Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Cette insaisissable nature, lorsqu’elle est dénuée de tout rapprochement bienveillant, et se trouve liée à un objet terrible en soi, porte la terreur à son comble. Voyez l’ours blanc des pôles, le requin blanc des tropiques, leur horreur transcendante ne vient-elle pas de leur douce blancheur neigeuse? C’est leur effroyable blancheur qui investit leur muette avidité d’une si abominable suavité, plus repoussante que terrifiante. Et le tigre aux crocs cruels en sa robe héraldique n’ébranle pas autant le courage que l’ours ou le requin dans leurs blancs suaires [5].
Pensez à l’albatros! D’où vient qu’à travers les nuées de l’émerveillement spirituel et de la blafarde crainte, ce fantôme blanc vole dans toutes les imaginations? Coleridge n’est pas le premier responsable de pareil envoûtement, mais la grande lauréate peu flatteuse pour Dieu: la Nature [6].
Le Cheval blanc de la Prairie est célèbre dans nos annales de l’Ouest et dans les traditions indiennes: un magnifique étalon blanc, les yeux larges, la tête petite, le poitrail bombé, dont le port altier et méprisant a la dignité de mille monarques. Il était le Xerxès élu d’immenses troupeaux de chevaux sauvages dont les pâturages n’avaient alors d’autres limites que les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanies. Flamboyant à leur tête, il les conduisait vers l’ouest, comme l’étoile choisie, chaque soir, dirige les phalanges de lumière. La cascade éclatante de sa crinière, la chevelure de comète de sa queue, lui faisaient un caparaçon tel que nul orfèvre ne l’eût pu façonner. Dans ce monde, non encore déchu, de l’Ouest, son apparition impériale, archangélique, recréait, aux yeux des vieux trappeurs et des chasseurs, la gloire des premiers âges lorsque Adam s’avançait dans sa divine majesté, le front haut, sans peur, semblable au puissant coursier. Qu’il marchât aux côtés de ses officiers et de ses maréchaux à la tête de ses cohortes innombrables qui déferlaient à travers les plaines pareilles aux flots d’un Ohio, ou qu’il se tînt au milieu de ses sujets broutant jusqu’aux confins de l’horizon, qu’il les passât en revue au galop, ses narines chaudes ouvrant des pétales roses dans sa fraîcheur de lait, de quelque manière qu’il se montrât, le Cheval blanc était toujours pour les plus intrépides des Indiens un objet de vénération et de terreur. D’après tout ce que raconte la légende sur ce noble coursier, on ne peut mettre en doute que ce fut sa blancheur spirituelle qui le revêtit d’un caractère divin, et ce même caractère, tout en forçant la dévotion, inspirait une indicible terreur.
Mais il est d’autres cas où cette blancheur perd l’étrange gloire qui auréole le cheval blanc et l’albatros.
Qu’est-ce qui inspire une répugnance si particulière et choque la vue chez un albinos au point que parfois cet homme en vient à être exécré de sa propre famille! C’est de cette blancheur qu’il tire son nom. Un albinos est un homme aussi bien conformé que les autres, il n’est atteint d’aucune difformité véritable et pourtant cette blancheur diffuse qui est la sienne le rend plus singulièrement hideux que le plus laid des avortons. Pourquoi en est-il ainsi?
Et la nature ne s’est pas fait faute d’introduire, de manière imperceptible et perverse, ce paroxysme de la terreur au sein des éléments. C’est à cause de sa neigeuse blancheur que le fantôme agressif des mers du Sud se nomme grain blanc. Et l’histoire fournit bien des exemples où l’art de la méchanceté humaine a veillé à s’assurer un aussi puissant allié. Quelle grandeur sauvage cela ne donne-t-il pas au passage de Froissart, le fait que les forcenés Blancs Chaperons n’ayant plus rien à perdre fussent masqués par leurs symboliques capuchons de neige lorsqu’ils assassinèrent leur bailli sur la place du Marché!
