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Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:

Ismaël, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, baleinier d'un capitaine nommé Achab, amputé d'une jambe, qui emmènera Ismaël autour du monde à la poursuite du cachalot blanc…
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
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Mais, dépouillé de tout surnaturel, le caractère insolite du seul aspect physique et irrécusable du monstre suffit à frapper l’imagination. En effet, ce n’est pas tellement sa masse inusitée qui le distingue des autres cachalots mais, comme nous l’avons déjà laissé entendre, un front étrange, ridé, d’une blancheur de neige, et une haute bosse pyramidale, blanche elle aussi. Ces particularités essentielles révèlent à ceux qui le connaissaient, son identité jusque dans les mers infinies ne figurant sur aucune carte.

Son corps était également si rayé, tacheté, marbré de cette même blancheur spectrale qu’il méritait bien son nom de Baleine blanche, justifié par l’éclat de son apparition, lorsque à l’heure de midi, glissant sur le bleu sombre de l’océan, il y ouvrait le sillage d’une voie lactée, écume blanche constellée de paillettes d’or.

Et ce n’était pas tant sa taille exceptionnelle, ni sa robe insigne, ni même sa mâchoire inférieure difforme qui rendaient la Baleine blanche naturellement terrifiante, que la méchanceté concertée et sans exemple dont elle avait fait preuve à d’innombrables reprises dans ses attaques. Plus que tout, peut-être, ses fuites traîtresses inspiraient l’épouvante, car lorsqu’elle s’éloignait de ses poursuivants triomphants, manifestant tous les signes de la peur, elle avait, plus d’une fois, fait brutalement volte-face et, fonçant sur eux, fait voler en éclats leurs pirogues, ou les avait contraints de regagner, en désarroi, leur navire.

Déjà plusieurs catastrophes marquaient l’histoire de sa chasse. De semblables désastres, dont il est peu fait état à terre, ne sont nullement rares dans les annales de la pêcherie mais, dans la plupart de ces cas, la préméditation criminelle et la férocité satanique de la Baleine blanche semblent telles que chaque démembrement ou chaque mort ne sauraient être imputées à une brute dépourvue de toute intelligence.

Imaginez dès lors dans quels brasiers de fureur démente étaient jetés ses chasseurs désespérés lorsque, parmi les éclats de leurs embarcations broyées, parmi les membres de leurs camarades déchiquetés, ils nageaient pour se dégager du lait caillé de la funeste colère de la baleine, et se retrouvaient devant le sourire serein et exaspérant du soleil, aussi immuable que s’il se fût agi d’une naissance ou d’une noce.

Ses trois pirogues défoncées autour de lui, les avirons et les hommes pris dans les remous, un capitaine, arrachant à sa proue brisée le couteau à trancher la ligne, avait bondi vers la baleine, et dans un corps à corps digne de l’Arkansas sur son adversaire, cherchait aveuglément à atteindre, avec une lame de six pouces, sa vie enfouie à une toise de profondeur. Achab fut ce capitaine. Et c’est alors que, glissant soudain sous lui la faucille de sa mâchoire, Moby Dick avait moissonné la jambe d’Achab, comme le faucheur une feuille d’herbe dans les champs. Aucun Turc enturbanné, aucun mercenaire vénitien ou malais, n’aurait pu le frapper avec une plus apparente malice. On ne peut guère douter que ce fut à partir de cette rencontre, presque fatale, qu’Achab ait nourri envers la baleine une fureur vengeresse. Sa frénésie maladive s’accrût encore du fait qu’il l’identifiait non seulement à toutes ses douleurs physiques mais encore à toutes ses révoltes de l’esprit. La Baleine blanche nageait devant lui, obsédante incarnation de ces puissances néfastes dont certaines natures profondes se sentent dévorées jusqu’à ce qu’elles ne leur laissent pour vivre qu’un demi-cœur et un demi-poumon. Devant ce mal spirituel originel auquel les chrétiens modernes reconnaissent la possession de la moitié des mondes et dont les anciens ophites avaient fait une idole à laquelle ils rendaient un culte… Achab ne s’inclinait pas comme eux pour l’adorer mais, dans son délire, l’esprit du mal prenait corps dans la Baleine blanche tant haïe et, infirme, il se mesurait à elle. Tout ce qui incline à la folie, tout ce qui torture, tout ce qui remue la vase, toute vérité entachée de venin, tout ce qui fissure les nerfs et encroûte le cerveau, toute intervention démoniaque subtile dans la vie et dans la pensée, tout le mal, pour le dément Achab, c’était l’être visible de Moby Dick à qui l’on pouvait livrer un tangible combat. Sur la bosse blanche de la baleine, il accumulait la révolte et la haine universelles éprouvées par l’humanité depuis Adam et il chargeait le mortier de sa poitrine du brûlant explosif de son cœur.

