Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Achab entrevoyait en son cœur que si ses moyens étaient sains, ses mobiles et son but relevaient d’une démence à laquelle il ne pouvait se dérober, qu’il ne pouvait ni détruire ni modifier; il savait aussi qu’il avait longuement dissimulé auprès des hommes, qu’il dissimulait encore. Il s’en rendait compte, mais sa volonté n’y pouvait rien changer. Toutefois, il avait si bien réussi à feindre que lorsqu’il avait enfin débarqué sur sa jambe d’ivoire, aucun Nantuckais ne devina en lui autre chose qu’une souffrance naturelle, l’ayant atteint dans ses œuvres vives, et dont le terrible accident qui s’était abattu sur lui était cause.
Ce que l’on avait appris de son indiscutable crise de folie en mer fut attribué à la même cause, ainsi que l’humeur sombre qui, depuis, obscurcissait régulièrement son front et cela jusqu’au jour même où appareilla le Péquod. Il est vraisemblable aussi que, loin de le croire, d’après d’aussi noirs symptômes, inapte à une nouvelle campagne, les propriétaires calculateurs de cette île économe, inclinèrent à penser que ces raisons mêmes le rendraient d’autant plus âpre à cette poursuite si furieuse, si sauvage, si sanguinaire qu’est la chasse à la baleine. Brûlé au-dehors, rongé en dedans par les crocs inexorables d’une incurable idée fixe, un tel homme, s’il existait, était tout désigné pour lever la lance et jeter le fer contre la plus repoussante des brutes. Ou si l’on présumait que son infirmité l’en empêcherait, du moins serait-il par excellence capable d’exciter ses subalternes au combat par ses encouragements et ses hurlements. Quoi qu’il en soit, il est certain que, le secret délirant d’une fureur toujours neuve enfermé et verrouillé en son cœur, Achab s’était embarqué pour le présent voyage avec le but unique, l’absorbant tout entier, de chasser la Baleine blanche. Si une seule de ses vieilles connaissances à terre avait pu imaginer ce qui couvait en lui, comme leurs âmes médusées et vertueuses eussent arraché le navire à cet homme satanique! Mais elles ne pensaient qu’à une expédition fructueuse, à un profit en bel et bon argent, et lui n’avait d’autre dessein qu’une vengeance téméraire, implacable et surnaturelle. Voici donc ce vieil homme impie et grisonnant, poursuivant de sa malédiction la baleine de Job à travers tous les océans, à la tête d’un équipage composé en majeure partie de métis renégats, de parias et de cannibales, moralement affaibli encore par l’impuissance à laquelle étaient réduites la vertu et la droiture sans soutien de Starbuck, l’insouciance réjouie et inentamable de Stubb et la médiocrité totale de Flask. Qu’il eût sous ses ordres un tel équipage semble avoir été prévu et décidé par une fatalité infernale, complice de sa folie vengeresse. Comment se fait-il que tous se faisaient l’écho de la colère du vieillard, quel envoûtement néfaste subjuguait leurs âmes au point de leur faire croire parfois que sa haine était la leur, que la Baleine blanche leur était un ennemi aussi intolérable qu’à lui? Ce serait plonger plus profond qu’Ismaël ne peut le faire que de tenter d’expliquer ce que la Baleine blanche représentait pour eux et pourquoi, dans leur inconscient, elle leur apparaissait, à leur insu, confusément, comme le grand démon qui sillonne les océans de la vie. Le mineur souterrain, à l’œuvre en chacun d’entre nous, sait-il où le conduit son pic dont le bruit sourd sans cesse se déplace? Qui ne se sent pas tirer par une main irrésistible? Quel esquif resterait immobile remorqué par un vaisseau de 74? Le tout premier je m’abandonnai au temps et au lieu mais, malgré ma brûlante impatience à rencontrer la baleine, je ne pouvais voir en cette brute autre chose que le mal le plus funeste.
CHAPITRE XLII La blancheur de la baleine
J’ai suggéré ce que la Baleine blanche représentait pour Achab, ce qu’elle était, parfois, pour moi reste à dire.
Mis à part les raisons indiscutables pour lesquelles Moby Dick pouvait semer l’effroi dans l’âme de n’importe quel homme, une autre considération ou plutôt une horreur trouble et sans nom prenait, de temps en temps, en moi une intensité telle qu’elle submergeait toutes les autres; sa nature ineffable et mystique me fait presque désespérer de pouvoir l’exprimer. La blancheur de la baleine par-dessus tout m’épouvantait. Comment espérer m’expliquer, pourtant il le faut, ne serait-ce que confusément et au hasard, faute de quoi tout ce récit serait vain.
Bien que la blancheur confère souvent à la beauté un raffinement singulier, comme si elle infusait aux choses sa vertu particulière, aux marbres, aux camélias, aux perles par exemple, bien que de nombreuses nations lui aient reconnu une suprématie royale, que les grands rois barbares de Pégu aient mis le titre de «Seigneur des Éléphants blancs» au-dessus de toute grandiloquente distinction, que les actuels rois du Siam ornent leur étendard de ce même quadrupède neigeux, que le drapeau hanovrien arbore un destrier immaculé, que le grand empire césarien d’Autriche, héritier de la suzeraineté romaine, ait choisi comme elle cette couleur impériale, bien que cette suprématie touche jusqu’à la race humaine, accordant idéalement à l’homme blanc une autorité sur toute tribu noire, bien que la blancheur ait même en été, en outre, synonyme d’allégresse, les Romains marquant d’une pierre blanche un jour heureux, bien que, dans les symboles, dans les tendresses humaines, cette même blancheur soit devenue l’emblème de choses nobles et touchantes: la pureté des épousées, la douceur de la vieillesse, bien que parmi les Peaux-Rouges d’Amérique il ne soit pas plus grand gage d’honneur que le don d’une ceinture blanche de wampoum, bien que sous des cieux divers la blancheur de l’hermine du juge symbolise la majesté de la Justice, que la dignité des rois et des reines soit quotidiennement soulignée par la couleur laiteuse de leurs coursiers, bien que dans les mystères les plus élevés des plus augustes religions elle signifie la puissance immaculée de la divinité, que les adorateurs persans du feu aient tenu pour sainte entre toutes la flamme blanche et fourchue de l’autel, que dans la mythologie grecque le grand Jupiter lui-même se soit incarné dans un taureau blanc, bien que chez les nobles Iroquois, le sacrifice hivernal du Chien blanc sacré ait été de loin la cérémonie la plus béatifique de leur religion, cette créature fidèle et sans tache étant le témoignage le plus pur qu’ils pussent offrir à l’Esprit suprême, de leur propre fidélité; bien que tous les prêtres chrétiens empruntent directement au latin le nom de la tunique qu’ils portent sous la soutane, cette aube qui fait partie de leurs vêtements sacerdotaux, bien que le cérémonial de l’Église romaine ait choisi le blanc pour les ornements de la célébration de la Passion de Notre Seigneur, bien que dans une vision de saint Jean les élus soient vêtus de robes blanches, que les vingt-quatre vieillards, également vêtus de blanc, se tiennent devant le trône blanc où siège l’Agneau de laine blanche, eh bien, malgré toutes ces associations si nombreuses de la blancheur avec tout ce qui est doux, honorable et sublime, la notion la plus intime qu’elle sécrète est d’une nature insaisissable qui frappe l’esprit d’une terreur plus grande que la pourpre du sang.