Le bûcher d'un roi
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Серия: Le Trone de fer #13
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 978-2-7564-0586-5
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le bûcher d'un roi». Краткое содержание книги:
Ser Barristan était certain qu’il reviendrait, toutefois. Daenerys ne pouvait que prier pour qu’il ait raison.
Un bain aiderait à m’apaiser. Elle traversa pieds nus l’herbe jusqu’à son bassin en terrasse. L’eau était fraîche au contact de sa peau, lui donnant la chair de poule. De petits poissons vinrent lécher ses bras et ses jambes. Elle ferma les yeux et se laissa flotter.
Un froissement léger lui fit rouvrir ses paupières. Elle se rassit avec un doux clapotis. « Missandei ? appela-t-elle. Irri ? Jhiqui ?
— Elles dorment », lui répondit-on.
Une femme se tenait sous le plaqueminier, vêtue d’une robe à coule qui frôlait l’herbe. Sous le capuchon, le visage paraissait dur, brillant. Elle porte un masque, comprit Daenerys, un masque en bois vernis de laque rouge sombre. « Quaithe ? Est-ce que je rêve ? » Elle se pinça l’oreille et grimaça sous la douleur. « Je vous ai vue en rêve, chevauchant Balerion, lorsque nous sommes arrivés à Astapor.
— Tu n’as pas rêvé. Ni alors ni maintenant.
— Que faites-vous ici ? Comment avez-vous évité mes gardes ?
— Je suis arrivée par un autre chemin. Tes gardes ne m’ont jamais vue.
— Si j’appelle, ils vous tueront.
— Ils te jureront que je ne suis pas ici.
— Mais êtes-vous ici ?
— Non. Écoute-moi, Daenerys Targaryen. Les chandelles de verre se consument. Bientôt viendra la jument pâle et, après elle, les autres. Le kraken et la flamme noire, le lion et le griffon, le fils du soleil et le dragon du comédien. Ne te fie à aucun d’eux. Souviens-toi des Nonmourants. Défie-toi du sénéchal parfumé.
— Reznak ? Pourquoi devrais-je le craindre ? » Daenerys se leva du bassin. L’eau ruissela le long de ses jambes, et la chair de poule couvrit ses bras dans l’air frais de la nuit. « Si vous avez pour moi une mise en garde, parlez clair. Que voulez-vous de moi, Quaithe ? »
Le clair de lune brillait dans les yeux de la femme. « T’indiquer le chemin.
— Je me souviens du chemin. Pour me rendre au nord, je pars vers le sud, je chemine à l’est pour gagner l’ouest, je retourne en arrière pour aller de l’avant. Et pour atteindre la lumière, je dois passer sous l’ombre. » Elle pressa ses cheveux argentés pour les essorer. « Je suis tellement lasse des devinettes. À Qarth, j’étais une mendiante, mais ici, je suis reine. Je t’ordonne…
— Daenerys. Souviens-toi des Nonmourants. Souviens-toi de qui tu es.
— Le sang du dragon. » Mais mes dragons rugissent dans le noir. « Je me souviens des Nonmourants. Fille de trois, ils m’ont appelée. Trois montures ils m’ont promis, trois feux et trois trahisons. Une pour le sang, une pour l’or et une pour…
— Votre Grâce ? » Missandei se tenait dans l’encadrement de la porte donnant sur la chambre de la reine, une lanterne à la main. « À qui parlez-vous ? »
Daenerys jeta un regard en arrière vers le plaqueminier. Il n’y avait pas de femme là-bas. Pas de robe à capuchon, de masque de laque, ni de Quaithe.
Une ombre. Un souvenir. Personne. Elle était du sang du dragon, mais ser Barristan l’avait avertie : ce sang charriait une souillure. Serais-je en train de devenir folle ? Ils avaient traité son père de fou, autrefois. « Je priais, répondit-elle à la Naathie. Il fera bientôt jour. Il vaudrait mieux que je mange quelque chose, avant l’audience.
— Je vous apporte votre déjeuner. »
De nouveau seule, Daenerys effectua le tour complet de la pyramide dans l’espoir de retrouver Quaithe, au-delà des arbres calcinés et de la terre brûlée à l’endroit où ses hommes avaient essayé de capturer Drogon. Mais il n’était d’autre bruit que le vent dans les arbres fruitiers, ni d’autres créatures dans les jardins que quelques blafards papillons de nuit.
