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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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La douleur s’était atténuée, mais il faisait noir maintenant. Il avançait de plus en plus lentement, butait sur les cailloux. Le silence de la nuit n’était interrompu que par le bruit de ses pas sur le tapis de feuilles sèches et les cris des premiers rapaces nocturnes. Malgré l’étourdissement, il commença à avoir peur. Il retenait son souffle, l’oreille tendue vers chaque petit bruit, chaque froissement de branches qui indiquerait la présence d’un loup. Il atteignit enfin le petit pont sur l’Uque. Il n’était plus très loin. Il marcha le plus vite qu’il put. Moins d’une demi-heure plus tard, il ouvrait la porte de la baraque.

Il ne fit que quelques pas tandis qu’Agnete et Eloisa se levaient de leur paillasse, le visage marqué par l’inquiétude, et tomba sur le plancher.

« Gamin, qu’est-ce que t’as fait ? s’exclama Agnete en venant à son secours.

— Qu’est-ce qu’il lui est arrivé, mère ? dit Eloisa d’une voix angoissée.

— C’est justement ce que je lui demande, crétine. Gamin… gamin… tu m’entends ?

— Appelez-le par son nom, mère », dit Eloisa, les yeux voilés de larmes.

Mikael sourit faiblement.

Elles l’étendirent sur la paillasse. Agnete dénoua le bandage qui lui entourait la tête et examina la blessure. « C’est rien, dit-elle.

— Mais alors, pourquoi il est comme ça ?

— On voit que ça lui a remué les humeurs internes…

— Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ?

— Il ne faut pas qu’il s’endorme profondément, parce que parfois on ne se réveille plus », dit Agnete.

Eloisa fondit en larmes.

« Au lieu de pleurer, tâche plutôt de le garder éveillé pendant que je prépare un emplâtre pour absorber les humeurs », maugréa sa mère. Elle ouvrit la cassette où elle rangeait ses herbes.

« Mikael », murmura Eloisa d’une toute petite voix.

Il ouvrit les yeux et la regarda. « Tu t’es lavée ? », demanda-t-il.

Eloisa ne comprit pas.

« Te lave pas…, dit Mikael, suspendu entre rêve et réalité. Je veux pas que tu meures…

— Non, je me lave pas », répondit Eloisa en pleurant.

Agnete la poussa rudement. « Si je t’entends pleurer encore une seule fois, je te jure que tu t’en prendras une dont tu te souviendras, comme ça t’auras une raison de chigner. » Elle souleva la tête de Mikael, y étala un emplâtre qui sentait la résine et la menthe puis refit le bandage. « Force-le à parler, dit-elle à sa fille en s’asseyant à table, préoccupée.

— Mikael, dit Eloisa, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? »

Il lui sourit d’un air hébété.

« Raconte-moi qui t’a fait du mal, dit-elle.

— Ojsternig…, fit Mikael. Ojsternig…

— Pourquoi ?

— Il a tué mon père, tu sais ?

— T’as pas de père ! », s’exclama Agnete. Elle se leva, prit la cruche d’eau et lui en aspergea un peu le visage.

« Ojsternig…, reprit Mikael avant de s’arrêter et de fermer les yeux.

— T’endors pas, gros bêta. Ojsternig…

— Ojsternig…

— Oui, Ojsternig… ?

— Il va venir demain… », murmura Mikael. Soudain il s’agita. « Vous devez vous sauver… vous sauver… Il vient avec Agomar… C’est Agomar qui les a tous tués… même Eilika… et le maréchal-ferrant aussi, il lui a coupé le bras… et puis la fille… elle pleurait et il lui a dit…

— Qu’est-ce qu’il va venir faire ici, Ojsternig ? intervint Agnete en aspergeant de nouveau son visage avec de l’eau.

— Agomar… “allons sonner les cloches à ces têtes de mule”, dit Mikael.

— Qu’est-ce qu’il dit, mère ?

— Va savoir. » Agnete le gifla doucement. « Écoute-moi, gamin. Il vient pour faire quoi, Ojsternig ?

