Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Je vais maintenant me référer aux Voyages de Langsdorff à propos d’un fait particulièrement digne d’intérêt pour l’auteur de ce livre. Langsdorff, je vous le signale en passant, faisait partie de la célèbre expédition d’exploration de l’amiral russe Krusenstern au début de ce siècle. Le capitaine Langsdorff commence ainsi son dix-septième chapitre:
«Le 13 mai, notre navire fut prêt à partir et le jour suivant nous étions au large, faisant route vers Okhotsk. Le temps était clair et beau mais le froid était si intolérable que nous dûmes garder nos vêtements de fourrure. Pendant quelques jours, nous n’eûmes que peu d’air et ce ne fut que le dix-neuvième jour que se leva une forte brise soufflant du nord-ouest. Une baleine d’une taille inusitée, dont la largeur dépassait celle du navire, flottait presque en surface. Personne à bord ne la vit jusqu’au moment où, portant toutes les voiles, nous fûmes presque sur elle, de sorte qu’il était impossible de ne pas l’aborder. Nous courûmes ainsi un danger imminent pendant que cette créature gigantesque, en arrondissant le dos, souleva le navire de trois pieds au moins au-dessus de l’eau. Les mâts furent ébranlés, les voiles s’affaissèrent complètement tandis que tous ceux d’entre nous qui étaient en bas bondirent sur le pont croyant que nous avions touché un écueil, au lieu de cela nous vîmes le monstre s’éloigner avec une suprême solennité. Le capitaine D’Wolf eut aussitôt recours aux pompes pour se rendre compte si le choc avait causé quelque avarie au navire, mais nous nous rendîmes compte avec soulagement qu’il s’en était sorti sans dommage aucun.»
Or, le capitaine D’Wolf, officier sur le navire en question, est un homme de la Nouvelle-Angleterre, qui, après une longue carrière fort aventureuse en tant que capitaine de vaisseau, réside aujourd’hui à Dorchester, près de Boston. J’ai l’honneur d’être un sien neveu et je l’ai beaucoup questionné sur ce passage de Langsdorff, il m’en a confirmé chaque mot. Le bâtiment, toutefois, n’était pas grand, il avait été construit sur la côte de Sibérie et acquis par mon oncle après qu’il eut vendu celui à bord duquel il avait quitté son pays.
Dans ce livre démodé de mâles aventures et si plein de vraies merveilles – le voyage de Lionel Wafer, un vieux compagnon de Dampier – j’ai trouvé une petite histoire si semblable à celle que je viens de citer, que je ne puis résister au désir d’en faire état afin de corroborer la précédente, si tant est qu’il en soit besoin.
Lionel, semble-t-il, faisait route vers Juan Ferdinandino, comme il appelle l’actuelle Juan Fernandez: «En route, dit-il, vers quatre heures du matin, nous trouvant à cent cinquante milles du continent américain, notre navire accusa un choc terrible qui atterra nos hommes à tel point qu’ils ne savaient plus où ils étaient ni que penser et chacun se préparait à la mort. En vérité, il avait été si brusque et si violent que nous fûmes persuadés d’avoir heurté un écueil; lorsque nous fûmes quelque peu revenus de notre stupeur, nous jetâmes la sonde qui ne rencontra pas de fond… La soudaineté du coup fit glisser les canons sur leurs affûts et jeta plusieurs hommes hors de leurs hamacs. Le capitaine Davis qui dormait la tête sur un sabord fut projeté hors de sa cabine!» Lionel attribue ensuite cette secousse à un séisme et semble vouloir confirmer ses dires en déclarant qu’à peu près dans le même temps un grand tremblement de terre avait fait des ravages sur la côte d’Espagne. Mais je ne serais guère étonné si l’on me prouvait que le choc avait été provoqué par une baleine non repérée dans les ténèbres de cette heure matinale et qui aurait frappé la quille par-dessous.
