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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Aladdin fit enlever le cadavre du magicien africain, avec ordre de le jeter à la voirie pour servir de pâture aux animaux et aux oiseaux. Le sultan cependant, après avoir commandé que les tambours, les timbales, les trompettes et les autres instruments annonçassent la joie publique, fit proclamer une fête de dix jours en réjouissance du retour de la princesse Badroulboudour et d’Aladdin avec son palais.

C’est ainsi qu’Aladdin échappa pour la seconde fois au danger presque inévitable de perdre la vie; mais ce ne fut pas le dernier, il en courut un troisième, dont nous allons rapporter les circonstances.

Le magicien africain avait un frère cadet qui n’était pas moins habile que lui dans l’art magique; on peut même dire qu’il le surpassait en méchanceté et en artifices pernicieux. Comme ils ne demeuraient pas toujours ensemble ou dans la même ville, et que souvent l’un se trouvait au levant pendant que l’autre était au couchant, chacun de son côté ils ne manquaient pas chaque année de s’instruire, par la géomance, en quelle partie du monde ils étaient, en quel état ils se trouvaient, et s’ils n’avaient pas besoin du secours l’un de l’autre.

Quelque temps après que le magicien africain eut succombé dans son entreprise contre le bonheur d’Aladdin, son cadet, qui n’avait pas eu de ses nouvelles depuis un an, et qui n’était pas en Afrique, mais dans un pays très-éloigné, voulut savoir en quel endroit de la terre il était, comment il se portait et ce qu’il y faisait. En quelque lieu qu’il allât, il portait toujours avec lui son carré géomantique, aussi bien que son frère. Il prend ce carré, il accommode le sable, il jette les points, il en tire les figures, et enfin il forme l’horoscope. En parcourant chaque maison, il trouve que son frère n’était plus au monde; dans une autre maison, qu’il avait été empoisonné et qu’il était mort subitement; dans une autre, que cela était arrivé dans la Chine; et dans une autre, que c’était dans une capitale de la Chine, située en tel endroit; et enfin que celui par qui il avait été empoisonné était un homme de basse naissance qui avait épousé une princesse fille d’un sultan.

Quand le magicien eut appris de la sorte quelle avait été la triste destinée de son frère, il ne perdit pas le temps en des regrets qui ne lui eussent pas redonné la vie. La résolution prise sur-le-champ de venger sa mort, il monte à cheval et il se met en chemin en prenant sa route vers la Chine. Il traverse plaines, rivières, montagnes, déserts, et après une longue traite, sans s’arrêter en aucun endroit, avec des fatigues incroyables, il arriva enfin à la Chine, et peu de temps après à la capitale que la géomance lui avait enseignée. Certain qu’il ne s’était pas trompé et qu’il n’avait pas pris un royaume pour un autre, il s’arrête dans cette capitale et il y prend logement.

Le lendemain de son arrivée le magicien sort, et en se promenant par la ville, non pas tant pour en remarquer les beautés, qui lui étaient fort indifférentes, que dans l’intention de commencer à prendre des mesures pour l’exécution de son dessein pernicieux, il s’introduit dans les lieux les plus fréquentés et il prête l’oreille à ce que l’on disait. Dans un lieu où l’on passait le temps à jouer à plusieurs sortes de jeux, et où, pendant que les uns jouaient, d’autres s’entretenaient, les uns de nouvelles et des affaires du temps, d’autres de leurs propres affaires, il entendit qu’on s’entretenait et qu’on racontait des merveilles de la vertu et de la piété d’une femme retirée du monde, nommée Fatime, et même de ses miracles. Comme il crut que cette femme pouvait lui être utile à quelque chose dans ce qu’il méditait, il prit à part un de ceux de la compagnie, et il le pria de vouloir bien lui dire plus particulièrement quelle était cette sainte femme et quelle sorte de miracles elle faisait.

