Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Биографии и мемуары » Sodoma: Enquête au cœur du Vatican
Sodoma: Enquête au cœur du Vatican - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
1 ... 55 56 57 58 59 60 61 62 63 ... 181
Перейти на страницу:

Une singularité qui n’a pas échappé à Florence Delay. La romancière, élue au « fauteuil » de Guitton à l’Académie française, doit, comme le veut la tradition, faire son « éloge » le jour de son entrée sous la coupole. Chose peu habituelle : Florence Delay, pourtant tout à son apologie du disparu, multiplie les allusions à sa misogynie légendaire : « Qu’eût-il pensé [qu]’une femme [lui succède], lui qui nous jugeait inachevées ! » Elle ne prend pas davantage au sérieux son mariage tardif : « Certains s’étonnent ou s’amusent que M. Guitton, apparemment voué à la chasteté du moine, ou plus philosophiquement au célibat kantien, ait écrit un essai sur l’amour humain◦– avant même son affectueux mariage d’automne avec Marie-Louise Bonnet. C’est que l’amour humain englobe celui qui va du disciple au maître et du maître au disciple. » Ah ! Qu’en termes galants, ces choses-là sont mises !

Si la nouvelle académicienne avait été plus perverse, ou plus ironique, elle aurait pu faire une allusion discrète à une remarque célèbre du sexologue Alfred Kinsey, un contemporain de Guitton. Auteur du fameux Rapport Kinsey sur la sexualité des Américains, le chercheur soulignait, pour la première fois de manière scientifique, la forte proportion des personnes homosexuelles dans la population générale. Si répandue, l’homosexualité n’était donc plus une anomalie, une maladie ou une perversion. Et Kinsey d’ajouter, narquois, que les seules véritables perversions qui demeuraient étaient au nombre de trois : l’abstinence, le célibat et le mariage tardif ! Guitton serait donc trois fois pervers !

S’il n’aimait guère les femmes, et ne parlait jamais du beau sexe, invisible à ses yeux, Guitton a « aimé d’amitié » bien des hommes. À commencer par le cardinal Poupard, qui a eu une longue correspondance avec lui (ce dont plus de deux cents lettres manuscrites, je l’ai dit, non encore publiées, témoigneront peut-être un jour). Ses passions masculines sont allées aussi à ses étudiants : et notamment à l’un de ses jeunes élèves, un certain Louis Althusser, « si blond et beau qu’il en aurait bien fait son apôtre » (Florence Delay, ici encore, qui ose tout !).

La relation de Jean Guitton avec le pape Jean XXIII, qu’il a connu sous le nom de Roncalli lorsque celui-ci était nonce à Paris, semble, elle aussi, atypique et l’« amour d’amitié » peut y avoir joué sa part.

De cet ordre également fut la relation nouée précocement avec Giovanni Battista Montini, le futur pape Paul VI. Cette proximité a suscité beaucoup d’incompréhension et de rumeurs. Un théologien aussi influent que le père Daniélou n’a pas hésité à dire que « le pape [Paul VI] a fait [une] imprudence [en mettant] Guitton au concile ». D’autres moquent le saint-père pour s’être « épris de cet écrivain de seconde zone, petite chose littéraire ». Enfin, une plaisanterie était récurrente au Vatican à son sujet, me raconte l’un des anciens directeurs de Radio Vatican : « On ne doit pas classer Guitton parmi les laïcs du conclave car il n’a pas d’enfants »…

Lorsqu’on lit les très exaltés Dialogues avec Paul VI, le livre d’entretiens réels ou imaginés de Jean Guitton avec le pape (préfacé par le cardinal Paul Poupard), on est également frappé par l’étrangeté du dialogue entre le saint-père et le laïc sur l’abstinence et sur ce qu’ils appellent « l’amour plus » entre Jésus et Pierre, qui « renferme une exigence, qui fait peur ».

Ce langage, on le connaît maintenant bien. C’est celui du premier Gide et du dernier Mauriac, de Julien Green aussi, d’Henri de Montherlant, celui de Maritain enfin. C’est le langage de la culpabilité et de l’espérance en la « civilisation de l’amour » (pour reprendre l’expression fameuse de Paul VI). C’est le langage de Platon, que justement Paul VI a rendu à nouveau fréquentable, en abolissant la mise à l’Index, dont il avait fait l’objet comme Montaigne, Machiavel, Voltaire, André Gide et tant d’autres.

