Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Sur cette demande, la fausse Fatime, qui, pour mieux jouer son rôle, avait affecté jusqu’alors d’avoir la tête baissée, sans même la détourner pour regarder d’un côté ou de l’autre, la leva enfin et parcourut le salon des yeux d’un bout jusqu’à l’autre, et quand elle l’eut bien considéré: «Princesse, dit-elle, ce salon est véritablement admirable et d’une grande beauté. Autant néanmoins qu’en peut juger une solitaire, qui ne s’entend pas à ce qu’on trouve beau dans le monde, il me semble qu’il y manque une chose. – Quelle chose, ma bonne mère? reprit la princesse Badroulboudour; apprenez-le-moi, je vous en conjure. Pour moi, j’ai cru, et je l’avais entendu dire ainsi, qu’il n’y manquait rien; s’il y manque quelque chose, j’y ferai remédier.
«- Princesse, repartit la fausse Fatime avec une grande dissimulation, pardonnez-moi la liberté que je prends. Mon avis, s’il peut être de quelque importance, serait que si, au haut et au milieu de ce dôme, il y avait un œuf de roc suspendu, ce salon n’aurait point de pareil dans les quatre parties du monde, et votre palais serait la merveille de l’univers.
«- Ma bonne mère, demanda la princesse, quel oiseau est-ce le roc, et où pourrait-on en trouver un œuf? – Princesse, répondit la fausse Fatime, c’est un oiseau d’une grandeur prodigieuse qui habite au plus haut du mont Caucase, et l’architecte de votre palais peut vous en trouver un.»
Après avoir remercié la fausse Fatime de son bon avis, à ce qu’elle croyait, la princesse Badroulboudour continua de s’entretenir avec elle sur d’autres sujets; mais elle n’oublia pas l’œuf de roc, qui fit qu’elle compta bien en parler à Aladdin dès qu’il serait revenu de la chasse. Il y avait six jours qu’il y était allé, et le magicien, qui ne l’avait pas ignoré, avait voulu profiter de son absence. Il revint le même jour sur le soir, dans le temps que la fausse Fatime venait de prendre congé de la princesse et de se retirer à son appartement. En arrivant il monta à l’appartement de la princesse, qui venait d’y rentrer. Il la salua et il l’embrassa; mais il lui parut qu’elle le recevait avec un peu de froideur. «Ma princesse, dit-il, je ne retrouve pas en vous la même gaieté que j’ai coutume d’y trouver. Est-il arrivé quelque chose pendant mon absence qui vous ait déplu et causé du chagrin ou du mécontentement? Au nom de Dieu, ne me le cachez pas: il n’y a rien que je ne fasse pour vous le faire dissiper s’il est en mon pouvoir. – C’est peu de chose, reprit la princesse, et cela me donne si peu d’inquiétude que je n’ai pas cru qu’il eût rejailli rien sur mon visage pour vous en faire apercevoir. Mais puisque, contre mon attente, vous y apercevez quelque altération, je ne vous en dissimulerai pas la cause, qui est de très-peu de conséquence.
«J’avais cru avec vous, continua la princesse Badroulboudour, que notre palais était le plus superbe, le plus magnifique et le plus accompli qu’il y eût au monde. Je vous dirai néanmoins ce qui m’est venu dans la pensée après avoir bien examiné le salon aux vingt-quatre croisées. Ne trouvez-vous pas, comme moi, qu’il n’y aurait plus rien à désirer si un œuf de roc était suspendu au milieu de l’enfoncement du dôme? – Princesse, repartit Aladdin, il suffit que vous trouviez qu’il y manque un œuf de roc pour y trouver le même défaut. Vous verrez, par la diligence que je vais apporter à le réparer, qu’il n’y a rien que je ne fasse pour l’amour de vous.»
Dans le moment Aladdin quitta la princesse Badroulboudour; il monta au salon aux vingt-quatre croisées, et là, après avoir tiré de son sein la lampe, qu’il portait toujours sur lui, en quelque lieu qu’il allât, depuis le danger qu’il avait couru pour avoir négligé de prendre cette précaution, il la frotta. Aussitôt le génie se présenta devant lui. «Génie, lui dit Aladdin, il manque à ce dôme un œuf de roc suspendu au milieu de l’enfoncement: je te demande, au nom de la lampe que je tiens, que tu fasses en sorte que ce défaut soit réparé.»