«Quoi! lui dit cet homme, vous n’avez pas encore vu cette femme ni entendu parler d’elle? Elle fait l’admiration de toute la ville par ses jeûnes, par ses austérités et par le bon exemple qu’elle donne. À la réserve du lundi et du vendredi, elle ne sort pas de son petit ermitage, et les jours qu’elle se fait voir par la ville, elle fait des biens infinis, et il n’y a personne affligé du mal de tête qui ne reçoive la guérison par l’imposition de ses mains.»

Le magicien ne voulut pas en savoir davantage sur cet article; il demanda seulement au même homme en quel quartier de la ville était l’ermitage de cette sainte femme. Cet homme le lui enseigna; sur quoi, après avoir conçu et arrêté le dessein détestable dont nous allons parler bientôt, afin de le savoir plus sûrement, il observa toutes ses démarches le premier jour qu’elle sortit, après avoir fait cette enquête, sans la perdre de vue jusqu’au soir, qu’il la vit rentrer dans son ermitage. Quand il eut bien remarqué l’endroit, il se retira dans un des lieux que nous avons dits, où l’on buvait d’une certaine boisson chaude et où l’on pouvait passer la nuit si l’on voulait, particulièrement dans les grandes chaleurs, que l’on aime mieux en ces pays-là coucher sur la natte que dans un lit.

Le magicien, après avoir contenté le maître du lieu en lui payant le peu de dépense qu’il avait faite, sortit vers le minuit et il alla droit à l’ermitage de Fatime, la sainte femme, nom sous lequel elle était connue dans toute la ville. Il n’eut pas de peine à ouvrir la porte: elle n’était fermée qu’avec un loquet. Il la referma sans faire de bruit quand il fut entré, et il aperçut Fatime, à la clarté de la lune, couchée à l’air, et qui dormait sur un sofa garni d’une méchante natte et appuyé contre sa cellule. Il s’approcha d’elle, et après avoir tiré un poignard qu’il portait au côté, il l’éveilla.

En ouvrant les yeux, la pauvre Fatime fut fort étonnée de voir un homme prêt à la poignarder. En lui appuyant le poignard contre le cœur, prêt à le lui enfoncer: «Si tu cries, dit-il, ou si tu fais le moindre bruit, je te tue. Mais lève-toi, et fais ce que je te dirai.»

Fatime, qui était couchée dans son habit, se leva en tremblant de frayeur. «Ne crains pas, lui dit le magicien, je ne demande que ton habit; donne-le-moi et prends le mien.» Ils firent l’échange d’habits, et quand le magicien se fut habillé de celui de Fatime, il lui dit: «Colore-moi le visage comme le tien, de manière que je te ressemble et que la couleur ne s’efface pas.» Comme il vit qu’elle tremblait encore, pour la rassurer et afin qu’elle fît ce qu’il souhaitait avec plus d’assurance, il lui dit: «Ne crains pas, te dis-je encore une fois; je te jure par le nom de Dieu que je te donne la vie.» Fatime le fit entrer dans sa cellule, elle alluma sa lampe, et en prenant d’une certain liqueur dans un vase avec un pinceau, elle lui en frotta le visage et elle lui assura que la couleur ne changerait pas, et qu’il avait le visage de la même couleur qu’elle sans différence; elle lui mit ensuite sa propre coiffure sur la tête, avec un voile dont elle lui enseigna comment il fallait qu’il s’en cachât le visage en allant par la ville. Enfin, après qu’elle lui eut mis autour du cou un gros chapelet, qui lui pendait par-devant jusqu’au milieu du corps, elle lui mit à la main le même bâton qu’elle avait coutume de porter, et en lui présentant un miroir: «Regardez, dit-elle, vous verrez que vous me ressemblez on ne peut pas mieux.» Le magicien se trouva comme il l’avait souhaité, mais il ne tint pas à la bonne Fatime le serment qu’il lui avait fait si solennellement. Afin qu’on ne vît pas de sang en la perçant de son poignard, il l’étrangla, et quand il vit qu’elle avait rendu l’âme, il traîna son cadavre par les pieds jusqu’à la citerne de l’ermitage, et il la jeta dedans.

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