Encore une fois ne forçons pas le trait. Il est possible que Jean Guitton ait vécu ces débats sur le « mode Maritain », dans l’innocence et l’ingénuité, sans se rendre compte de sa part probable d’inclinations et de sa sublimation gay. D’ailleurs, Guitton a affirmé ne rien comprendre à l’homosexualité. Ce pourrait être paradoxalement le signe d’une orientation affective homophile, ici réellement inconsciente.

Hormis Marie-Louise Bonnet, la seule femme qu’on trouve dans l’entourage de Jean Guitton est la « maréchale » de Lattre de Tassigny, la veuve d’un grand chef militaire français dont une rumeur persistante, au sein de l’armée en particulier, laisse entendre qu’il aurait été bisexuel (l’écrivain Daniel Guérin l’a affirmé dans son livre Homosexualité et révolution et l’éditeur Jean-Luc Barré, qui a publié l’œuvre du maréchal de Lattre de Tassigny, le pense aussi).

Entre la mort du maréchal de France en 1952 et sa propre disparition en 2003, à quatre-vingt-seize ans, la « maréchale » a vécu entourée d’une nuée d’homosexuels dans son salon parisien. Jean Guitton, espiègle et joyeux, selon un témoin, était un fidèle du lieu : il était « toujours bien accompagné de belles personnes du sexe fort et de mignons efféminés ». Un autre témoin confirme que Guitton aimait être « entouré d’éphèbes et de gitons de passage ».

Voilà un homme laïc qui vit comme un prêtre, fait le choix de ne pas avoir d’enfants, se marie tardivement et nourrit, sa vie durant, d’intenses amitiés homophiles en étant entouré de jeunes hommes désirés. A-t-il été un homosexuel « réfréné » ? C’est probable et rien ne prouve le contraire à ce jour. Pourtant, il faut trouver ici un autre mot pour définir ce type de relation. Or, Guitton nous en propose justement un, aussi imparfait soit-il : la « camaraderie ». Écoutons-le ici, avec ses mots à lui, dans son livre Le Christ de ma vie, où il dialogue avec le père Joseph Doré, futur archevêque de Strasbourg : « Il y a quelque chose qui est supérieur à l’amour de l’homme pour la femme, c’est la camaraderie. L’amour de David pour Jonathan, d’Achille pour Patrocle… Un jésuite peut avoir pour un autre jésuite un amour de camarade bien supérieur à l’amour qu’éprouverait cet homme s’il était marié… Il y a dans la camaraderie◦– c’est souvent pris en mauvaise part, à cause de l’homosexualité◦– quelque chose de tout à fait unique, d’extraordinaire. »

Magnifique confession, tout en jeux de miroirs, où la référence à David et Jonathan est choisie à dessein par un homme qui ne peut ignorer la charge homo-érotique de ce code explicitement gay (la principale association catholique homosexuelle porte déjà ce nom en France).

Jean Guitton, comme Jacques Maritain, cherche à inventer un langage pour appréhender la complicité masculine sans la réduire au sexe. On est au cœur de ce qu’on appelle◦– l’expression a été plus durable que la médiocre « camaraderie » de Guitton◦– l’« amour d’amitié ».

Le concept est ancien. Il est important, un court instant, d’en retracer la genèse tant il est au centre, lui aussi, de notre sujet. La notion d’« amour d’amitié » s’enracine dans la pensée grecque de l’Antiquité, chez Socrate et Platon, systématisée ensuite par Aristote. À travers Cicéron et saint Augustin, elle traverse l’Antiquité tardive jusqu’au Moyen Âge. On en trouve l’idée, sinon la lettre, chez saint Aelred de Rievaulx, un moine cistercien du XIIe siècle, devenu le premier « saint LGBT » (car il n’a jamais caché ses amours). Un siècle plus tard, à une époque où la notion d’« homosexualité » n’existe pas (le mot ne sera inventé, on le sait, qu’à la fin du XIXe siècle), le Moyen Âge se réapproprie ce concept de l’« amour d’amitié ». Thomas d’Aquin distingue l’« amour de convoitise » (amor concupiscentiæ) de l’« amour d’amitié » (amor amicitiæ) ; le premier rechercherait l’autre pour son bien personnel et égoïste ; le second privilégierait au contraire le bien de l’ami, aimé comme un autre soi-même. On dirait aujourd’hui, quoique imparfaitement : « amour platonique ».

1 ... 55 56 57 58 59 60 61 62 63 ... 181
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)