Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Je sais que pour un entendement commun, ce phénomène de blancheur ne passe pas pour être le facteur principal qui amplifie l’épouvante d’un objet en soi terrifiant, et que dans un esprit peu sensible les apparences ne sèment pas la crainte qui, dans un autre, deviennent redoutables à cause de ce même phénomène de blancheur, surtout lorsqu’il apparaît sous une forme silencieuse et absolue. Les exemples suivants éclaireront ma pensée.
D’abord: lorsqu’un marin approche dans la nuit de rivages inconnus et qu’il entend rugir les brisants, il se trouvera en éveil et ressentira juste ce qu’il faut d’émotion pour aiguiser ses facultés mais tirez-le de son hamac dans des circonstances identiques pour lui montrer le navire glissant à la minuit sur une mer d’une blancheur de lait, comme si, des promontoires qui l’encerclent, des ours blancs avaient déferlé pour nager autour de lui, alors il sera pétrifié par une terreur superstitieuse, le suaire des eaux blanches lui inspirera la même horreur que s’il enveloppait un revenant; en vain la sonde lui assurera-t-elle qu’il est sur des fonds suffisants, en même temps que la barre, le cœur est mis dessous, et le marin n’a de répit que lorsque, sous lui, l’Océan est bleu à nouveau. Et pourtant quel est le marin qui te dira: «Sir, ce n’était point tant la peur de toucher des rochers invisibles, mais celle de cette hideuse blancheur qui m’a si fort bouleversé.»?
Ensuite: Pour l’Indien né au Pérou, la vue continuelle des howdahs neigeuses des Andes n’engendre point de crainte sauf, peut-être, s’il rêve de la désolation des glaces éternelles qui emprisonnent ces altitudes et que lui vienne cette idée toute naturelle de l’horreur qu’il y aurait à se trouver perdu dans de si inhumaines solitudes. Il en va ainsi du coureur des bois de l’Ouest qui peut contempler, avec une relative indifférence, la prairie couverte de neige jusqu’à l’infini sans que l’ombre d’un arbre, fût-ce d’un rameau, vienne briser l’extase figée de sa blancheur. Il n’en va pas du tout de même du marin qui, dans les mers antarctiques, contemple parfois les puissances du gel et de l’air accomplissant d’une manière infernale quelque tour de magie blanche tandis que, grelottant et à demi naufragé, au lieu de l’arc-en-ciel de l’espérance et de la consolation, il ne voit que le mirage d’un cimetière sans limites dont les monuments de glace efflanqués et les croix brisées se rient de sa misère.
Mais, vas-tu penser, ce chapitre de céruse sur la blancheur n’est que le pavillon blanc hissé par une âme poltronne, tu rends les armes à l’hypocondrie, Ismaël.
Dites-moi pourquoi ce jeune et vigoureux poulain qui a vu le jour dans une vallée paisible du Vermont, loin de toutes bêtes de proie, si, au jour le plus radieux, vous agitez seulement derrière lui la peau d’un bison fraîchement tué, de façon à ce qu’il ne puisse la voir mais que seule lui parvienne sa sauvage odeur de musc, pourquoi tressaillira-t-il, renâclera-t-il, et, les yeux exorbités, grattera-t-il le sol dans les transes de la terreur? Sa verte terre natale du nord ne lui accorde aucun souvenir de cornes meurtrières, et l’étrange parfum musqué ne peut lui rappeler aucun danger connu, que sait-il, en effet, ce poulain de Nouvelle-Angleterre, des bisons noirs du lointain Orégon?
Il n’en sait rien, mais c’est là que vous découvrez dans l’ignorant animal l’instinctive connaissance de la démonologie. Bien qu’à des milliers de milles de l’Orégon, lorsqu’il respire cette sauvage odeur, les troupeaux de ces bisons éventreurs sont aussi présents dans sa prairie déserte et solitaire que dans celle où, au même instant, leurs sabots soulèvent la poussière.
Ainsi la houle étouffée d’une mer laiteuse, le bruissement dans le vent des festons de glace aux crêtes des montagnes, la neige emportée par la bourrasque dans la prairie désolée, tout cela est pour Ismaël cette peau d’un bison qui s’agite pour le poulain effrayé!
Pourtant ni l’un ni l’autre ne savent à quel être sans nom se réfère ce signe mystique; pourtant, pour moi comme pour ce poulain, cet inconnu existe quelque part. Bien que ce monde visible semble, à bien des égards, inspiré par l’amour, les mondes invisibles furent créés dans l’épouvante.
Mais nous n’avons pas encore découvert le mystère incantatoire de la blancheur, ni pourquoi son appel a sur l’âme une telle puissance, ni, ce qui est plus étrange et d’une portée plus vaste, pourquoi, alors qu’elle est le symbole le plus vivant de la spiritualité, le voile même du Dieu des chrétiens, elle accroît le caractère repoussant de ce qui est objet de terreur pour l’homme.
Est-ce parce que sa nature indéfinissable projette les espaces cruels de l’infini et nous poignarde dans le dos avec le néant lorsque nous contemplons les blancs abîmes de la voie lactée? Ou bien est-ce parce que le blanc n’est point tellement une couleur qu’une absence visible de couleur comme, en même temps, la fusion de toutes couleurs? est-ce pour ces raisons que le silence vide, peuplé de sens, d’une vaste étendue de neige, nous fait reculer devant l’absence de Dieu faite de l’absence de toute couleur ou faite de toutes les couleurs fondues ensemble?
Et si nous considérons la théorie des physiciens, voulant que toutes les autres couleurs de la terre – ces ornements d’apparat et de beauté – les nuances exquises des bois et des cieux du couchant, oui et les velours dorés des papillons et les joues de papillons des filles jeunes, ne soient qu’un raffinement de supercherie, nous voyons que les couleurs ne sont pas réellement inhérentes aux choses, mais seulement posées à leur surface. Et toute cette Nature que nous avons divinisée est maquillée comme la prostituée dont les séductions masquent le charnier intérieur.
Si nous allons plus loin, nous comprenons que le fard mystique dont la nature tire toutes ses nuances est le grand principe de la lumière qui est à jamais blanche ou incolore par elle-même et qui, si elle se posait sans intermédiaire sur les choses, neutraliserait aussi bien la teinte des tulipes que celles de nos pourpoints. Si nous méditons, l’univers se déploie alors à nos yeux comme une lèpre, et comme le voyageur entêté qui refuse, en Laponie, de mettre des lunettes noires ou de couleur, le malheureux mécréant s’aveugle à contempler l’immensité drapée dans un suaire blanc. La Baleine albinos est le symbole de toutes choses. Vous étonnerez-vous dès lors que lui soit livrée une chasse féroce?
CHAPITRE XLIII Écoutez!
– Chut! Avez-vous entendu ce bruit, Cabaco?
C’était pendant le quart de minuit, par un beau clair de lune. Les matelots faisaient la chaîne, se passant les barriques d’eau douce du passavant pour emplir le charnier situé près du couronnement de poupe. La plupart de ceux qui se trouvaient sur le territoire sacré du gaillard d’arrière prenaient garde de ne pas parler et de ne pas remuer les pieds. Les baquets passaient de mains en mains dans le silence le plus profond, rompu seulement parfois par le claquement d’une voile et l’incessant bruissement de la quille poursuivant sa route.