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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Humain bascula soudain en arrière, exécuta un saut périlleux comportant une vrille, de sorte qu’il leur tournait le dos lorsqu’il reprit contact avec le sol, puis il s’en alla. Aussitôt, les autres piggies s’animèrent, se dirigeant avec raideur vers Humain, qui les entraîna jusqu’à l’extrémité opposée de la clairière.

Humain s’immobilisa brusquement. Un autre piggy, au lieu de le suivre, lui barrait la route. C’était Mange-Feuille. S’ils parlèrent, Miro ne les entendit pas et ne vit pas leurs lèvres bouger. Toutefois, il vit Mange-Feuille tendre la main et toucher le ventre d’Humain. La main resta quelques instants en place, puis Mange-Feuille pivota sur lui-même et s’enfuit dans la forêt en sautillant comme un jeune.

Quelques instants plus tard, les autres piggies disparurent également.

— C’était une bataille, commenta Miro. Humain et Mange-Feuille. Ils ne sont pas d’accord.

— Sur quoi ? fit Ouanda.

— J’aimerais bien le savoir. Mais j’ai une hypothèse. Si nous faisons venir le Porte-Parole, Humain gagnera. Si nous ne le faisons pas venir, Mange-Feuille gagnera.

— Gagner quoi ? Parce que si nous faisons venir le Porte-Parole, il nous trahira et nous perdrons tout.

— Il ne nous trahira pas.

— Pourquoi pas, si tu me trahis ainsi ?

Sa voix était un fouet et il faillit crier sous la violence de ses paroles.

— Je te trahis ! souffla-t-il. Eu nào. Jamais.

Pas moi. Jamais. »

— Papa a toujours dit que nous devions être unis face aux piggies, qu’il ne fallait jamais leur laisser voir nos désaccords, et toi…

— Et moi ! Je ne leur ai pas dit oui. C’est toi qui as dit non, c’est toi qui as pris une position alors que tu savais que je ne pouvais pas la partager !

— Eh bien, quand nous ne sommes pas d’accord, tu dois…

Elle s’interrompit. Elle venait juste de comprendre ce qu’elle disait. Mais le fait qu’elle se soit interrompue n’empêcha pas Miro de deviner ce qu’elle allait dire. Il devait faire ce qu’elle souhaitait jusqu’au moment où elle changerait d’avis. Comme s’il était son apprenti.

— Pourtant, je croyais que nous faisions équipe.

Il pivota et s’éloigna dans la forêt en direction de Milagre.

— Miro ! appela-t-elle. Miro, je ne voulais pas dire cela…

Il attendit qu’elle le rejoigne, puis lui saisit le bras et souffla avec violence :

— Ne crie pas ! Cela ne te fait donc rien que les piggies puissent nous entendre ? La Zenadora titulaire a-t-elle décidé que nous pouvons leur laisser tout voir, même la titulaire punissant son apprenti ?

— Je ne suis pas… je…

— C’est vrai, tu n’es pas.

Il lui tourna le dos et se remit à marcher.

— Mais Libo était mon père, de sorte que, naturellement, je suis…

— Zenadora par droit héréditaire, compléta-t-il. Le droit héréditaire, c’est ça ? Alors, qu’est-ce que je suis par droit héréditaire ? Un crétin ivrogne qui bat sa femme ? (Il la prit par les bras, serrant cruellement.) C’est ce que tu veux que je sois ? Une copie de mon paizinho ?

— Partons !

Il la repoussa.

— Ton apprenti pense que tu as agi stupidement, martela Miro. Ton apprenti pense que tu aurais dû faire confiance à son opinion sur le Porte-Parole et ton apprenti pense que tu aurais dû écouter ses conseils sur l’importance que les piggies accordent à cette affaire, parce que tu t’es stupidement trompée dans les deux cas et que cela va peut-être coûter la vie à Humain.

C’était une accusation inexprimable, mais c’était exactement ce qu’ils craignaient tous les deux, à savoir qu’Humain finisse comme Rooter, comme d’autres au fil des années, éventré, avec un jeune arbre poussant sur son cadavre.

