Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
Mais Lisa courut questionner Julie qui descendait donner un ordre a Hippolyte. Puis, apres quelques minutes de conversation, elle revint aupres de la bonne de Valerie.
-C'est un micmac ou personne ne comprend rien. Je crois que votre dame aurait pu ne pas se faire faire d'enfant et laisser tout de meme crever son mari, car ils en sont encore, parait-il, a chercher le magot du vieux.... La cuisiniere dit qu'ils ont des figures la-dedans, enfin des figures de gens qui se ficheront des claques avant ce soir.
Adele arrivait, avec quatre sous de beurre sous son tablier, madame Josserand lui ayant recommande de ne jamais montrer les provisions. Lisa voulut voir, puis la traita furieusement de dinde. Est-ce qu'on descendait pour quatre sous de beurre! Ah bien! c'est elle qui aurait force ces pingres a la mieux nourrir, ou elle se serait nourrie avant eux; oui, sur le beurre, sur le sucre, sur la viande, sur tout. Depuis quelque temps, les autres bonnes poussaient ainsi Adele a la revolte. Elle se pervertissait. Elle cassa un petit morceau de beurre et le mangea immediatement, sans pain, pour faire la brave devant les autres.
-Montons-nous? demanda-t-elle.
-Non, dit la veuve, je veux le voir descendre. J'ai garde pour ca une commission.
-Moi aussi, ajouta Lisa. On assure qu'il pese huit cents. S'ils le lachaient dans leur bel escalier, ca ferait un joli degat!
-Moi, je monte, j'aime mieux ne pas le voir, reprit Adele.... Merci! pour rever encore, comme la nuit derniere, qu'il vient me tirer les pieds en me fichant des sottises, a cause de mes ordures.
Elle s'en alla, poursuivie par les plaisanteries des deux autres. Toute la nuit, a l'etage des domestiques, on s'etait amuse des cauchemars d'Adele. D'ailleurs, les bonnes, pour ne pas etre seules, avaient laisse leurs portes ouvertes; et, un cocher farceur ayant joue au revenant, de petits cris, des rires etouffes s'etaient fait entendre jusqu'au jour, le long du couloir. Lisa, les levres pincees, disait qu'elle s'en souviendrait. Une fameuse rigolade, tout de meme!
Mais la voix furieuse d'Hippolyte ramena leur attention vers les tentures. Il criait, perdant sa dignite:
-Bougre d'ivrogne! vous le mettez la tete en bas!
C'etait vrai, l'ouvrier allait accrocher a l'envers l'ecusson portant le chiffre du defunt. Du reste, les draps noirs, bordes d'argent, etaient en place; il n'y avait plus qu'a poser les pateres, lorsqu'une voiture a bras, chargee d'un petit mobilier de pauvre, se presenta pour entrer. Un gamin poussait, une grande fille pale suivait, en donnant un coup de main. M. Gourd, qui causait avec son ami, le papetier d'en face, se precipita; et, malgre la solennite de son deuiclass="underline"
-Eh bien! eh bien! qu'est-ce qu'il lui prend?... Vous ne voyez donc pas, imbecile!
La grande fille intervint.
-Monsieur, je suis la nouvelle locataire, vous savez.... Ce sont mes meubles.
-Impossible! demain! cria le concierge furieux.
Elle le regarda, puis regarda les tentures, stupefiee. Evidemment, cette porte muree de noir la bouleversait. Mais elle se remit, elle expliqua qu'elle ne pouvait pas non plus laisser ses meubles sur le pave. Alors M. Gourd la rudoya.
-Vous etes la piqueuse de bottines, n'est-ce pas? celle qui a loue la-haut le cabinet.... Encore une obstination du proprietaire! Tout ca, pour toucher cent trente francs, et malgre les ennuis que nous avons eus avec le menuisier!... Il m'avait pourtant promis de ne plus louer a du monde qui travaille. Ah! ouiche, voila que ca recommence, et avec une femme!
Puis, il se souvint que M. Vabre etait mort.
-Oui, vous pouvez regarder, c'est le proprietaire qui est mort justement, et s'il etait parti huit jours plus tot, vous ne seriez pas ici, bien sur!... Allons, depechez-vous, avant qu'on le descende!
Et, dans son exasperation, il poussa lui-meme la voiture, il l'engouffra sous les tentures qui s'ecarterent, puis qui se rejoignirent lentement. La grande fille pale disparut dans tout ce noir.
-En voila une qui tombe bien! fit remarquer Lisa. Comme c'est gai, d'emmenager dans un enterrement!... Moi, a sa place, je vous aurais ramasse le pipelet!
