.

« Allons, faut pas perdre de temps », dit Agnete. Elle désigna Eberwolf. « Tu prends une pelle et tu viens creuser.

— Grouille-toi », ordonna le père d’Eberwolf à son fils.

Alors Astrid, la vieille femme qui avait douté la première de la capacité de Mikael à survivre, s’approcha d’Agnete et dit à voix haute, pour que tous entendent : « J’ai été bête, j’aurais pas dû juger sans savoir. Je reconnais maintenant que non seulement t’as fait une affaire en achetant ce garçon… mais tu nous as fait faire une affaire à tous. »

Nombre des villageois présents acquiescèrent. « C’est vrai, dirent-ils.

— Je prierai pour ton garçon, dit une femme à Agnete, avant de courir chez elle.

— Dieu le bénisse », dit un homme.

Tous manifestèrent leur admiration et leur gratitude pour Mikael.

Agnete sourit. Puis elle fit signe à Eberwolf de la suivre.

Elle l’emmena jusqu’à un endroit près du pont de bois puis lui fit signe.

« Creuse profond. Mais avant, tu mets les mottes d’herbe sur le côté. Après tu les remettras, pour qu’on voie pas que la terre a été remuée. »

Eberwolf commença à creuser.

Agnete s’approcha de lui. « Tu sais pourquoi c’est toi que j’ai choisi pour creuser le trou ?

— Non, répondit Eberwolf avec son air bête.

— Parce que je voulais te dire quelque chose sans que les autres entendent. Sans te faire honte devant tout le monde. »

Eberwolf cessa de creuser et la regarda.

« T’arrête pas », dit Agnete.

Il recommença à creuser.

« Je t’ai vu arriver un peu avant Mikael. Je parie que vous avez fait un bout de route ensemble.

— Et alors ? répondit Eberwolf avec son arrogance habituelle.

— Crottin Sec est en train de sauver ton cul, à toi et à ton père, dit-elle en lui tapant l’épaule du bout du doigt. Et tu l’as laissé tout seul, tu l’as abandonné. S’il n’avait pas réussi à revenir, on aurait tous été foutus. Penses-y demain, quand ta famille et toi, comme nous tous, vous aurez sauvé une bonne partie de vos biens… Elderstoff. »

Et sur ce, elle rentra chez elle.

En ouvrant la porte, elle vit Eloisa qui, à la lumière d’une chandelle, tenait un livre ouvert devant elle. Mikael la regardait et souriait.

« Ainsi le garçon qui se croyait stupide et méchant se comporta en héros. Et après avoir sauvé le rat Hubertus, il sauva le village tout entier…

— Te lave pas…, murmura Mikael. Je veux pas que tu meures…

— Non, je mourrai pas, lui répondit Eloisa. Mais toi, deviens pas idiot, s’il te plaît. C’est la quatrième fois que tu me le dis. »

33

Le lendemain matin, tout le village se réunit autour de Notre-Dame des Neiges. « Restez pas plantés là ! Comportez-vous comme tous les autres jours, dit Agnete. Ils doivent pas soupçonner qu’on est au courant. » De retour chez elle, elle marmonna : « Qu’ils sont bêtes ».

Mikael était couché sur la paillasse. « Lève-toi, gamin. »

Il la regarda d’un œil vague.

« Je t’ai dit de te lever ! ordonna-t-elle.

— Pourquoi ? s’interposa Eloisa.

— Je t’ai parlé, à toi ?

— Il va pas bien.

— Tu prends sa défense maintenant ?

— Mère…

— Lève-toi et fais pas ton malin, dit Agnete en secouant Mikael par le bras. Tu dois pas t’affaiblir. »

Mikael se leva. Ses jambes étaient encore molles et la tête lui tournait.

Eloisa fit un pas pour le soutenir.

« Toi, je vais te couper les mains », menaça Agnete.

Eloisa s’immobilisa. « Mais je pensais…

— Quand l’homme se met à penser, Dieu commence à rire. Et quand c’est une crétine comme toi, il s’en tape sur les cuisses. » Elle versa du bouillon dans une écuelle : « Mange et ça te passera, gamin ».

Eberwolf apparut à ce moment sur le seuil. « Vous m’avez demandé ?

— Oui, Elderstoff, répondit Agnete.

— Pourquoi vous m’appelez toujours Elderstoff ? demanda le grand gaillard. Je m’appelle Eberwolf.

— Ah oui ? fit Agnete.

— Oui.

— Attends-moi dehors », dit Agnete, qui sortit le rejoindre. Elle lui parla à voix basse. « Écoute-moi bien. Si j’apprends que tu as fait la moindre égratignure à mon Mikael, je te tranche la gorge. » Elle le regarda droit dans les yeux. « C’est clair ? »

Eberwolf acquiesça à peine, avec un frisson.

« C’est bien, Elderstoff.

— Je vous ai dit que je m’app…

— On s’en fout, le coupa Agnete. Mets-toi bien ça dans la tête : ce garçon est respecté de tous maintenant, dit-elle d’une voix pleine de force. Et si je racontais que tu l’as abandonné en chemin alors qu’il apportait une nouvelle vitale pour tout le village, t’as beau être grand et costaud, ils te prendraient tous à coups de pied dans le cul. Compris ? »

Eberwolf la regarda, écarlate.

« Maintenant, c’est moi qui tiens le manche. Débarrasse le plancher », conclut Agnete. Revenue à l’intérieur, elle cria : « Gamin, grouille ! Faut aller aux champs ».

Mikael avait fini de déjeuner et se leva, en trébuchant.

« Mère…, murmura Eloisa, angoissée.

— T’es la gamine la plus pénible et la plus insolente que je connaisse », siffla Agnete. Le cœur lourd, elle s’approcha de Mikael : “Dieu, se dit-elle, garde ta main sur la tête de ce gamin. Fais en sorte qu’il ne lui arrive rien.” Et pour un instant, elle se sentit faible, comme cela ne lui était pas arrivé depuis des années.

Moins d’une heure plus tard, les paysans aperçurent au loin une troupe d’hommes approcher au petit galop. Ils reconnurent Ojsternig et Agomar, flanqués de leurs sbires. Harro, le molosse de guerre, courait aux côtés de son maître.

Le comptable trottait derrière eux sur un cheval plus petit, suivi de deux serfs qui tiraient au pas de course deux mulets par la bride. L’un était chargé d’une écritoire de bois noir, l’autre d’un fauteuil en cuir rouge et d’une chaise à haut dossier. L’écritoire fut installée devant les marches de Notre-Dame des Neiges.

Le comptable s’assit sur la haute chaise et posa sur la table un grand registre, un encrier, une plume, un tampon, un cachet et un petit réchaud à cire.

Ojsternig prit place à côté, dans le fauteuil rouge, les jambes croisées. Harro se coucha près de lui, le regard vigilant et les babines écumantes d’avoir tant couru. Ojsternig jouait avec son petit fouet et regardait les paysans accourir des champs.

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