Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Ma femme se couche, balbutiait-il, la tete perdue. Il est inutile de la reveiller, n'est-ce pas?... Vraiment, vous m'apprenez des choses! Cette pauvre Berthe n'est pourtant pas mechante, je vous assure. Ayez de l'indulgence. Je lui parlerai.... Quant a nous, mon cher Auguste, nous n'avons rien fait, je crois, qui puisse vous mecontenter....
Et il le tatait du regard, rassure, voyant qu'il ne devait rien savoir encore, lorsque madame Josserand parut sur le seuil de la chambre a coucher. Elle etait en toilette de nuit, toute blanche, terrible. Auguste, tres excite pourtant, recula. Sans doute, elle avait ecoute a la porte, car elle debuta par un coup droit.
-Ce ne sont pas, je pense, vos dix mille francs que vous reclamez? Plus de deux mois encore nous separent de l'echeance.... Dans deux mois, nous vous les donnerons, monsieur. Nous ne mourons pas, nous autres, pour echapper a nos promesses.
Cet aplomb superbe acheva d'accabler M. Josserand. D'ailleurs, madame Josserand continuait, ahurissait son gendre par des declarations extraordinaires, sans lui laisser le temps de parler.
-Vous n'etes pas fort, monsieur. Lorsque vous aurez rendu Berthe malade, il faudra appeler le docteur, ca coutera de l'argent chez le pharmacien, et c'est encore vous qui serez le dindon.... Tout a l'heure, je me suis en allee, quand je vous ai vu decide a commettre une sottise. A votre aise! battez votre femme, mon coeur de mere est tranquille, car Dieu veille, et la punition ne se fait jamais attendre!
Enfin, Auguste put expliquer ses griefs. Il revint sur les sorties continuelles, les toilettes, s'enhardit meme jusqu'a condamner l'education donnee a Berthe. Madame Josserand l'ecoutait d'un air d'absolu mepris. Puis, quand il eut termine:
-Ca ne merite pas de reponse, tant c'est bete, mon cher. J'ai ma conscience pour moi, ca me suffit.... Un homme a qui j'ai confie un ange! Je ne me mele plus de rien, puisqu'on m'insulte. Arrangez-vous.
-Mais votre fille finira par me tromper, madame! s'ecria Auguste, repris de colere.
Madame Josserand qui partait, se retourna, le regarda en face.
-Monsieur, vous faites tout ce qu'il faut pour ca!
Et elle rentra dans sa chambre, avec une dignite de Ceres colossale, aux triples mamelles, et drapee de blanc.
Le pere garda Auguste quelques minutes encore. Il fut conciliant, laissa entendre qu'avec les femmes il valait mieux tout supporter, finit par le renvoyer calme, resolu au pardon. Mais, quand il se retrouva seul dans la salle a manger, devant sa petite lampe, le bonhomme se mit a pleurer. C'etait fini, il n'y avait plus de bonheur, jamais il ne trouverait le temps de faire assez de bandes, la nuit, pour aider sa fille en cachette. L'idee que cette enfant pouvait s'endetter, l'accablait comme d'une honte personnelle. Et il se sentait malade, il venait de recevoir un nouveau coup, la force lui manquerait un de ces soirs. Enfin, peniblement, renfoncant ses larmes, il travailla.
En bas, dans la boutique, Berthe etait demeuree un instant immobile, le visage entre les mains. Un garcon, apres avoir mis les volets, venait de redescendre dans le sous-sol. Alors, Octave crut devoir s'approcher de la jeune femme. Des le depart du mari, Saturnin lui avait fait de grands gestes, par-dessus la tete de sa soeur, comme pour l'inviter a la consoler. Maintenant, il rayonnait, il multipliait les clins d'yeux; et, craignant de ne pas etre compris, il accentuait ses conseils en envoyant des baisers dans le vide, avec une effusion debordante d'enfant.
-Comment! tu veux que je l'embrasse? demanda Octave par signes.
-Oui, oui, repondit le fou, d'un hochement de menton enthousiaste.
Et, lorsqu'il vit le jeune homme souriant devant sa soeur, qui ne s'etait apercu de rien, il s'assit par terre, derriere un comptoir, ne voulant pas les gener, se cachant. Les becs de gaz brulaient encore, la flamme haute, dans le grand silence du magasin ferme. C'etait une paix morte, un etouffement ou les pieces de soie mettaient l'odeur fade de leur appret.
