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La vieille qui marchait dans la mer

Электронная книга - «La vieille qui marchait dans la mer». Краткое содержание книги:

Lorsqu'on demande à Stephen King, le fameux romancier américain, pourquoi il a choisi d'écrire sur des sujets aussi macabres, il répond : « Qu'est-ce qui vous fait penser que j'ai le choix ? »
Un romancier ne l'a jamais, il obéit au papier, un point c'est tout !
Pour ma part, lorsque j'ai commencé ce livre, j'avais l'intention d'écrire une histoire cocasse, haute en couleur : celle d'une vieille aventurière qui se donne un dauphin avant de raccrocher, et le forme à l'arnaque.
Je ne me doutais pas, à cet instant, que j'allais commettre l'ouvrage le plus grinçant de ma carrière, m'enfoncer dans un conte de fées noir à vous en flanquer le vertige, et peut être même dépasser certaines limites.
Mais je ne regrette rien. Quand on est capable de tout il faut le prouver.
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— De quel appartement parlez-vous ?

Elle fulmina :

— Ecoute, Marco, tu me fais marcher et je déteste ça !

Le film s’achevait. L’écran redevint blanc, mais les gens du bord s’abstinrent de remettre la carte de l’Atlan tique, signifiant ainsi aux passagers qu’il convenait de dormir.

— Milady ! Mais que vous arrive-t-il ? Je ne suis pas Marco, mais Lambert. Nous ne sommes pas au cinéma mais dans un Boeing 727 et il n’existe pas d’appartement dont je serais susceptible d’avoir les clés !

Tout en parlant, il actionnait les deux projecteurs de siège : le sien et celui de Milady, offrant à sa compagne sa figure éclairée.

Elle eut un léger tressaillement et sourit.

— Je te demande pardon, petit d’homme : je devais rêver. Rêver sans dormir, comme il arrive parfois, tu sais ?

Il acquiesça, mais l’incident le troublait. Il était convaincu que, durant un laps de temps assez bref, Milady avait eu un passage à vide ; comme une saute du cerveau. Il se dit que, malgré ses airs bravaches, le suicide de Pompilius devait la perturber, du moins de façon subconsciente, et qu’elle s’était mise à dérailler.

— Comment vous sentez-vous, Milady ?

— On ne peut mieux. Je traverse l’océan en te tenant par la main, mon bel archange, que pourrais-je souhaiter de plus beau ?

Il aurait aimé la questionner à propos de l’incident, pour savoir par exemple qui était ce Marco à qui elle croyait parler. A quelle époque de sa vie se situait-il ? Et à quel appartement faisait-elle allusion ?

Mais il refréna sa curiosité, se disant que ce ne serait pas bon pour le mental de la vieille.

— Nous devrions essayer de dormir, dit-il ; c’est indispensable pour être en forme demain.

Milady approuva et se blottit contre son épaule. Au bout d’un moment, elle déclara que l’accoudoir de séparation la gênait et que s’il l’ôtait, car la chose était amovible, elle pourrait poser sa tête sur les genoux de Lambert. Il décrocha donc l’accoudoir et elle put s’étendre en équerre ; elle mit sa joue contre le sexe ramassé du jeune homme.

« C’est comme un petit animal assoupi, Seigneur. Si je n’avais pas peur de saloper son futal en le souillant de mon rouge à lèvres, je lui mordillerais la queue à travers l’étoffe. Mais déjà, ma joue, c’est bien. Ce garçon est un formidable don de Votre ciel majestueux, Seigneur. Trouver un être aussi jeune, aussi beau et qui me soit soumis pareillement ! Voilà bien l’une des félicités qu’on espère de Vous, Tout-Puissant éclatant de gloire à chier partout ! Dieu de tous les pardons ! Emanation suprême de la mansuétude et de tout le fourbi qui enrichit l’âme, la rend légère comme une gouttelette de foutre ! Je Te prie, Beau Seigneur alléchant, dont certains nient l’existence pour faire les malins, les enculés profonds. Je chante Ton immortalité. Souverain absolu ! Que Ton Magistral Nom soit sanctifié ! Oh ! oui, qu’il le soit de fond en comble ! »

— Vous chantez, Milady ? demanda Lambert, inquiet.

— Je fredonne de bonheur, expliqua-t-elle. Vois-tu, mon Lambert, cela valait le coup de devenir très vieille pour te connaître.

— Parlez moins fort, Milady ! supplia-t-il, effrayé ; les autres passagers vous écoutent !