Je pourrais donner d’autres exemples encore, recueillis ici ou là, de la puissance et de la malice que manifeste parfois le cachalot. Dans plus d’un cas non seulement il a pourchassé les pirogues de ses assaillants et les a renvoyées à leur navire mais encore il s’en est pris au navire même, résistant longuement aux lances dont on le harcelait du pont; le navire anglais Pussie Hall pourrait raconter une histoire de ce genre. Quant à la force du cachalot, permettez-moi de vous dire que par temps calme, les lignes des baleinières ayant été transférées sur le navire et amarrées à celui-ci alors que la bête harponnée s’enfuyait, le cétacé entraîna la lourde quille à sa suite comme un cheval une carriole. On a également observé souvent que si on laisse à un cachalot frappé le temps de se ressaisir, il agit alors moins sous l’empire d’une rage aveugle qu’avec une volonté délibérée de détruire ses poursuivants. Ceci encore révèle éloquemment son caractère: lorsqu’il est attaqué il ouvre fréquemment la gueule et garde ses redoutables mâchoires écartées pendant plusieurs minutes de suite. Mais qu’il me suffise d’une seule et dernière illustration, aussi remarquable que lourde de sens, qui ne manquera pas de vous prouver que non seulement les événements les plus merveilleux de ce récit sont confirmés par des faits actuels et évidents, mais que ces merveilles (comme toutes merveilles) se répètent régulièrement au cours des âges, de sorte que pour la millionième fois nous disons amen avec Salomon: en vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
Au VIe siècle de notre ère, sous le règne de Justinien, alors que Bélisaire était général, Procope fut le sénateur chrétien de Constantinople. Comme chacun le sait, il écrivit l’Histoire de son temps, ouvrage à tous égards précieux. Toutes les autorités le considèrent comme un historien digne de foi et modéré, à une ou deux exceptions près, qui n’ont rien à voir avec le sujet que nous allons aborder.
Dans son Histoire, Procope raconte que du temps où il était préfet de Constantinople, un monstre marin géant fut pris dans la proche Propontide ou mer de Marmara, après avoir détruit à intervalles réguliers des navires dans ces eaux pendant une période de plus de cinquante ans. Un fait relaté dans une Histoire aussi sérieuse ne peut guère être démenti et il n’y a pas de raison qu’il le soit. Il n’est pas dit à quelle famille appartenait ce monstre marin mais, étant donné qu’il détruisait des navires et pour d’autres motifs encore, ce dut être un cétacé et tout m’incite à croire que c’était un cachalot. Je vais vous dire pourquoi. Pendant longtemps je m’imaginais que le cachalot avait toujours été inconnu en Méditerranée et dans les eaux avoisinantes. Or, j’apprends de source sûre que, sur les côtes de Barbarie, le capitaine Davis, de la marine anglaise, trouva le squelette d’un cachalot. Si un bateau de guerre peut franchir les Dardanelles, à plus forte raison un cachalot peut-il, par la même route, passer de la Méditerranée dans la Propontide.
Pour autant que je sache, il n’y a pas, dans la Propontide, de krill, nourriture de la baleine franche. Et j’ai tout lieu de croire que la nourriture du cachalot, les calmars ou les seiches, l’attend au fond de ces mers, puisqu’on a trouvé en surface des échantillons de grande taille, encore que ce ne soient pas les plus grands. Si donc vous réunissez ces faits et les méditez, vous verrez que tout raisonnement conduit à conclure que le monstre marin de Procope, qui, pendant un demi-siècle, défonça les navires d’un empereur romain, devait, selon toute probabilité, être un cachalot.
CHAPITRE XLVI Conjectures
Bien que le brasier de son dessein le consumât, que toutes ses pensées et tous ses actes fussent centrés sur la prise finale de Moby Dick, bien qu’il parût prêt à sacrifier tous intérêts humains à sa passion unique, il se peut qu’Achab néanmoins, de par sa nature et de par une longue habitude passionnée de la chasse à la baleine, n’ait pas entièrement abandonné le but parallèle du voyage. Ou du moins, s’il n’en était pas ainsi, d’autres motifs nombreux ne manquaient pas qui l’influençaient. Peut-être, même en tenant compte de sa monomanie, serait-ce aller trop loin que de suggérer que sa haine de la Baleine blanche ait pu s’étendre à un degré moindre à tous les cachalots et que plus il tuait de ces monstres plus il croirait multiplier les chances d’un prochain engagement avec celui qu’il poursuivait de sa vengeance. Si une telle hypothèse est discutable, d’autres considérations, sans être directement conjointes à la fureur de sa passion maîtresse, étaient susceptibles de l’influencer.