-Madame, je vous en prie, ne vous faites pas tant de peine, dit Octave, de sa voix caressante.
Elle eut un tressaillement, en le trouvant si pres d'elle.
-Je vous demande pardon, monsieur Octave. Ce n'est pas ma faute, si vous avez assiste a cette explication penible. Et je vous prie d'excuser mon mari, car il devait etre malade, ce soir.... Vous savez, dans tous les menages, il y a de petites contrarietes....
Des sanglots l'etranglerent. La seule idee d'attenuer les torts de son mari pour le monde, avait determine une crise de larmes abondantes, qui la detendait. Saturnin montra sa tete inquiete au ras du comptoir; mais il replongea aussitot, quand il vit Octave se decider a prendre la main de sa soeur.
-Je vous en prie, madame, un peu de courage, disait ce dernier.
-Non, c'est plus fort que moi, balbutia-t-elle. Vous etiez la, vous avez entendu.... Pour quatre-vingt-quinze francs de cheveux! Comme si toutes les femmes n'en portaient pas, des cheveux, aujourd'hui!... Mais lui ne sait rien, ne comprend rien. Il ne connait pas plus les femmes que le grand Turc, il n'en a jamais eu, non jamais, monsieur Octave!... Ah! je suis bien malheureuse!
Elle disait tout, dans la fievre de sa rancune. Un homme qu'elle pretendait avoir epouse par amour, et qui bientot lui refuserait des chemises! Est-ce qu'elle ne remplissait pas ses devoirs? est-ce qu'il trouvait seulement une negligence a lui reprocher? Certes, s'il ne s'etait pas mis en colere, le jour ou elle lui avait demande des cheveux, elle n'aurait jamais ete reduite a en acheter sur sa bourse! Et, pour les plus petites betises, la meme histoire recommencait: elle ne pouvait temoigner une envie, souhaiter le moindre objet de toilette, sans se heurter contre des maussaderies feroces. Naturellement, elle avait sa fierte, elle ne demandait plus rien, aimait mieux manquer du necessaire que de s'humilier sans resultat. Ainsi, elle desirait follement, depuis quinze jours, une parure de fantaisie, vue avec sa mere a la vitrine d'un bijoutier du Palais-Royal.
-Vous savez, trois etoiles de strass pour etre piquees dans les cheveux.... Oh! une babiole, cent francs, je crois.... Eh bien! j'ai eu beau en parler du matin au soir, si vous croyez que mon mari a compris!
Octave n'aurait ose compter sur une pareille occasion. Il brusqua les choses.
-Oui, oui, je sais. Vous en avez parle plusieurs fois devant moi.... Et, mon Dieu! madame, vos parents m'ont si bien recu, vous m'avez accueilli vous-meme avec tant d'obligeance, que j'ai cru pouvoir me permettre....
En parlant, il sortait de sa poche une boite longue, ou les trois etoiles luisaient sur un morceau d'ouate. Berthe s'etait levee, tres emue.
-Mais c'est impossible! monsieur. Je ne veux pas.... Vous avez eu le plus grand tort.
Lui, se montrait naif, inventait des pretextes. Dans le Midi, ca se faisait parfaitement. Et puis, des bijoux sans aucune valeur. Elle, toute rose, ne pleurait plus, les yeux sur la boite, rallumes aux etincelles des pierres fausses.
-Je vous en prie, madame.... Un bon mouvement pour me prouver que vous etes contente de mon travail.
-Non, vraiment, monsieur Octave, n'insistez pas.... Vous me faites de la peine.
Saturnin avait reparu; et, en extase, comme devant un reliquaire, il regardait les bijoux. Mais sa fine oreille entendit les pas d'Auguste, qui revenait. Il avertit Berthe d'un leger claquement de langue. Alors, celle-ci se decida, juste au moment ou son mari entrait.
-Eh bien! ecoutez, murmura-t-elle rapidement en fourrant la boite dans sa poche, je dirai que c'est ma soeur Hortense qui m'en a fait cadeau.
Auguste donna l'ordre d'eteindre le gaz, puis il monta avec elle se coucher, sans ajouter un mot sur la querelle, heureux au fond de la trouver remise, tres gaie, comme s'il ne s'etait rien passe entre eux. Le magasin tombait a une nuit profonde; et, au moment ou Octave se retirait aussi, il sentit dans l'obscurite des mains brulantes serrer les siennes, a les briser. C'etait Saturnin, qui couchait au fond du sous-sol.