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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Le lendemain matin, Novinha constata presque immédiatement que le Porte-Parole avait tenté de pénétrer dans ses archives. Il n’avait même pas pris la peine de cacher sa tentative et elle chercha immédiatement à savoir jusqu’où il était allé. Il avait effectivement réussi à forcer certaines archives, mais la plus importante, l’enregistrement des simulations que Pipo avait vues, était restée impénétrable. Elle fut surtout contrariée par le fait qu’il n’ait pas tenté de se cacher. Son nom était mentionné dans tous les répertoires d’accès, même ceux qu’un jeune écolier aurait aisément pu changer ou effacer.

Elle décida de ne pas laisser cela influencer son travail. Il s’impose chez moi, manœuvre mes enfants, espionne mes archives, tout ça comme s’il en avait le droit

Et ainsi de suite, jusqu’au moment où elle constata que son travail n’avançait pas parce qu’elle pensait continuellement aux paroles au vitriol qu’elle lui adresserait lorsqu’elle le reverrait.

Ne pense plus à lui. Pense à autre chose.

Miro et Ela riant, avant-hier soir. Pense à cela. Naturellement, Miro était aussi morne que d’habitude le lendemain matin, et Ela, dont la bonne humeur dura un peu plus, fut bientôt aussi inquiète, affairée, sèche et indispensable que de coutume. Et Grego avait effectivement pleuré et embrassé l’homme mais, le lendemain matin, il s’était emparé des ciseaux et avait coupé ses draps en bandes minces et régulières puis, à l’école, il avait donné un violent coup de tête dans le bas-ventre de Frère Adornai, interrompant brusquement le cours, ce qui avait entraîné une conversation grave avec Dona Cristã. Voilà pour les pouvoirs curatifs du Porte-Parole. Il croit sans doute qu’il lui suffit d’entrer chez moi pour arranger tout ce que, selon lui, j’ai mal fait, mais il se rendra compte que certaines blessures ne se cicatrisent pas aussi facilement.

Sauf que Dona Cristã lui avait également dit que Quara avait parlé à sœur Bebei, en classe, devant tous les autres élèves, et pourquoi ? Pour dire qu’elle avait rencontré le terrifiant Falante pelos Mortos, qu’il s’appelait Andrew, et qu’il était aussi horrible que l’avait dit l’évêque Peregrino, et peut-être même plus, parce qu’il avait fait pleurer Grego à force de le torturer… Et, finalement, sœur Bebei s’était vue contrainte de demander à Quara de cesser de parler. Faire sortir Quara de son repli sur soi n’était pas sans risques.

Et Olhado, si timide, si indifférent, était à présent survolté, n’avait pas pu arrêter de parler du Porte-Parole, pendant le dîner, la veille : « Vous rendez-vous compte qu’il ne savait même pas transférer de l’argent ? Et vous ne devinerez jamais quel est son mot clé, tellement il est horrible – je croyais que les ordinateurs étaient censés refuser ce genre de mots… Non, je ne peux pas vous le dire, c’est un secret… En fait, je lui ai appris comment effectuer des recherches, mais je crois qu’il comprend les ordinateurs, il n’est pas idiot – il a dit qu’il avait un programme subordonné, c’est pour cela qu’il a une pierre précieuse à l’oreille… Il m’a dit que je pouvais prendre le salaire que je voulais, bien qu’il n’y ait pas grand-chose à acheter, mais je peux économiser pour plus tard, quand je vivrai seul… Je crois qu’il est vraiment vieux. Je crois qu’il se souvient de choses très anciennes. Je crois que le stark est sa langue maternelle ; il n’y a pas beaucoup de gens, sur les Cent Planètes, qui l’apprennent naturellement ; croyez-vous qu’il puisse être né sur la Terre ? »

Jusqu’au moment où Quim, finalement, lui avait hurlé de ne plus parler de ce serviteur du démon, sinon il demanderait à l’évêque de procéder à un exorcisme parce que Olhado était manifestement possédé ; et, comme Olhado se contentait de ricaner en lui adressant un clin d’œil, Quim quitta la cuisine en coup de vent, puis la maison, et ne rentra qu’au milieu de la nuit.

Le Porte-Parole pourrait tout aussi bien habiter chez nous, parce qu’il influence ma famille même lorsqu’il n’est pas là et que, à présent, il fouille dans mes archives, ce que je n’accepterai pas. Sauf que, comme d’habitude, c’est ma faute, c’est moi qui l’ai appelé, c’est moi qui l’ai fait venir de l’endroit où il habitait. C’était Trondheim. Il dit qu’il y a laissé une sœur… C’est à cause de moi qu’il se trouve dans cette petite ville pitoyable des confins des Cent Planètes entourée d’une clôture qui n’empêche même pas les piggies de tuer tous les gens que j’aime…

Et, une fois de plus, elle pensa à Miro, qui ressemblait tellement à son vrai père qu’elle ne pouvait comprendre pourquoi on ne l’accusait pas d’adultère, l’imagina couché au flanc de la colline, comme l’était Pipo, imagina les piggies l’ouvrant avec leurs cruels poignards en bois. Cela arrivera. Quoi que je fasse, cela arrivera. Et, même si cela n’arrive pas, le jour, où il sera assez âgé pour épouser Ouanda, sera bientôt là, et je serai obligée de lui dire qui il est vraiment, pourquoi ils ne pourront jamais se marier, et il comprendra alors que je méritais effectivement toutes les tortures que Cão m’a infligées, qu’il me frappait avec la main de Dieu afin de me punir pour tous mes péchés. Même moi, se dit Novinha. Ce Porte-Parole m’a contrainte à penser à des choses que je parvenais à oublier pendant des semaines, parfois des mois. Depuis combien de temps n’ai-je pas consacré une matinée à réfléchir à mes enfants ? Et avec espoir, rien de moins. Quand me suis-je autorisée pour la dernière fois à penser à Pipo et à Libo ? Quand ai-je même remarqué pour la dernière fois que je croyais en Dieu, du moins au Dieu vengeur, impitoyable, de l’Ancien Testament, qui détruisait avec le sourire des villes qui ne lui adressaient pas leurs prières… Si le Christ a une valeur quelconque, j’en ignore tout.

Ainsi Novinha passa-t-elle la journée, sans travailler, ses pensées refusant toutefois de la conduire à une conclusion quelconque.

Au milieu de l’après-midi, Quim vint la voir.

— Excuse-moi de te déranger, maman.

— Cela ne fait rien, répondit-elle. De toute façon, je ne peux rien faire aujourd’hui.

— Je sais que tu acceptes qu’Olhado passe tout son temps avec ce salaud démoniaque ; mais j’ai cru devoir t’avertir que Quara est allée là-bas tout de suite après l’école. Chez lui.

— Oh ?

— À moins que tu n’acceptes aussi cela, maman ? Qu’as-tu l’intention de faire ? Changer les draps et le laisser prendre complètement la place de papa ?

Novinha se leva d’un bond et avança sur l’adolescent, animée d’une fureur glacée. Il recula devant elle.

— Excuse-moi, maman, j’étais dans une telle colère…

— Pendant toutes les années de mon mariage avec votre père, je ne l’ai pas autorisé une seule fois à lever la main sur mes enfants. Mais s’il était encore en vie, aujourd’hui, je lui demanderais de te fesser !

— Tu pourrais le lui demander, répliqua Quim sur un ton de défi, mais je le tuerais avant qu’il ait pu poser la main sur moi. Tu aimais peut-être les coups, mais je ne les accepterai jamais, de personne !

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