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La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]

Электронная книга - «La voix des morts [Speaker for the Dead - fr]». Краткое содержание книги:

3 000 ans ont passé depuis le massacre des doryphores. Mais seulement vingt-six ans pour Ender Wiggin. Paradoxe de la relativité du temps dans l’espace ! Hanté par sa participation au génocide d’un peuple, Ender poursuit sa quête : trouver une planète où il pourra enfin déposer le cocon de la reine des doryphores.
Serait-ce Lusitania ? Là vivent les piggies, drôles de petits cochons à l’esprit agile. Des êtres étranges, véritable énigme pour les hommes. N’ont-ils pas assassiné, sans mobile apparent, le scientifique qui les étudiait ? Une mort mystérieuse et rituelle. Ender s’est jure de découvrir la vérité sur ce meurtre. Malgré la peur et l’incompréhension des hommes.
La paix régnera-t-elle un jour entre des races aussi différentes ? Les hommes, les piggies et… pourquoi pas les doryphores ?
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Elle ne prit pas de décision consciente ; sa main décrivit un arc de cercle et lui frappa le visage avant même qu’elle ait compris ce qui arrivait.

La gifle ne pouvait pas être très douloureuse. Mais il fondit immédiatement en larmes, tomba et resta assis par terre, tournant le dos à Novinha.

— Excuse-moi, excuse-moi, murmurait-il entre les sanglots.

Elle s’agenouilla derrière lui et, maladroitement, lui frotta les épaules. Elle se rendit compte que, la dernière fois qu’elle l’avait pris dans ses bras, il avait l’âge de Grego. Quand ai-je décidé d’être aussi froide ? Et pourquoi, le jour où je l’ai touché à nouveau, lui ai-je donné une gifle au lieu d’un baiser ?

— Ce qui se passe m’inquiète également, dit Novinha.

— Il détruit tout, insista Quim. Il est venu et tout se transforme.

— De toute façon, Estevão, la situation n’était pas tellement brillante et la transformation est peut-être un bien.

— Pas de cette façon. La confession, la pénitence et l’absolution, voilà la transformation dont nous avons besoin.

Ce n’était pas la première fois que Novinha enviait à Quim sa certitude que les prêtres étaient en mesure de laver des péchés. C’est parce que tu n’as jamais péché, mon petit, c’est parce que tu ignores tout de l’impossibilité de la pénitence.

— Il me semble que je dois avoir une conversation avec le Porte-Parole, dit Novinha.

— Et tu vas ramener Quara à la maison ?

— Je ne sais pas. Je suis bien obligée de constater qu’il est parvenu à la faire parler de nouveau. Et ce n’est pas comme si elle l’aimait. Elle dit continuellement du mal de lui.

— Dans ce cas, pourquoi est-elle allée chez lui ?

— Pour lui dire des méchancetés, je suppose. Tu dois reconnaître que cela est préférable à son silence.

— Le démon détourne l’attention en feignant de faire de bonnes actions, puis…

— Quim, ne me fais pas un cours de démonologie. Conduis-moi chez le Porte-Parole et je m’occuperai de lui.

Ils prirent le chemin longeant la courbe de la rivière. Les serpents d’eau muaient, de sorte que les lambeaux et fragments de peau pourrie rendaient le sol glissant. C’est la tâche que j’entreprendrai ensuite, se dit Novinha. Il faut que je trouve comment fonctionnent ces horribles petits monstres, afin de pouvoir peut-être les transformer en quelque chose d’utile. Ou, du moins, les empêcher de salir et d’empuantir les rives pendant six semaines par an. Le seul avantage paraissait être que les peaux semblaient fertiliser le sol ; l’herbe tendre des rives poussait en grosses touffes aux endroits où les serpents muaient. C’était la seule forme de vie originaire de Lusitania qui fût douce et agréable ; pendant tout l’été, les gens venaient au bord de la rivière et s’allongeaient sur les bandes étroites de gazon naturel qui serpentaient entre les roseaux et l’herbe rude de la prairie. Les peaux pourries, malgré les désagréments qu’elles procuraient, promettaient de bonnes choses pour l’avenir.

Les réflexions de Quim étaient apparemment analogues.

— Maman, pourrions-nous planter un peu de cette herbe près de notre maison, un jour ?

— C’est une des premières choses que tes grands-parents aient tentées, il y a de nombreuses années. Mais ils n’ont pas trouvé le moyen de le faire. Ces herbes produisent du pollen, mais pas de graines, et, lorsqu’ils ont tenté de les transplanter, elles ont vécu quelque temps, puis sont mortes et n’ont pas repoussé l’année suivante. Je suppose qu’elles doivent impérativement se trouver près de l’eau.