Il est peu probable que cette obsession ait brusquement germé en lui lors de son amputation; à ce moment-là, se jetant sur le monstre, le couteau à la main, il avait seulement donné libre cours à une impulsion passionnée de haine charnelle et, lorsqu’il fut déchiré, il ne ressentit vraisemblablement que l’agonie de cette lacération, mais rien de plus. Mais, lorsqu’il fallut, à cause de cela, prendre la route du retour et que, pendant de longs mois faits de longues semaines et de longs jours, Achab se trouva étendu, côte à côte, avec son angoisse dans un même hamac, lorsqu’il fallut doubler en plein hiver le cap hurlant et lugubre de Patagonie, ce fut alors que son corps en lambeaux et son âme poignardée se mirent à saigner l’un dans l’autre et cette osmose le rendit fou. Ce fut alors seulement, lors de ce voyage de retour, après ce combat, qu’il devint la proie de sa monomanie, et par moments sa folie devenait furieuse. Bien que mutilé, une telle force vitale couvait dans sa poitrine égyptienne qu’elle s’amplifiait de son délire et ses seconds durent le ligoter dans son hamac. La berceuse démente des tempêtes le balançait dans sa camisole de force.

Lorsque le navire atteignit des latitudes plus clémentes et que ses bonnettes doucement gonflées le portèrent à travers les tranquilles tropiques, le vieil homme, selon toute apparence, avait abandonné sa folie avec les houles du cap Horn et de son antre obscur dans la lumière bénie.

Pourtant, alors même qu’il montrait un front résolu, rasséréné, pâle encore, donnait ses ordres à nouveau calmement et que ses seconds remerciaient Dieu d’avoir éloigné de lui cette fureur démente, alors même, dans le sanctuaire de son âme, Achab délirait. Souvent la folie des hommes est un félin rusé, lorsqu’on croit en avoir fini avec elle, elle est subtilement transfigurée; celle d’Achab ne s’était pas apaisée, elle s’était resserrée en profondeur, pareille à l’Hudson, ce noble Nordique, dont les flots n’ont pas perdu leur violence lorsqu’ils courent insondables dans les étroites gorges des montagnes. Ainsi étranglée dans un défilé, la monomanie d’Achab n’avait rien perdu de sa démesure et rien n’avait sombré de sa grande intelligence naturelle. Son libre arbitre s’était fait instrument. Si l’on ose donner aussi audacieusement à la pensée le caractère qui lui est propre: la folie particulière d’Achab avait pris d’assaut tout son jugement et concentrait toutes les batteries de son bon sens en les contraignant à servir son obsession, de sorte que, loin d’avoir décru, sa puissance s’était mille fois multipliée face à ce but et il y apportait une énergie dont il n’avait jamais fait usage en poursuivant un objectif raisonnable.

Tout cela est beaucoup… pourtant, les abîmes vastes et ténébreux d’Achab demeurent inviolés. Il est vain de divulguer les profondeurs car profonde est toute vérité. Si grandiose, si merveilleux que soit l’hôtel de Cluny à tourelles où vous vous trouvez, quittez-le, éloignez-vous de son intimité, âmes nobles et tristes, et descendez vers les grands thermes romains où, enfouie au-dessous des tours fantastiques que l’homme a érigées sur l’écorce de la terre, la racine de sa grandeur, toute son atroce essence demeure tel un patriarche, c’est l’ancien enseveli sous les antiquités et trônant sur des statues brisées! Et les grands dieux se rient du roi captif et de son trône en ruine mais lui, patient, accroupi comme une cariatide, soutient de son front glacé les couches superposées des âges. Vous, les âmes les plus fières, les plus tristes, descendez jusqu’à lui et questionnez ce fier, ce triste souverain. Il vous ressemble comme un frère! Oui, il vous a engendrées, jeunes royautés en exil, et seul ce sévère seigneur pourra vous révéler le secret de la création.

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