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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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À quoi bon ? nous a dit un jour le marcheur sur l’onde à qui nous demandions la direction de Vengiboneeza. À quoi bon ? À quoi bon ? À quoi bon ? Nous ne sommes que des singes velus qui jouent à être des hommes.

Non. Non. Non. Non.

Nous sommes ceux entre les mains de qui les dieux ont remis la planète.

Et maintenant, il est temps de marcher comme les caviandis. Il est temps de découvrir ce qu’ils sont réellement.

Ils se sont bien acclimatés à la vie dans le petit parc de Hresh. Des ouvriers ont dérivé le cours d’eau qui traversait le jardin et le bras de gauche descend maintenant une portion de terrain accidenté qui est devenue le territoire des caviandis. C’est là, derrière des clôtures arachnéennes assez résistantes pour retenir un vermilion, que les doux animaux pèchent, se chauffent au soleil et bâtissent patiemment un réseau de galeries peu profondes de part et d’autre du ruisseau. Ils semblent s’être bien remis de la terreur de leur capture. Hresh les voit parfois assis côte à côte sur le gros rocher lisse et rose qui domine leur nid, regardant d’un air extasié les toits et les murs blancs du quartier résidentiel qui s’étend juste derrière le parc, comme perdus dans la contemplation des palais de quelque paradis inaccessible.

Il ne doute plus de leur intelligence. Ce qu’il veut évaluer, c’est la qualité de cette intelligence. Mais il fallait d’abord leur laisser le temps de s’habituer à la captivité. Ils doivent être calmes, confiants et accessibles pour qu’il puisse tenter d’établir avec eux un contact tant soit peu approfondi.

Il se dirige vers eux. Il pénètre dans leur enclos, il va s’asseoir sur un rocher au bord de l’eau et il attend qu’ils s’approchent de lui. Les deux animaux gracieux, au poil soyeux et aux grands yeux pourpres sont de l’autre côté, au bord de la clôture, dressés sur leurs pattes de derrière comme ils le font souvent. Sa présence semble les intriguer, mais ils restent à distance.

Hresh commence lentement à projeter sa seconde vue, avec une faible intensité, laissant le champ de perception qu’elle crée former une sphère et s’étendre autour de lui.

Il perçoit la chaleur et les picotements annonciateurs du contact. Il sent l’émanation de leur âme et peut-être de leur cerveau, mais ce qu’il capte n’est qu’un courant incertain, la vibration vague et étouffée d’une conscience lointaine.

Avec mille précautions, Hresh affine sa perception.

Il n’y a rien de nouveau pour lui dans le fait de sonder l’esprit de représentants d’une autre espèce. Un grand nombre des créatures du Printemps Nouveau, peut-être toutes, ont la faculté de penser. Et il soupçonne qu’elles pourraient communiquer avec lui, si seulement il apprenait comment déceler leurs émanations.

Il lui est ainsi arrivé au fil des ans de parler, si l’on peut dire, avec des défenses dorées et des xlendis, des taggaboggas et des vermilions. Il se souvient encore de la voix aux sonorités métalliques du marcheur sur l’onde qui avait dressé son corps interminable au-dessus du lac pour se gausser dans le langage muet de l’esprit de la petite tribu de Koshmar cherchant désespérément la direction de l’antique Vengiboneeza. Et du jour où le jeune Hresh, tapi derrière un éperon rocheux, avait surpris grâce à sa seconde vue le chant sanguinaire d’une troupe de rats-loups dans leur langage fait de couinements nasillards, mais dont la signification était parfaitement claire : Tué – tuer – chair – chair !

Il avait même une fois, quelques jours seulement après la sortie du cocon, entendu avec fascination le langage mental d’un hjjk – une sorte d’âpre bourdonnement à donner le frisson – que la tribu avait croisé en bordure d’une morne prairie et qui les avait accueillis avec un mépris glacial.

Sur toute la surface de la planète les êtres vivants se parlent, les créatures communiquent dans le langage muet de l’esprit. C’est chose courante. Le monde a atteint depuis longtemps le stade de son développement où cette faculté s’est répandue. Tout le monde ou presque parle, même si certaines espèces n’ont pas grand-chose à dire et si ce pas grand-chose est très simple et très imprécis.

Mais en considérant les caviandis debout sur leurs pattes de derrière, les mains gracieusement ouvertes, leur museau garni de longs poils frémissant pensivement, leurs yeux sombres et lumineux brillants d’un vif éclat, Hresh pressent qu’ils sont extraordinaires, qu’ils sont beaucoup plus que des animaux sauvages.

Il dresse son organe sensoriel, ce qui a pour effet d’intensifier l’émanation qu’il projette vers les animaux. Les caviandis n’ont pas de mouvement de recul.

— Je m’appelle Hresh, dit-il. Vous n’avez rien à craindre de moi.

Il n’y a que le silence, une absence de contact. Puis un mouvement vibratoire fait son apparition au milieu du silence, tel un minuscule soleil issu de l’écran noir des cieux, et, au bout d’un moment, Hresh entend la voix de la femelle qui lui parle dans le langage muet de l’esprit.

— Je m’appelle She-Kanzi.

— Je m’appelle He-Lokim, dit le mâle.

Des noms ! Ils ont des noms ! Ils se perçoivent comme des entités distinctes !

Hresh ne peut retenir un frisson d’excitation.

À sa connaissance, le fait de donner un nom n’appartenait qu’au Peuple. Tous les animaux dont il a exploré l’esprit semblaient demeurer sans nom, comme les arbres, ou les rochers. Les hjjk eux-mêmes, à ce que l’on disait, n’avaient pas de nom. Toute notion d’individualité distincte de la masse du Nid leur était étrangère.

Au contraire de She-Kanzi et He-Lokim qui, eux, affirment leur existence individuelle. Et Hresh comprend très vite que ces noms ne sont pas de simples étiquettes. Il se rend compte que ces deux affirmations : « Je m’appelle She-Kanzi » et « Je m’appelle He-Lokim » décrivent tout un ensemble de choses qu’il a de la peine à saisir dans sa complexité et qui englobe les relations entre les deux caviandis, les rapports avec leurs congénères, avec le monde en général et peut-être même, s’il a correctement interprété l’émanation, avec les dieux des caviandis. Mais il a des doutes sur ce dernier point. Il soupçonne que ce qu’il a perçu est encore beaucoup trop vague et approximatif. Ce n’en est pas moins stupéfiant pour autant.

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