Quim grimaça et accéléra le pas, manifestement un peu fâché. Novinha soupira. Quim se sentait apparemment toujours visé lorsque l’univers ne fonctionnait pas conformément à ses désirs.

Ils arrivèrent chez le Porte-Parole quelques instants plus tard. Les enfants, naturellement, jouaient sur la praça. Ils haussèrent le ton pour couvrir le bruit.

— C’est ici, dit Quim. Je pense que tu devrais emmener Quara et Olhado.

— Merci de m’avoir conduite, répondit-elle.

— Je ne plaisante pas. C’est une grave confrontation entre le bien et le mal.

— Comme tout le reste, acquiesça Novinha. Le plus difficile, c’est de les distinguer. Non, non, Quim, je sais que tu pourrais m’expliquer cela en détail, mais…

— Ne sois pas condescendante, maman.

— Mais, Quim, cela semble naturel, compte tenu de ta condescendance vis-à-vis de moi.

La colère crispa son visage.

Elle tendit le bras et le toucha maladroitement, tendrement ; son épaule se crispa sous l’effet du contact, comme si sa main était une araignée venimeuse.

— Quim, reprit-elle, ne cherche plus à m’enseigner le bien et le mal. J’ai fait le voyage et toi, tu as seulement regardé la carte.

Il chassa sa main d’un haussement d’épaules puis s’éloigna à grands pas. Je regrette l’époque où nous restions parfois des semaines sans nous adresser la parole.

Elle frappa dans ses mains. Quelques instants plus tard, la porte s’ouvrit. C’était Quara.

— Oi, Mãezinha, dit-elle, tambén veto jogar ?

Toi aussi, tu es venue jouer ?

Olhado et le Porte-Parole jouaient à la guerre interstellaire sur le terminal. Le Porte-Parole bénéficiait d’une machine dotée d’un champ holographique très étendu et précis, de sorte que les deux joueurs manœuvraient des escadrilles d’une douzaine de vaisseaux. C’était très complexe et ils ne levèrent pas la tête pour la saluer.

— Olhado m’a dit de me taire, sinon il m’arracherait la langue et me la ferait manger en sandwich, dit Quara. Alors tu ferais bien de ne rien dire avant la fin de la partie.

— Prenez la peine de vous asseoir, murmura le Porte-Parole.

— Vous êtes fichu, Porte-Parole ! annonça fièrement Olhado.

Plus de la moitié de la flotte du Porte-Parole disparut dans une succession d’explosions simulées. Novinha prit place sur un tabouret.

Quara s’assit par terre près d’elle.

— Je vous ai entendus parler, dehors, toi et Quim. Vous criiez, alors nous avons tout entendu.

Novinha se sentit rougir. Elle fut contrariée que le Porte-Parole ait pu l’entendre se quereller avec son fils. Cela ne le regardait pas. Ce qui se passait dans sa famille ne le regardait pas. Et elle n’approuvait absolument pas les jeux guerriers. De toute façon, ils étaient archaïques et démodés. Il n’y avait pas eu de batailles dans l’espace depuis des siècles, sauf si l’on comptait les escarmouches avec les contrebandiers. Milagre était une ville tellement paisible que l’arme la plus dangereuse était la matraque de l’officier de police. Olhado n’assisterait jamais à une bataille, et il était entièrement absorbé par un jeu guerrier. Peut-être l’évolution avait-elle inscrit cela dans la nature des mâles de l’espèce, le désir de faire voler les rivaux en éclats ou bien de les réduire en bouillie. Peut-être la violence dont il avait été témoin à la maison l’avait-il conduit à la rechercher dans ses jeux. Ma faute. Encore ma faute.

Soudain, Olhado poussa un cri de frustration tandis que sa flotte disparaissait dans une série d’explosions.

— Je n’ai rien vu ! Je ne peux pas y croire ! Je n’ai rien vu venir !

— Alors, ne le crie pas sur les toits, dit le Porte-Parole. Repasse la bataille, ainsi tu verras comment j’ai fait et tu pourras contrer la prochaine fois.

— Je croyais que les Porte-Parole étaient comme les prêtres. Comment se fait-il que vous soyez aussi fort en tactique ?

Le Porte-Parole adressa un sourire entendu à Novinha et répondit :

— Parfois, amener les gens à dire la vérité est un peu comme une bataille.

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