Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
La palissade qui forme le kraal s’étend, ainsi que l’a dit le mineur, derrière la tente, à cent mètres environ. Pendant que leurs ennemis crient, hurlent, se démènent sous la toile, qu’ils criblent de coups de couteau, les trois Français se dirigent en courant vers cet abri protecteur, aussi solide qu’une bâtisse de pierre. Malgré la gravité de la situation, ils ne peuvent s’empêcher de rire à la vue des soubresauts exécutés sous la tente qu’ils mettent en lambeaux par cette légion de furieux, ivres d’alcool et de colère.
La barrière du kraal est ouverte. Ils la franchissent d’un bond et la referment rapidement, au moment où un hurlement de joie annonce que leurs ennemis sont enfin débarrassés du piège si subtilement abattu sur leurs têtes. Au fond du kraal se trouve l’écurie proprement dite, formée d’épais madriers reliés ensemble par des traverses ajustées à queue d’aronde et chevillées dans de solides mortaises. C’est une véritable forteresse dans laquelle on peut soutenir un siège. Une douzaine de vigoureux chevaux, appartenant à des diggers, rongent à belles dents une plantureuse provende et parmi eux, deux bêtes colossales, dont la robuste échine doit porter sans fléchir ces mastodontes à deux pieds qui s’appellent Cornélis et Pieter.
– Nous serons ici comme dans une casemate, fait observer Alexandre, dont toute la bonne humeur est revenue.
Puis, s’adressant à ses deux compagnons qui, pendant cette série d’événements non moins étranges que rapides, n’ont pas trouvé le moment de placer un mot :
– Ah ! çà, d’où diable sortez-vous ? Toi, Albert, que je retrouve dans un état qui prouve peu en faveur de ton chef de gamelle et vous, Joseph, que j’aperçois au moment où vous venez de saigner si délicatement, à vingt-cinq pas, cet Yankee grossier et maladroit ; ce dont je vous félicite doublement, mon cher camarade.
– Je vous cherchais, monsieur Alexandre.
– Nous te cherchions.
– Alors, nous courions tous trois l’un après l’autre.
» Moi, j’arrive directement des chutes Victoria.
– Et moi, répondit Joseph, j’ai traversé je ne sais comment le désert en vous suivant à la piste.
– Et toi, Albert ? Tu ne dis rien. Allons, morbleu ! du nerf.
– La fièvre m’a épuisé. C’est à peine si je suis en convalescence. Je dois d’être ici à notre guide Zouga et à ce brave Bushman, que j’ai retrouvés, ou plutôt qui m’ont ramassé plus mort que vif au bord d’une rivière...
– Mais, et le Révérend ?... Et master Will ?...
– J’ignore absolument ce qu’ils sont devenus.
– Quant aux noirs ?...
– Ils doivent rôder non loin d’ici.
– Bonne affaire. Ils pourront nous aider à sortir de ce guêpier.
» Trêve de confidences en ce moment. Nous aurons de singulières aventures à nous raconter quand le temps le permettra.
Des coups retentissants ébranlaient en ce moment la barrière.
– À mort Sam Smith !... À mort le bushranger !...
» À mort !... À mort !... La loi de Lynch !...
– Ces brutes n’en veulent pas démordre. Il paraît que je suis un gredin fieffé, qui mets en coupe réglée, déréglée même, la production des diggins.
– Je soupçonne là-dessous quelque diablerie de ces coquins de Boërs.
– Tu ne te trompes pas. Tu n’as donc pas entendu l’accusation qu’ils ont formulée contre moi ?
– Vaguement. Je ne distinguais plus rien, tant était grande ma faiblesse.
– À mort !... À mort !... hurlaient les lyncheurs, qui frappaient comme des sourds sur les madriers.
– Allons, reprit Alexandre, je crois que ça va se gâter. Il me va falloir chatouiller avec quelques brimborions de plomb les côtelettes de ces drôles.