L’expérience commune et ancestrale du genre humain porte aussi témoignage du caractère surnaturel de la blancheur. La chose est certaine, ce qui épouvante le plus à la vue d’un mort, c’est sa marmoréenne blancheur, elle semble trahir l’effroi de se trouver dans l’autre monde comme elle trahit une mortelle émotion en celui-ci. À cette pâleur même des morts, nous empruntons la blancheur du suaire dont nous les enveloppons. Et dans nos superstitions, nous ne manquons pas de jeter un manteau de neige sur les épaules de nos fantômes, tous les esprits se lèvent à travers un blême brouillard… oui et tandis que les épouvantes nous empoignent, ajoutons que le prince de la terreur, dans le récit de l’évangéliste, monte un cheval blanc. Même si l’homme, dans un autre état d’âme, fait de la blancheur le symbole de la grandeur et de la grâce, il ne pourra cependant nier que, dans son sens le plus profond et dans l’idée qu’elle exprime, elle évoque pour l’âme une singulière apparition.
Comment rendre compte de ces constatations indéniables? Il semble impossible de les analyser. Nous pourrions citer des cas où la blancheur, dépouillée de tout élément de terreur, n’en détient pas moins un pouvoir magique d’une autre essence, mais aurions-nous pour autant l’espoir de trouver le fil conducteur nous menant à la raison cachée dont nous sommes en quête?
Essayons. Dans un domaine aussi délicat, la subtilité appelle la subtilité et un homme sans imagination ne peut en suivre un autre dans ces dédales, si, sans doute, la plupart des hommes ont éprouvé quelques-unes au moins des impressions occultes dont nous allons parler, bien peu durent en prendre véritablement conscience sur le moment et dès lors ils ne pourront plus à présent faire appel à leur souvenir.
Comment se fait-il que pour un esprit non averti, n’ayant qu’une connaissance vague du caractère particulier de ce jour, le simple mot de dimanche blanc de Pentecôte évoque de longues processions mornes et muettes de pèlerins abattus, marchant à pas lents et encapuchonnés de neige fraîche? Pourquoi, lorsqu’on parle incidemment d’un frère blanc ou d’une nonne blanche devant un protestant candide et illettré des États centraux d’Amérique, une statue sans regard se dresse-t-elle dans son âme?
Et si l’on fait abstraction de tous les rois et de tous les guerriers qui y furent emprisonnés (car telle n’est pas la seule raison de son prestige) pourquoi la Tour Blanche de Londres parle-t-elle tellement plus fortement à l’imagination d’un Américain qui n’a pas voyagé que ses voisines historiques: la Tour Byward ou même la Tour Sanglante? Et ces tours plus sublimes encore, les Montagnes-Blanches du New Hampshire, pourquoi, à leur seul nom, selon notre humeur, projettent-elles sur notre âme un spectre géant, tandis que la Crête-Bleue de Virginie n’éveille qu’un songe suave, lointain, emperlé? Et pourquoi, sans tenir compte des latitudes et des longitudes, le nom de mer Blanche éveille-t-il un écho sépulcral dans l’imagination tandis que celui de mer Jaune nous berce si humainement d’une évocation de longues après-midi paresseuses sur la laque de l’eau, finissant dans le faste d’un somnolent coucher de soleil? Ou, pour prendre un exemple tout à fait immatériel et parlant à la seule imagination, pourquoi, en lisant les vieux contes de fées d’Europe centrale, le «grand homme pâle» des forêts du Hartz dont l’immuable blancheur froisse au passage les buissons verts, pourquoi ce fantôme est-il plus terrifiant que tous les turbulents diablotins du Brocken?
Ce n’est pas non plus, assurément, le souvenir de ses tremblements de terre qui ont ébranlé les cathédrales, ni les raz de marée de ses mers frénétiques, ni l’inflexible aridité de ses deux sans larmes, ce ne sont pas ses étendues de clochers penchés, de murs tordus, de croix affaissées comme les vergues inclinées des navires à l’ancre, ni ses avenues de banlieues où les ruines s’entassent en jeux de cartes, ce ne sont pas toutes ces choses seulement qui font de Lima-la-Sèche la cité la plus insolite et la plus triste qu’on puisse voir. Car Lima porte le deuil en blanc et rien n’est plus atroce que sa blanche douleur. Aussi ancienne que le temps de Pizzare, la blancheur conserve à ses ruines une éternelle jeunesse, refuse la joyeuse verdure d’un déclin consenti et étend sur ses remparts brisés la rigide pâleur convulsée d’une mort foudroyante.