Aladdin n’eut pas achevé de prononcer ces paroles, que le génie fit un cri si bruyant et si épouvantable que le salon en fut ébranlé et qu’Aladdin en chancela, prêt à tomber de son haut. «Quoi! misérable, lui dit le génie d’une voix à faire trembler l’homme le plus assuré, ne te suffit-il pas que, mes compagnons et moi, nous ayons fait toute chose en ta considération, pour me demander, par une ingratitude qui n’a pas de pareille, que je t’apporte mon maître et que je le pende au milieu de la voûte de ce dôme! Cet attentat mériterait que vous fussiez réduits en cendre sur-le-champ, toi, ta femme et ton palais. Mais tu es heureux de n’en être pas l’auteur et que la demande ne vienne pas directement de ta part. Apprends quel en est le véritable auteur: c’est le frère du magicien africain, ton ennemi, que tu as exterminé comme il le méritait. Il est dans ton palais, déguisé sous l’habit de Fatime la sainte femme, qu’il a assassinée, et c’est lui qui a suggéré à ta femme de faire la demande pernicieuse que tu m’as faite. Son dessein est de te tuer, c’est à toi d’y prendre garde.» Et en achevant il disparut.
Aladdin ne perdit pas une des dernières paroles du génie. Il avait entendu parler de Fatime la sainte femme, et il n’ignorait pas de quelle manière elle guérissait le mal de tête, à ce que l’on prétendait. Il revint à l’appartement de la princesse, et, sans parler de ce qui venait de lui arriver, il s’assit en disant qu’un grand mal de tête venait de le prendre tout à coup et en s’appuyant la main contre le front. La princesse commanda aussitôt qu’on fit venir la sainte femme, et pendant qu’on alla l’appeler, elle raconta à Aladdin à quelle occasion elle se trouvait dans le palais, où elle lui avait donné un appartement.
La fausse Fatime arriva, et dès qu’elle fut entrée: «Venez, ma bonne mère, lui dit Aladdin; je suis bien aise de vous voir et de ce que mon bonheur veut que vous vous trouviez ici. Je suis tourmenté d’un furieux mal de tête qui vient de me saisir. Je demande votre secours par la confiance que j’ai en vos bonnes prières, et j’espère que vous ne me refuserez pas la grâce que vous faites à tant d’affligés de ce mal.» En achevant ces paroles, il se leva en baissant la tête, et la fausse Fatime s’avança de son côté, mais en portant la main sur un poignard qu’elle avait à sa ceinture, sous sa robe. Aladdin, qui l’observait, lui saisit la main avant qu’elle l’eût tiré, et en lui perçant le cœur du sien, il la jeta morte sur le plancher.
«Mon cher époux, qu’avez-vous fait? s’écria la princesse dans sa surprise: vous avez tué la sainte femme. – Non, ma princesse, répondit Aladdin sans s’émouvoir, je n’ai pas tué Fatime, mais un scélérat qui m’allait assassiner si je ne l’eusse prévenu. C’est ce méchant homme que vous voyez, ajouta-t-il en le dévoilant, qui a étranglé Fatime, que vous avez cru regretter en m’accusant de sa mort, et qui s’était déguisé sous son habit pour me poignarder. Et afin que vous le connaissiez mieux, il était frère du magicien africain, votre ravisseur.» Aladdin lui raconta ensuite par quelle voie il avait appris ces particularités, après quoi il fit enlever le cadavre.
C’est ainsi qu’Aladdin fut délivré de la persécution des deux frères magiciens. Peu d’années après, le sultan mourut dans une grande vieillesse. Comme il ne laissa pas d’enfants mâles, la princesse Badroulboudour, en qualité de légitime héritière, lui succéda, et communiqua la puissance suprême à Aladdin. Ils régnèrent ensemble de longues années et laissèrent une illustre postérité.