— Eh bien ! qu’ils m’entendent ! Le bonheur, ça se clame ; le bonheur, ça se crie, ça se hurle ! Je voudrais me trouver sur quelque sommet des Alpes et lancer ma joie de t’aimer à tous les échos. Prends mon mouchoir, dans mon sac à main et donne-le-moi. »

Il se pencha par-dessus Milady et se saisit du réticule de croco qu’elle avait accroché à la tablette-repas. Il répugna à l’ouvrir, un sac à main, pour Lambert, représentant au plus haut niveau l’intimité d’une femme. Il se contenta d’en actionner le fermoir et de le présenter entrouvert à sa compagne. Elle cueillit le mouchoir et s’en frotta les lèvres avec vigueur.

Quand elle estima que tout le rouge était effacé, elle ouvrit la bouche sur la protubérance qui gonflait le pantalon du garçon et se contenta de garder entre ses fausses dents le sexe inerte de Lambert.

« Je ne lui en ferai pas davantage, Seigneur, n’insistez pas ! Heureusement que personne ne peut me voir : je dois avoir l’air con d’un chien qui rapporte le journal ! ».

22

Peu avant l’arrivée à New York, une hôtesse proposa de demander une chaise roulante à l’intention de Milady qui refusa avec hauteur, mais Lambert la fit revenir sur sa décision en lui faisant valoir que les formalités de débarquement s’en trouveraient simplifiées pour eux. Il ajouta même qu’il serait judicieux d’utiliser cette astuce désormais. Le mot « astuce » eut raison de l’orgueil de Lady M. Du moment que la chose relevait de l’arnaque, elle était partante.

Comme elle organisait tout avec minutie, on les attendait au Kennedy Airport : un chauffeur en livrée du Waldorf Astoria qui pilotait une gigantesque limousine noire, long châssis, transformée en salon roulant. Les sièges se faisaient vis-à-vis ; un bar d’acajou, un poste de télévision, le téléphone et des rideaux achevaient de donner à ce véhicule un confort sédentaire.

Ému de se trouver à New York, Lambert gardait le nez collé à la vitre teintée, contemplant avec avidité la ville la plus fameuse de la planète. Pour l’instant, il n’apercevait qu’un quartier triste et malpropre, avec des magasins sans grand panache. Les Noirs s’y trouvaient en majorité, du moins avait-il ce sentiment.

Milady, elle, songeait aux tubes de teinture de Pompilius. Après les funérailles du Roumain, elle avait prié les domestiques de rassembler tout ce qui lui avait appartenu : vêtements et objets, et de les donner à des pauvres.

Mais elle était convaincue que les Philippins avaient vendu toutes ces choses à quelque brocanteur de l’endroit. Ils avaient débarrassé la chambre du mort de sa garde-robe, des livres qu’il lisait, du portrait de son père peint en pied dans un uniforme chamarré, des statuettes indonésiennes ramenées de Bah. Ils avaient ramassé jusqu’à son vieux stylo Waterman à remplissage à pompe ; jusqu'à son papier monogrammé jusqu’aux semelles d’acier correctives qu’il plaçait dans ses chaussures. Il ne subsistait rien du souvenir de Pompilius dans la pièce, rien sinon quelques brins de l’étoffe torsadée dont il s’était servi pour se pendre et qui restaient accrochés dans la boucle de suspension du lustre.

Voilà que lady M. songeait à la teinture. Les tubes rose sombre étaient restés dans l’armoire à pharmacie de la salle de bains, elle en était certaine. Elle téléphonerait en arrivant au Waldorf pour dire aux domestiques de les jeter aux ordures.

— Ça y est ! exulta Lambert : on voit Manhattan !

Il se tourna vers Lady M.

— Regardez, Milady !

Puis il devint grave :

— Vous pleurez ?

A travers ses larmes, elle le voyait trouble, comme un visage contemplé par une vitre ruisselante de pluie. Trouble, mais toujours beau, toujours princier.

— Où as-tu pris ça ! bougonna-t-elle.

Il n’insista pas. Néanmoins une obscure jalousie le tenailla parce qu’il se sentait étranger à ces larmes. Cela dit, cette peine prouvait qu’elle restait humaine quelque part.

On leur avait réservé une suite dans les Towers, la partie la plus huppée du Waldorf. Meublé en Louis XVI, l’appartement se composait d’une grande chambre, d’un salon dont un canapé logé dans une sorte d’alcôve pouvait servir de lit, d’une immense salle de bains et d’une entrée servant de dressing.

Ce fut lui qui défit les valises, commençant par celles de Milady. Il accrocha ses robes dans des penderies après avoir sélectionné celles qu’il convenait de donner à repasser. Ensuite, il rangea méticuleusement son linge de corps dans les tiroirs. Elle ne portait pas des dessous de vieillarde, mais des lingeries suggestives noires, roses ou blanches, garnies de dentelles et de broderies légères. Elle le regardait agir d’un œil béat. De le voir, manipuler ses slips l’excitait.

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