— “On a besoin d’argent ! s’exclama Mikael en imitant Ojsternig. Il a dit ça. On va pressurer ces vilains. Et s’ils ne paient pas, je leur ôterai la vie ! Agomar ! Agomar ! Rassemble les hommes ! Demain, je vous veux au grand complet pour aller dans la Raühnvahl faire sonner ces têtes de mule !”

— C’est ça qu’il a dit ? Et après il t’a fait ça ?

— “On a besoin d’argent ! On va pressurer ces vilains ! Et s’ils ne paient pas, je vais leur pressurer aussi la vie !” » Puis il parut redevenir lucide. Il regarda Agnete et Eloisa, et s’écria : « Sauvez-vous ! Vous devez vous sauver !

— Oh, Dieu tout-puissant ! dit Agnete. Ce bâtard va venir demain et il va nous fouiller jusque dans la culotte. » Elle se leva et se gratta la tête pour réfléchir. « Je dois tous les avertir. » Elle regarda sa fille et Mikael. « Dieu te bénisse, gamin, murmura-t-elle en sortant. Le laisse pas s’endormir. »

Agnete courut jusqu’à Notre-Dame des Neiges et frappa au petit presbytère. « Curé ! Curé ! Réveille-toi, curé ! »

Un instant plus tard, une bougie tremblante à la main, frère Timotej apparut en chemise, son bonnet de nuit sur la tête. « Grand Dieu, Agnete, qu’est-ce qui se passe ? Quelqu’un est donc en train de mourir, pour que tu cherches Dieu ?

— Mais quel Dieu ? J’ai besoin de tes cloches, curé.

— Pourquoi ?

— Sonne les cloches si tu veux pas m’entendre jurer, dit Agnete avec fougue. Et habille-toi ! »

Peu de temps après, les cloches de la petite église faisaient entendre leur voix plaintive. Les habitants de la vallée accoururent, somnolents, inquiets.

« Écoutez-moi, leur dit Agnete quand ils furent tous rassemblés. Demain, Ojsternig va venir avec ses sbires pour nous dépouiller. Je sais pas ce qu’il trame, mais croyez-moi, vous étiez habitués au prince de Saxe, qui était bien différent de ce fichu bâtard. J’en ai connu, des princes comme Ojsternig. Il mettra nos maisons sens dessus dessous, il détruira nos meubles pour trouver ce qu’il cherche.

— Et alors ? dit une voix anxieuse au nom de tous.

— Et alors, faut qu’il trouve rien, répondit Agnete.

— Comment on fait ? demandèrent plusieurs voix en chœur.

— Si on cache tout ce qu’on possède et que le grand bâtard trouve rien, plusieurs y laisseront la vie. Mais si on en cache seulement une partie, et qu’on les laisse trouver le reste, ils croiront que c’est tout ce qu’on a.

— C’est juste, ajouta le frère Timotej.

— Ce qu’on ne veut pas qu’ils trouvent, poursuivit Agnete, on va le cacher en lieu sûr, en faisant un grand trou au pied du pont de bois. Une seule cachette pour tout le monde. Trop de cachettes, ça augmente la possibilité qu’ils les découvrent. Chacun de nous saura ce qu’il a mis dans le trou. Et personne profitera de la situation pour embrouiller les autres et les voler, j’ai pas raison ?

— Bien sûr. » De nouveau en chœur.

« Soyez pas radins, ne cachez pas tout. Seulement la moitié de ce que vous avez, continua-t-elle. Dans cette guerre, de toute façon, on y perdra. C’est eux les puissants, nous, on est les serfs. On n’a aucune chance de gagner. Ce que vous ne cacherez pas, séparez-le encore en deux moitiés. Une moitié que vous leur donnerez quand ils nous demanderont nos sous. Une autre moitié que vous cacherez, mais pas trop bien. Ils nous prennent pour des paysans stupides, donc ils ne s’étonneront pas d’être plus malins que nous quand ils trouveront votre cachette, et ils nous riront à la figure. Comme ça, ils seront sûrs qu’on n’a rien d’autre. Mais c’est eux qui l’auront dans le cul !

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