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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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L’idée d’« amour d’amitié » a été utilisée par la suite pour définir la relation entre Shakespeare et le jeune homme baptisé « Fair Youth » dans les Sonnets, Léonard de Vinci et son jeune élève Salai ou encore Michel-Ange et le jeune Tommaso dei Cavalieri. Amour ? Amitié ? Les spécialistes pensent aujourd’hui que dans les trois cas, il s’agissait probablement d’homosexualité. En revanche, que dire des écrivains Montaigne et La Boétie, pour lesquels l’expression « amour d’amitié » a été également employée ? Ne dénaturons pas ici une relation qui ne fut peut-être jamais sexuelle et qu’une célèbre formule de Montaigne résume bien, parce qu’elle défie l’explication rationnelle : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

L’expression « amour d’amitié » fut aussi utilisée pour décrire la relation entre le père Henri Lacordaire, l’un des restaurateurs de l’ordre des Dominicains en France et son « ami » Charles de Montalembert. Longtemps, l’Église s’est voilé la face à ce sujet en insistant sur cette « amitié » dont on sait aujourd’hui qu’elle était homosexuelle (l’inestimable correspondance Lacordaire-Montalembert, publiée récemment, révèle non seulement un dialogue exemplaire sur le catholicisme libéral français mais aussi la liaison explicite entre les deux hommes).

Le concept de l’« amour d’amitié » recouvre donc des situations infiniment variées et il a été utilisé à tort et à travers selon les époques pour un large continuum de relations qui vont de l’amitié virile à l’homosexualité proprement dite. Selon les spécialistes du sujet, d’ailleurs fort nombreux au Vatican, ce concept ne devrait toutefois s’appliquer qu’aux cas d’homophilie chaste. Il ne s’agirait pas d’un sentiment équivoque qui tendrait à entretenir la confusion entre l’amour et l’amitié, mais d’un amour authentique et chaste, relation de deux hommes en toute innocence. Son succès dans les milieux homophiles catholiques au XXe siècle s’explique par le fait qu’il met l’accent sur les vertus de l’être aimé, davantage que sur un désir charnel, soigneusement nié ; il permet de ne pas sexualiser l’affectivité. Enfin, les cardinaux les plus conservateurs – et les plus homophobes –, tels l’Américain Raymond Burke, l’Allemand Joachim Meisner, l’Italien Carlo Caffarra ou le Guinéen Robert Sarah, qui ont eux-mêmes fait vœu de chasteté, insistent fermement pour que les homosexuels se limitent à des relations d’« amour d’amitié », c’est-à-dire à la chasteté, pour éviter de vivre dans le péché. Ainsi, la boucle est bouclée.

DE JACQUES MARITAIN À JEAN GUITTON, ce monde des « amours d’amitié » constitue une influence souterraine du concile Vatican II.

Jacques Maritain n’a pas lui-même participé au concile mais il a eu une influence importante sur celui-ci en raison de son amitié avec Paul VI. Ce fut également le cas d’autres théologiens influents comme les prêtres Yves Congar, Charles Journet, Henri de Lubac ou Jean Daniélou. Ce dernier est le cas le plus éclairant : le jésuite français, théologien de renom, est appelé comme expert au concile Vatican II par Jean XXIII, avant d’être créé cardinal par Paul VI. Ami de Jean Guitton (ils ont cosigné un livre), Daniélou est entré à l’Académie française grâce à lui. Plutôt progressiste, il fut l’un des proches amis de Paul VI.

On a beaucoup glosé sur sa mort aussi subite qu’extraordinaire, le 20 mai 1974 dans les bras de « Mimi » Santoni, une prostituée de la rue Dulong à Paris. La cause du décès serait vraisemblablement un infarctus pendant l’orgasme. Une version contredite, bien sûr, par les Jésuites qui, devant le scandale suscité à l’époque par l’affaire, ont proposé leur propre version des faits, immédiatement relayée par Le Figaro : le cardinal serait venu apporter de l’argent à la prostituée pour l’aider et serait mort « dans l’épectase de l’apôtre à la rencontre du Dieu vivant ».

Une version que me confirme aujourd’hui le cardinal italien Giovanni Battista Re, qui fut « ministre » de l’Intérieur de Jean-Paul II :

— Jean Daniélou, nous le lisions beaucoup. Nous l’aimions beaucoup. Sa mort ? Je pense qu’il a voulu sauver l’âme de la prostituée, c’est ça. Pour la convertir peut-être. À mon avis, il est mort en apostolat.

Le cardinal Paul Poupard, ami de Daniélou (ils ont signé un livre ensemble), me confirme lui aussi, en levant les mains au ciel, la générosité du cardinal, si humble de cœur, bon comme le pain, venu rédimer les péchés de la prostituée. Peut-être même essayer de sortir du racolage, oh le galant homme, cette fille de mauvaise vie.

Au-delà de la risée que ces explications ont suscitée à l’époque – Daniélou était entièrement dévêtu lors de l’arrivée des pompiers –, l’essentiel, pour nous, est ailleurs. Si Daniélou était vraisemblablement un hétérosexuel pratiquant qui ne faisait évidemment pas partie de Sodoma, son frère en revanche fut clairement homosexuel. Alain est un hindouiste reconnu, spécialiste de l’érotisme divinisé de l’Inde jouissive, de Shiva et du yoga. Il fut aussi l’ami de François Mauriac et du chorégraphe Maurice Béjart. Son homosexualité, connue depuis longtemps, a été confirmée récemment par son autobiographie et par la publication des Carnets spirituels de son frère Jean. On sait qu’Alain a longtemps vécu avec le photographe suisse Raymond Burnier.

La relation entre les deux frères Daniélou est intéressante : il m’est possible d’affirmer aujourd’hui que Jean fut solidaire du choix de vie d’Alain et l’a soutenu durablement dans son homosexualité. Il a voulu prendre en charge le poids des « péchés » d’Alain et se soucier de son âme.

Le cardinal Jean Daniélou est allé plus loin. À partir de 1943, il s’est mis à célébrer chaque mois une messe pour les homosexuels. Ce fait est désormais bien établi (par l’autobiographie d’Alain et par une biographie détaillée consacrée aux deux frères). Il semble que cette messe, qui réunissait également le célèbre spécialiste de l’islam Louis Massignon, un chrétien lui-même homosexuel, se soit perpétuée pendant plusieurs années.

Le point clé ici n’est donc pas tant la mort de Jean Daniélou dans les bras d’une prostituée mais l’organisation par un cardinal en vue, un théologien de renom, proche du pape, de messes régulières destinées au « salut » des homosexuels.

Paul VI le savait-il ? C’est possible mais non pas certain. Toujours est-il que cet entourage largement homophile, ou pro-gay, participe à l’histoire de son pontificat◦– quintessence du « code Maritain ».

« CELUI QUI REGARDE cette séquence picturale se demande quel rapport peut avoir avec nous ce peuple de figures vigoureuses… » À l’occasion du cinquième centenaire de la naissance de Michel-Ange, un étonnant hommage gay-friendly est rendu, le 29 février 1976, par le pape Paul VI au sculpteur italien dans la basilique Saint-Pierre de Rome. En grande pompe, le saint-père chante la mémoire de l’« incomparable artiste » sous la majestueuse coupole qu’il a dessinée, tout près de sa sublime Pietà, que ce « jeune garçon qui n’a pas encore vingt-cinq ans » a fait sortir de ce marbre froid avec la plus grande « tendresse ».

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