» Heureusement que j’ai des munitions. Je n’ai pas envie de les tuer, pourtant, mais un coup de chevrotines les rendra plus circonspects. Il me faut ménager mes balles, au cas probable où nous aurons à défendre notre vie.
Le jeune homme entrebâilla la porte de l’écurie, passa l’extrémité du canon de sa carabine entre le panneau et le montant, puis il fit feu. Les vociférations s’éteignirent comme par enchantement et les assaillants s’éparpillèrent comme une volée de moineaux.
Une forte détonation éclatait à ce moment hors de l’enceinte et un lourd projectile venait s’implanter avec un bruit sec dans le madrier, au point précis où la tête d’Alexandre se trouvait une seconde auparavant.
– Ah ! bah ! fit-il plus surpris qu’effrayé. On répond à mon feu. On voudrait éteindre notre batterie. Je connais ce coup de fusil et les dimensions de la balle me prouvent que c’est un de nos Boërs qui a tenté de m’éborgner.
» C’est une lutte à mort. Soit. Les coquins ne nous tiennent pas encore. Avant quatre heures, nous serons loin d’ici. Pas dégoûtés du tout, les sauvages blancs ! D’autant plus que nous serions da bonne prise et que nos dépouilles leur permettraient de se livrer à une orgie telle que n’en rêva jamais un mineur qui a trouvé le plus magnifique « panier d’oranges ».
– Que veux-tu dire ?
– Qu’ils ne manqueraient pas de s’attribuer sans la moindre vergogne les deux cent cinquante ou trois cent mille francs de diamants qui se promènent dans mes poches.
III
Joie d’un homme qui perd vingt mille francs en or. – La façon dont les trois Français parlementent. – Joseph qui n’a jamais servi dans l’arme du génie, devient sapeur par besoin. – Le blanc esclave des noirs. – L’envers de la « Case de l’oncle Tom ». – Réflexions d’un boulevardier qui porte au cou la bûche de l’esclavage. – Au moment d’être grillés dans la forteresse de bois. – La brèche. – Chute d’un pan de muraille. – Ruse de guerre. – De quelle utilité peut être, pour des fugitifs, un morceau d’étoupe enflammée introduit dans l’oreille d’un cheval. – Confidence interrompue. – Alexandre et son Sosie. – Encore Sam Smith le bushranger.
– Trois cent mille francs ! exclama Joseph avec un brusque haut-le-corps. Que diable faites-vous donc de tout cela ?
– Moi, rien. Ces cailloux me sont à peu près aussi utiles qu’une paire d’échasses à un paralytique.
– Aurais-tu, par hasard, trouvé le « Trésor des rois Cafres ? »
– Ma foi, c’est bien possible.
– Quelle chance ! reprit Joseph. Cela vous indemnisera de la perte de vos vingt mille francs.
– Vingt mille francs !... où diable les prenez-vous ?
– Je ne les prends pas, c’est au contraire à moi qu’on les a filoutés.
– Ah ! très bien. Le produit de la vente de mon daim au mercanti de Nelson’s Fountain, n’est-ce pas ?
» Pauvre Joseph ! Je vous ai plaint bien souvent, en pensant à cet inutile surcroît de bagages. Heureusement qu’un bon garçon vous en a fort à propos débarrassé.
– Un coquin ! Si je le « retroube » le gavache !...
» Tiens ! C’est drôle.
– Qu’est-ce qui est drôle, notre situation ? Euh ! Euh !... ni trop ni trop peu, mais assez.
– Ce n’est pas cela que je veux dire. C’est que le sacripant « qu’il » m’a volé...
– Eh ! bien ?...
– Eh ! bien ! Il vous ressemble... Oh ! mais comme deux gouttes d’eau. J’en suis confondu...
» C’est vous-même... à s’y méprendre... sauf votre respect, monsieur Alexandre.