Missandei revint avec un melon et une jatte d’œufs durs, mais Daenerys se trouva dépourvue de tout appétit. Tandis que le ciel se clarifiait et que les étoiles s’effaçaient une à une, Irri et Jhiqui l’aidèrent à revêtir un tokar en soie violette frangée d’or.
Lorsque Reznak et Skahaz apparurent, elle se retrouva à les considérer d’un œil critique, songeant aux trois trahisons. Méfie-toi du sénéchal parfumé. Elle huma Reznak mo Reznak, soupçonneuse. Je pourrais ordonner au Crâne-ras de l’arrêter et de le soumettre à la question. Cela préviendrait-il la prophétie ? Ou quelque autre traître prendrait-il sa place ? Les prophéties sont perfides, se remémora-t-elle, et Reznak n’est peut-être rien de plus qu’il ne paraît.
Dans la salle pourpre, Daenerys trouva son banc d’ébène couvert d’une haute pile de coussins en satin. Cette vue amena sur ses lèvres un pâle sourire. L’œuvre de ser Barristan, elle le savait. Le vieux chevalier était brave homme, mais parfois fort littéral. Ce n’était qu’une boutade, ser, se dit-elle, mais elle ne s’en assit pas moins sur l’un des coussins.
Sa nuit d’insomnie ne tarda pas à se faire sentir. Bientôt, elle lutta contre un bâillement tandis que Reznak pérorait sur les guildes d’artisans. Les tailleurs de pierre étaient en courroux contre elle, apparemment. Les briquetiers également. Certains anciens esclaves débitaient la pierre et posaient des briques, volant le travail, tant des compagnons que des maîtres de la guilde. « Les affranchis travaillent pour un salaire trop bas, expliqua Reznak. Certains se proclament compagnons, voire maîtres, des titres qui appartiennent de droit aux seuls artisans des guildes. Les maçons et les briquetiers requièrent humblement de Votre Excellence qu’elle fasse respecter leurs anciens droits et coutumes.
— Les affranchis travaillent pour de bas salaires parce qu’ils ont faim, fit observer Daenerys. Si je leur interdis de tailler la pierre ou de poser des briques, les armateurs, les tisserands ou les orfèvres seront bientôt à mes portes pour exiger qu’ils soient de même exclus d’exercer ces métiers. » Elle réfléchit un moment. « Qu’il soit écrit que, dorénavant, seuls les membres de la guilde auront le droit de se dénommer compagnons ou maîtres… À condition que les guildes ouvrent leurs registres à tout affranchi qui saura faire preuve des talents requis.
— Ainsi sera-t-il proclamé, assura Reznak. Votre Majesté daignera-t-elle écouter le noble Hizdahr zo Loraq ? »
Ne reconnaîtra-t-il jamais sa défaite ? « Qu’il s’avance. »
Hizdahr ne portait pas de tokar aujourd’hui. Il arborait à la place une simple robe grise et bleue. Il s’était tondu, également. Il a rasé sa barbe et coupé ses cheveux, constata-t-elle. L’homme n’était pas devenu crâne-ras, pas tout à fait, mais au moins ses ailes absurdes avaient-elles disparu. « Votre barbier a bien travaillé, Hizdahr. J’espère que vous êtes venu me montrer son œuvre, et non me harceler de nouveau sur le sujet des arènes de combat. »
Il exécuta une profonde révérence. « Votre Grâce, je le dois, je le crains. »
Daenerys fit la grimace. Même son propre peuple ne laissait pas le sujet en repos. Reznak mo Reznak insistait sur l’argent qu’on pouvait gagner au travers de taxes. La Grâce Verte affirmait que rouvrir les arènes contenterait les dieux. Le Crâne-ras estimait que cela vaudrait à la reine des soutiens contre les Fils de la Harpie. « Qu’ils se battent », bougonna Belwas le Fort, qui avait jadis été un champion de l’arène. Ser Barristan suggérait plutôt un tournoi ; ses orphelins pouvaient galoper sus aux anneaux et s’affronter en mêlée avec des armes émoussées, disait-il, une suggestion que Daenerys savait aussi impraticable qu’inspirée par de bonnes intentions. C’était du sang que les Meereeniens avaient envie de voir, et non du talent. Sinon les esclaves de combat auraient porté une armure. Seule la petite scribe Missandei semblait partager les réticences de la reine.