[5] Au sujet de l’ours polaire, celui qui voudrait approfondir la question pourrait alléguer que ce n’est pas la blancheur en soi qui accentue l’intolérable hideur de cet animal, car cette laideur poussée à l’extrême, si on l’analyse, vient de cette particularité: l’irresponsable férocité de cette créature est enveloppée dans une toison d’innocence céleste et d’amour, de sorte que l’ours polaire nous terrifie du fait qu’il provoque en nous deux émotions contraires dues à un contraste contre nature. Mais en admettant cela comme vrai il n’en reste pas moins que, n’était sa blancheur, il ne reproduit pas un effet aussi intense d’épouvante.
Quant au requin blanc, le calme glissement de sa spectrale blancheur, lorsqu’on l’aperçoit dans ses évolutions normales, fait une impression semblable à celle de l’ours polaire, et pour les mêmes raisons. Cette singularité est mise en relief par le nom que porte ce poisson en français. La messe catholique des défunts commence par le Requiem aeternam (repos éternel) et Requiem est le mot qui qualifie cette messe elle-même et toute autre musique funèbre. Faisant allusion à son immobilité silencieuse et blanche de mort, et à l’apparente douceur de son caractère meurtrier, les Français l’appellent requin.
[6] Je me souviens du premier albatros que je vis. Ce fut lors d’une interminable tempête non loin des mers antarctiques. Pendant mon quart en bas du matin, j’étais allé sur le pont obscurci et là, collé contre le panneau de la grande écoutille, je vis un être royal, emplumé d’une blancheur immaculée, au bec d’une sublime courbe romane. De temps à autre, il abaissait l’ogive de ses grandes ailes d’archange comme pour embrasser une arche sainte. Il palpitait d’admirables et frissonnants battements. Quoique nullement blessé, il gémissait comme l’âme d’un roi affligé d’une détresse surnaturelle. Je croyais entrevoir dans ses étranges yeux, vides d’expression, des secrets volés à Dieu. Je m’inclinai comme Abraham devant les anges. Cet être blanc était d’une telle blancheur, si vastes étaient ses ailes, à jamais en exil dans ces eaux, que j’avais perdu le souvenir misérable des traditions et des villes. Longtemps je contemplai ce miracle de plumes. Je ne saurais dire, à peine suggérer, les sentiments qui me traversèrent alors. Mais enfin je repris conscience et, me tournant vers un matelot, je lui demandai quel était cet oiseau. Il me répondit: un goney! Jamais encore je n’avais entendu ce nom. Est-il concevable que cet être glorieux soit totalement inconnu des terriens? Non! Mais j’appris plus tard que les marins appellent goney l’albatros. Le poème fantastique de Coleridge ne pouvait aucunement m’avoir incliné aux pensées mystiques qui m’envahirent à la vue de cet oiseau sur notre pont car je ne l’avais pas lu alors et j’ignorais qu’il s’agît d’un albatros. En l’avouant, je ne fais qu’aviver indirectement l’éclat et la noblesse du poème et du poète.
J’affirme donc que le secret de l’envoûtement provoqué par cet oiseau tient à sa parfaite et merveilleuse blancheur, vérité mise en valeur par le fait qu’un solécisme veut qu’il y ait des «albatros gris» et j’en ai souvent vu, mais sans l’émotion que m’a donnée l’oiseau de l’Antarctique.
Mais comment cet être mystique avait-il été pris? Ne le répétez pas et je vous le dirai: avec une ligne et la traîtrise d’un hameçon alors qu’il était posé sur la mer. Enfin le capitaine le transforma en facteur, en lui attachant au cou une étiquette de cuir où il avait inscrit la position du navire avant de lui rendre la liberté. Mais je ne doute pas que ce message destiné aux hommes ait été emporté au ciel lorsque l’oiseau blanc s’envola pour rejoindre les chérubins aux ailes repliées dans leur adoration perpétuelle!