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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Ojsternig fit signe à Mikael d’approcher. Il avait à la main des documents de la paroisse de Notre-Dame des Neiges. Il pointa le doigt sur le parchemin. « Tu n’es pas inscrit dans la liste de mes serfs. Je me suis informé et j’ai découvert que tu n’es pas le fils de la sage-femme. Elle t’a acheté ici, à Dravocnik. Tu es encore moins qu’un bâtard. » Il éclata de rire. « T’as pas de père ni de mère ? »

Mikael fit signe que non.

« Tu ne sais même pas qui c’était ? »

Mikael ne baissa pas les yeux. Il fixait les lèvres d’Ojsternig, et pensait au moment où elles avaient prononcé la condamnation à mort de son père.

Ojsternig vit les yeux de Mikael briller de haine. « Aujourd’hui, tu ramasseras la merde à la main. Tu t’arrêteras deux heures avant le coucher du soleil et tu t’en iras. Je ne veux pas de toi ici. »

Mikael s’apprêtait à sortir quand Arialdo de Tarvis, tout essoufflé, entra dans la grande salle en agitant une lettre fermée par un grand cachet de cire. « La dépêche de l’empereur, Votre Seigneurie ! La réponse ! »

Ojsternig brisa le cachet et ouvrit la dépêche.

À mesure qu’il lisait, les traits de son visage se firent plus durs.

Une vague de colère traversa Ojsternig. Il jeta la dépêche au visage d’Arialdo. « Qu’est-ce que ça veut dire ? », hurla-t-il.

Celui-ci parcourut rapidement la lettre et pâlit. « Votre Seigneurie…, commença-t-il prudemment.

— Alors, qu’est-ce que ça veut dire ? répéta Ojsternig d’un ton glacial.

— Votre Seigneurie, vous l’avez lu vous-même…, répondit le comptable.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? cria Ojsternig. Robert III ne me reconnaît pas comme prince du royaume de Saxe ? »

Arialdo se jeta à genoux. « Votre Seigneurie…, balbutia-t-il, ce ne sont pas mes mots mais ceux de Robert III… et… il estime que Votre Seigneurie ne présente pas le lignage requis… bref, vous êtes un de ses vassaux, mais…

— Et que peut-il me faire ? tonna Ojsternig.

— Mais, Votre Seigneurie… ! » Le visage d’Arialdo devint tout blanc. « C’est l’empereur ! »

Ojsternig bondit sur ses pieds et le gifla, tandis qu’Harro grognait, prêt à attaquer.

Le comptable gémit et resta immobile, tête baissée, sans parler.

« L’empereur va nommer un nouveau prince de Saxe parmi ses dignitaires ? s’exclama Ojsternig d’un ton méprisant. Je les égorgerai comme des porcs. Personne ne m’enlèvera ce que j’ai conquis. Pas même l’empereur, aussi vrai que Dieu existe !

— Votre Seigneurie…, reprit tout bas Arialdo, réfléchissant d’autant plus vite qu’il avait peur, il y aurait peut-être une solution… »

Ojsternig devint attentif. « Parle.

— Robert III dit qu’il ne nommera un nouveau prince que lorsqu’il sera assuré qu’il n’existe plus d’héritiers légitimes de la maison de Saxe… »

Mikael sentit un frisson courir le long de son échine.

Ojsternig saisit Arialdo par sa casaque, comme un sac vide. « Viens-en au fait ! Parle ! »

Arialdo de Tarvis tourna son regard vers Mikael. « Il y a ce garçon, Votre Seigneurie… l’argument est délicat… »

Ojsternig se tourna vers Mikael et vit seulement alors qu’il était toujours là. Lâchant le comptable, il prit Mikael par un bras et le tira avec fureur vers la porte, le traînant sur le sol après l’avoir fait tomber.

Harro hurla, de sa voix profonde, comme navré.

Sur le pas de la porte, Ojsternig souleva Mikael et le jeta violemment dehors.

Pendant qu’il dégringolait dans l’escalier, Mikael entendit Ojsternig dire : « Voilà, le ramasse-merde est parti. Parle maintenant ! »

Tandis que la tête de Mikael heurtait violemment le mur, la porte en vieux chêne se referma avec fracas.