Mais elle se tut, lorsqu'elle vit reparaitre M. Gourd, qui etait la terreur des bonnes. La mauvaise humeur de celui-ci venait de ce que la maison allait, disaient des personnes, echoir en partage a monsieur Theophile et a sa dame. Lui, aurait donne cent francs de sa poche, pour avoir comme proprietaire M. Duveyrier, un magistrat au moins. C'etait ce qu'il expliquait au papetier. Cependant, du monde sortait. Madame Juzeur passa, en adressant un sourire a Octave, qui avait trouve Trublot sur le trottoir. Puis, Marie parut; et elle, tres interessee, resta a regarder mettre les treteaux, sur lesquels on devait poser la biere.
-Ces gens du second sont etonnants, disait M. Gourd, les yeux leves sur les persiennes fermees du deuxieme etage. On croirait qu'ils s'arrangent pour eviter de faire comme nous autres.... Oui, ils sont partis en voyage, il y a trois jours.
A ce moment, Lisa se cacha derriere la veuve, en apercevant la cousine Gasparine, qui apportait une couronne de violettes, une attention de l'architecte, desireux de conserver ses bons rapports avec les Duveyrier.
-Fichtre! declara le papetier, elle se met bien, l'autre madame Campardon!
Il l'appelait ainsi, innocemment, du nom que tous les fournisseurs du quartier lui donnaient. Lisa etouffa un rire. Mais il y eut une grosse deception. Brusquement, les bonnes surent qu'on avait descendu le corps. Aussi, c'etait bete, d'etre reste dans cette rue, a contempler le drap! Elles rentrerent vite; et le corps, en effet, sortait du vestibule, porte par quatre hommes. Les tentures assombrissaient le porche, on voyait au fond le jour blanc de la cour, lavee le matin a grande eau. Seule, la petite Louise, qui avait file derriere madame Juzeur, se haussait sur les pieds, les yeux ronds, dans une curiosite bleme. Les porteurs soufflaient au bas de l'escalier, dont les dorures et les faux-marbres prenaient une dignite froide sous la lumiere morte des vitres depolies.
-Le v'la parti sans toucher ses quittances! murmura Lisa, avec la blague haineuse d'une fille de Paris contre les proprietaires.
Alors, madame Gourd, qui etait restee dans son fauteuil, clouee la par ses mauvaises jambes, se leva peniblement. Puisqu'elle ne pouvait meme aller a l'eglise, M. Gourd lui avait bien recommande de ne pas laisser passer le proprietaire devant la loge, sans le saluer. Cela se devait. Elle vint jusqu'a la porte, en bonnet de deuil, et lorsque le proprietaire passa, elle le salua.
A Saint-Roch, pendant la ceremonie, le docteur Juillerat affecta de ne pas entrer dans l'eglise. D'ailleurs il y avait foule, tout un groupe d'hommes prefera rester sur les marches. Il faisait tres doux, une journee superbe de juin. Et, comme ils ne pouvaient fumer, leur conversation tomba sur la politique. La grand'porte demeurait ouverte, par moments de grands souffles d'orgues sortaient de l'eglise, tendue de noir, etoilee de cierges.
-Vous savez que monsieur Thiers se portera l'an prochain dans notre circonscription, annonca Leon Josserand de son air grave.
-Ah! dit le docteur. Vous ne voterez sans doute pas pour lui, vous, un republicain?
Le jeune homme dont les opinions se refroidissaient, a mesure que madame Dambreville le repandait davantage, repondit sechement:
-Pourquoi pas?... Il est l'adversaire declare de l'empire.
Alors, une grosse discussion s'engagea. Leon parlait de tactique, le docteur Juillerat s'entetait dans les principes. Selon ce dernier, la bourgeoisie avait fait son temps; elle etait un obstacle sur le chemin de la revolution; depuis qu'elle possedait, elle barrait l'avenir, avec plus d'obstination et d'aveuglement que l'ancienne noblesse.
-Vous avez peur de tout, vous vous jetez a la pire reaction, des que vous vous croyez menaces!
Du coup, Campardon se facha.
-Moi, monsieur, j'ai ete jacobin et athee comme vous. Mais, Dieu merci! la raison m'est venue.... Non, je n'irai meme pas jusqu'a votre monsieur Thiers. Un brouillon, un homme qui s'amuse a des idees!
Cependant, tous les liberaux presents, M. Josserand, Octave, Trublot meme qui s'en fichait, declarerent qu'ils voteraient pour M. Thiers. Le candidat officiel etait un grand chocolatier de la rue Saint-Honore, M. Dewinck, qu'ils plaisanterent beaucoup. Ce M. Dewinck n'avait pas meme l'appui du clerge, que ses attaches avec les Tuileries inquietaient. Campardon, decidement passe aux pretres, accueillait son nom avec reserve. Puis, sans transition, il s'ecria: