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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Aladdin descendit à l’appartement de la princesse, et alors, en l’embrassant: «Princesse, dit-il, je puis vous assurer que votre joie et la mienne seront complètes demain matin.» Comme la princesse n’avait pas achevé de souper et qu’Aladdin avait besoin de manger, la princesse fit apporter du salon aux vingt-quatre croisées les mets qu’on y avait servis et auxquels on n’avait presque pas touché. La princesse et Aladdin mangèrent ensemble et burent du bon vin vieux du magicien africain; après quoi, sans parler de leur entretien, qui ne pouvait être que très-satisfaisant, ils se retirèrent dans leur appartement.

Depuis l’enlèvement du palais d’Aladdin et de la princesse Badroulboudour, le sultan, père de cette princesse, était inconsolable de l’avoir perdue, comme il se l’était imaginé. Il ne dormait presque ni nuit ni jour, et, au lieu d’éviter tout ce qui pouvait l’entretenir dans son affliction, c’était au contraire ce qu’il cherchait avec plus de soin. Ainsi, au lieu qu’auparavant il n’allait que le matin au cabinet ouvert de son palais pour se satisfaire par l’agrément de cette vue, dont il ne pouvait se rassasier, il y allait plusieurs fois le jour renouveler ses larmes et se plonger de plus en plus dans ses profondes douleurs, par l’idée de ne voir plus ce qui lui avait tant plu, et d’avoir perdu ce qu’il avait de plus cher au monde. L’aurore ne faisait encore que de paraître lorsque le sultan vint à ce cabinet, le même matin que le palais d’Aladdin venait d’être rapporté à sa place. En y entrant, il était si recueilli en lui-même et si pénétré de sa douleur qu’il jeta les yeux d’une manière triste du côté de la place, où il ne croyait voir que l’air vide sans apercevoir le palais. Mais comme il vit que ce vide était rempli, il s’imagina d’abord que c’était l’effet d’un brouillard. Il regarde avec plus d’attention, et il connaît, à n’en pas douter, que c’était le palais d’Aladdin. Alors, la joie et l’épanouissement du cœur succédèrent aux chagrins et à la tristesse. Il retourne à son appartement en pressant le pas, et il commande qu’on lui selle et qu’on lui amène un cheval. On le lui amène, il le monte, il part, et il lui semble qu’il n’arrivera pas assez tôt au palais d’Aladdin.

Aladdin, qui avait prévu ce qui pouvait arriver, s’était levé dès la pointe du jour, et dès qu’il eut pris un des habits les plus magnifiques de sa garde-robe, il était monté au salon aux vingt-quatre croisées, d’où il aperçut que le sultan venait. Il descendit, et il fut assez à temps pour le recevoir au bas du grand escalier et pour l’aider à mettre pied à terre. «Aladdin, lui dit le sultan, je ne puis vous parler que je n’aie vu et embrassé ma fille.»

Aladdin conduisit le sultan à l’appartement de la princesse Badroulboudour. Et la princesse, qu’Aladdin en se levant avait avertie de se souvenir qu’elle n’était plus en Afrique, mais dans la Chine et dans la ville capitale du sultan son père, voisine de son palais, venait d’achever de s’habiller. Le sultan l’embrassa à plusieurs fois, le visage baigné de larmes de joie, et la princesse, de son côté, lui donna toutes les marques du plaisir extrême qu’elle avait de le voir.

Le sultan fut quelque temps sans pouvoir ouvrir la bouche pour parler, tant il était attendri d’avoir retrouvé sa chère fille, après l’avoir pleurée sincèrement comme perdue; et la princesse, de son côté, était tout en larmes de la joie de revoir le sultan son père.

Le sultan prit enfin la parole. «Ma fille, dit-il, je veux croire que c’est la joie que vous avez de me revoir qui fait que vous me paraissez aussi peu changée que s’il ne vous était rien arrivé de fâcheux. Je suis persuadé néanmoins que vous avez beaucoup souffert. On n’est pas transporté dans un palais tout entier, aussi subitement que vous l’avez été, sans de grandes alarmes et de terribles angoisses. Je veux que vous me racontiez ce qui en est et que vous ne me cachiez rien.»

La princesse se fit un plaisir de donner au sultan son père la satisfaction qu’il demandait. «Sire, dit la princesse, si je parais si peu changée, je supplie Votre Majesté de considérer que je commençai à respirer dès hier de grand matin, par la présence d’Aladdin, mon cher époux et mon libérateur, que j’avais regardé et pleuré comme perdu pour moi, et que le bonheur que je viens d’avoir de l’embrasser me remet à peu près dans la même assiette qu’auparavant.

«Toute ma peine néanmoins, à proprement parler, n’a été que de me voir arrachée à Votre Majesté et à mon cher époux, non-seulement par rapport à mon inclination à l’égard de mon époux, mais même par l’inquiétude où j’étais sur les tristes effets du courroux de Votre Majesté, auquel je ne doutais pas qu’il ne dût être exposé, tout innocent qu’il était. J’ai moins souffert de l’insolence de mon ravisseur, qui m’a tenu des discours qui ne me plaisaient pas. Je les ai arrêtés par l’ascendant que j’ai su prendre sur lui. D’ailleurs, j’étais aussi peu contrainte que je le suis présentement. Pour ce qui regarde le fait de mon enlèvement, Aladdin n’y a aucune part: j’en suis la cause moi seule, mais très-innocente.» Pour persuader au sultan qu’elle disait la vérité, elle lui fit le détail du déguisement du magicien africain en marchand de lampes neuves à changer contre des vieilles, et du divertissement qu’elle s’était donné en faisant l’échange de la lampe d’Aladdin, dont elle ignorait le secret et l’importance, de l’enlèvement du palais et de sa personne après cet échange, et du transport de l’un et de l’autre en Afrique avec le magicien africain, qui avait été reconnu par deux de ses femmes et par l’eunuque qui avait fait l’échange de la lampe, quand il avait pris la hardiesse de venir se présenter à elle la première fois après le succès de son audacieuse entreprise, et de lui faire la proposition de l’épouser; enfin de la persécution qu’elle avait soufferte jusqu’à l’arrivée d’Aladdin, des mesures qu’ils avaient prises conjointement pour lui enlever la lampe qu’il portait sur lui, comment ils y avaient réussi, elle particulièrement, en prenant le parti de dissimuler avec lui, et enfin de l’inviter à souper avec elle, jusqu’au gobelet mixtionné qu’elle lui avait présenté. «Quant au reste, ajouta-t-elle, je laisse à Aladdin à vous en rendre compte.»

Aladdin eut peu de chose à dire au sultan. «Quand, dit-il, on m’eut ouvert la porte secrète, que j’eus monté au salon aux vingt-quatre croisées, et que j’eus vu le traître étendu mort sur le sofa par la violence de la poudre, comme il ne convenait pas que la princesse restât davantage, je la priai de descendre à son appartement avec ses femmes et ses eunuques. Je restai seul, et, après avoir tiré la lampe du sein du magicien, je me servis du même secret dont il s’était servi pour enlever ce palais en ravissant la princesse. J’ai fait en sorte que le palais se trouve en sa place, et j’ai eu le bonheur de ramener la princesse à Votre Majesté, comme elle me l’avait commandé. Je n’en impose pas à Votre Majesté, et, si elle veut se donner la peine de monter au salon, elle verra le magicien puni comme il le méritait.»

Pour s’assurer entièrement de la vérité, le sultan se leva et monta, et quand il eut vu le magicien africain mort, le visage déjà livide par la violence du poison, il embrassa Aladdin avec beaucoup de tendresse, en lui disant: «Mon fils, ne me sachez pas mauvais gré du procédé dont j’ai usé contre vous; l’amour paternel m’y a forcé, et je mérite que vous me pardonniez l’excès où je me suis porté. – Sire, reprit Aladdin, je n’ai pas le moindre sujet de plainte contre la conduite de Votre Majesté, elle n’a fait que ce qu’elle devait faire. Ce magicien, cet infâme, ce dernier des hommes, est la cause unique de ma disgrâce. Quand Votre Majesté en aura le loisir, je lui ferai le récit d’une autre malice qu’il m’a faite, non moins noire que celle-ci, dont j’ai été préservé par une grâce de Dieu toute particulière. – Je prendrai ce loisir exprès, repartit le sultan, et bientôt. Mais songeons à nous réjouir, et faites ôter cet objet odieux.»

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