Mikael sentit quelque chose de chaud couler dans ses cheveux. Il porta la main à l’endroit où sa tête avait cogné, et regarda ses doigts. Ils étaient rouges de sang. Il se releva. Sa tête tournait, ses jambes étaient molles. Il commença à descendre la seconde rampe d’escalier.

À la hauteur de la chambre des prostituées, il eut un malaise et tomba. Il se releva aussitôt en vacillant et s’appuya contre le mur.

« T’es blessé ! », s’écria une des prostituées, une gamine qui n’avait pas quatorze ans. Elle se précipita à son secours. « Tu saignes, dit-elle.

— Non… ça va… », murmura Mikael avant de s’évanouir.

Quand il rouvrit les yeux, il était étendu sur deux chaises qu’on avait accolées et les jeunes prostituées l’entouraient en souriant, comme ranimées par cet événement imprévu. L’une lava sa blessure, l’autre l’essuya, une autre la banda, et toutes sans distinction le traitaient comme un poupon.

« Donne un baiser de ma part à Gregor », lui dit Emöke quand Mikael se releva.

Il sentit ses yeux s’emplir de larmes.

« Allons, allons, pleure pas, lui dit une des prostituées en le serrant contre sa poitrine. C’est rien, juste une vilaine bosse. Cette nuit, t’auras mal à la tête et demain tu t’en rappelleras plus. »

Puis, l’une après l’autre, elles le serrèrent contre elles, savourant la propreté d’une chaleur comme elles n’en avaient plus connu depuis longtemps. Elles le couvraient de baisers, y compris sur les lèvres.

Pendant ce temps, Ojsternig descendait l’escalier tout excité, suivi par le comptable hors d’haleine. « On a besoin d’argent ! s’exclama Ojsternig. Nous allons pressurer ces vilains. Et s’ils ne paient pas, je leur ôterai la vie ! » Il se mit à rire. « Agomar ! Agomar ! cria-t-il en sortant dans la cour. Rassemble les hommes ! Demain je vous veux au grand complet pour aller dans la Raühnvahl sonner les cloches à ces têtes de mule ! » Il brailla de rire.

Dans la salle des prostituées, le silence retomba.

« Cette nuit, ils vont se saouler et nous faire du mal, dit la plus ancienne. Préparez-vous, les filles. » Elle caressa la tête de Mikael et lui dit, d’une voix d’où toute chaleur avait disparu : « Rentre chez toi, petit ».

Mikael sortit du palais d’un pas incertain. Il tomba de nouveau. Le chef des serviteurs, un homme grand et maigre, remarqua le bandage ensanglanté. « Rentre chez toi. J’ai entendu le seigneur dire qu’il ne voulait pas t’avoir dans les pattes. Il ne s’apercevra de rien si tu ne ramasses pas la merde aujourd’hui. »

Mikael se releva en vacillant.

Le chef des serviteurs fit signe à Eberwolf qui travaillait dans la boucherie. « Ramène-le chez lui, lui ordonna-t-il. Il y arrivera pas tout seul. »

Dès qu’ils eurent dépassé Dravocnik, Eberwolf le frappa du poing à l’endroit où il portait son bandage, se mit à rire et dit : « Va falloir me le présenter, celui qui t’a fait ça. Je veux lui serrer la pince ! » Il le poussa pour le faire avancer plus vite. « Allez, bouge-toi, Crottin Sec ! »

Mikael avait du mal à marcher. Par moments, sa vue se brouillait, ses jambes flageolaient. Il avait une vague sensation de nausée. Sa blessure commençait à battre douloureusement.

Le col franchi, Eberwolf se tourna vers lui. « Je te laisse, Crottin Sec. Tu marches pas assez vite. J’ai pas envie d’arriver à la nuit, j’aime pas trop la compagnie des loups. Tâche de pas te perdre. » Et il commença à redescendre.

Mikael était trop assommé pour avoir peur. Impossible de garder les yeux ouverts, tout son corps paraissait vouloir s’endormir. À grand-peine, il atteignit un torrent minuscule, presque à sec. Il marcha d’un pas incertain sur les grosses pierres et s’agenouilla au-dessus d’un creux rempli d’eau limpide et glacée. Il s’y rinça plusieurs fois le visage. Comme la douleur augmentait, il se coucha sur le dos et plongea sa tête dans l’eau. Il compta six fois jusqu’à cinquante, comme Agnete le lui avait appris, et dit tout haut : « Trois cents ». Alors il se releva et reprit sa marche, en frissonnant.

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