Miro savait qu’il avait été injuste, savait qu’elle n’aurait pas tort de se mettre en colère. Il n’avait aucun droit de lui faire des reproches alors qu’ils ne pouvaient savoir ni l’un ni l’autre, avant qu’il ne soit trop tard, à quel point Humain jouait gros.

Ouanda ne se mit pas en colère, toutefois. Elle se calma, au contraire, visiblement, respirant avec régularité et contraignant son visage à reprendre une expression impassible. Miro suivit son exemple.

— Ce qui compte, dit Ouanda, c’est d’en tirer le meilleur parti. Les exécutions ont toujours lieu de nuit. Si nous voulons espérer sauver Humain, nous devons faire venir le Porte-Parole cet après-midi, avant la nuit.

Miro acquiesça.

— Oui, dit-il. Et je m’excuse.

— Moi aussi.

— Comme nous ne savons pas ce que nous faisons, nous ne pouvons pas être tenus pour responsables des erreurs possibles.

— J’aimerais pouvoir me persuader qu’il existe une bonne solution.

Ela s’assit sur un rocher et trempa les pieds dans l’eau en attendant le Porte-Parole des Morts. La clôture ne se trouvait qu’à quelques mètres, surmontant la grille en acier qui empêchait les gens de passer dessous à la nage. Comme si quelqu’un avait envie d’essayer ! Pratiquement tous les habitants de Milagre agissaient comme si la clôture n’existait pas. Ne venaient jamais à proximité. C’était pour cette raison qu’elle avait demandé au Porte-Parole de la rejoindre à cet endroit. Bien que la journée fût chaude et l’école terminée, les enfants ne venaient pas se baigner à la Vila Ultima, où la clôture traversait la rivière et frôlait la forêt. Seuls les fabricants de savon, de céramique et de briques venaient ici, puis s’en allaient, leur journée de travail terminée. Elle pourrait dire ce qu’elle avait à dire, sans crainte d’être entendue ou interrompue.

Elle n’eut pas besoin d’attendre longtemps. Le Porte-Parole arriva dans une barque à rames, exactement comme un des fermiers de la rive opposée, qui n’utilisaient pas les routes. Son dos était extraordinairement blanc ; même les quelques Lusos dont la peau était si claire qu’on les appelait Loiros étaient beaucoup plus foncés. Sa blancheur lui conférait un aspect fragile. Mais elle constata ensuite que le bateau remontait rapidement le courant ; que les rames plongeaient toujours exactement à la profondeur requise et que la traction exercée sur elles, était longue, unie ; que ses muscles étaient étroitement enserrés par la peau. Elle éprouva un brusque sentiment de tristesse, puis se rendit compte qu’elle regrettait son père, malgré l’intensité de la haine qu’elle lui vouait ; c’était la première fois qu’elle remarquait que quelque chose lui plaisait, en lui, mais elle regrettait effectivement la puissance de ses épaules et de son dos, la sueur qui rendait sa peau brune luisante comme du verre sous le soleil.

Non, se dit-elle, ta mort ne me fait pas de peine, Cão. J’ai de la peine parce que tu ne ressemblais pas davantage au Porte-Parole, qui n’est pas lié à nous mais nous a cependant fait en trois jours plus de cadeaux que toi pendant toute ta vie ; j’ai du chagrin parce que ton beau corps était rongé par les vers de l’intérieur.

Le Porte-Parole la vit et obliqua vers la rive où elle attendait. Elle avança parmi les roseaux et la vase pour l’aider à échouer la barque.

— Je m’excuse de vous obliger à vous salir, dit-il. Mais il y a une quinzaine de jours que je n’ai pas fait d’exercice, et l’eau m’a tenté…

— Vous ramez bien, apprécia-t-elle.

— La planète d’où je viens, Trondheim, était principalement composée d’eau et de glace. Un rocher par-ci, par-là, un peu d’humus, mais il était plus gênant de ne pas savoir ramer que d’être incapable de marcher.

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