Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Le magicien, déguisé ainsi en Fatime la sainte femme, passa le reste de la nuit dans l’ermitage, après s’être souillé d’un meurtre si détestable. Le lendemain matin, à une heure ou deux de jour, quoique dans un jour que la sainte femme n’avait pas coutume de sortir, il ne laissa pas de le faire, bien persuadé qu’on ne l’interrogerait pas là-dessus, et au cas qu’on l’interrogeât, prêt à répondre. Comme une des premières choses qu’il avait faites en arrivant avait été d’aller reconnaître le palais d’Aladdin, et que c’était là qu’il avait projeté de jouer son rôle, Il prit son chemin de ce côté-là.
Dès qu’on eut aperçu la sainte femme, comme tout le peuple se l’imagina, le magicien fut bientôt environné d’une grande affluence de monde. Les uns se recommandaient à ses prières, d’autres lui baisaient la main; d’autres, plus réservés, ne lui baisaient que le bas de la robe; et d’autres, soit qu’ils eussent mal à la tête ou que leur intention fût seulement d’en être préservés, s’inclinaient devant lui afin qu’il leur imposât les mains, ce qu’il faisait en marmottant quelques paroles en guise de prières, et il imitait si bien la sainte femme que tout le monde le prenait pour elle. Après s’être arrêté souvent pour satisfaire ces sortes de gens, qui ne recevaient ni bien ni mal de cette sorte d’imposition de mains, il arriva enfin dans la place du palais d’Aladdin, où, comme l’affluence fut plus grande, l’empressement fut aussi plus grand à qui s’approcherait de lui. Les plus forts et les plus zélés fendaient la foule pour se faire place, et de là s’émurent des querelles dont le bruit se fit entendre du salon aux vingt-quatre croisées, où était la princesse Badroulboudour.
La princesse demanda ce que c’était que ce bruit, et comme personne ne put lui en rien dire, elle commanda qu’on allât voir et qu’on vint lui en rendre compte. Sans sortir du salon, une de ses femmes regarda par une jalousie, et elle revint lui dire que le bruit venait de la foule du monde qui environnait la sainte femme pour se faire guérir du mal de tête par l’imposition de ses mains.
La princesse, qui depuis longtemps avait entendu dire beaucoup de bien de la sainte femme, mais qui ne l’avait pas encore vue, eut la curiosité de la voir et de s’entretenir avec elle. Comme elle en eut témoigné quelque chose, le chef de ses eunuques, qui était présent, lui dit que si elle le souhaitait, il était aisé de la faire venir, et qu’elle n’avait qu’à commander. La princesse y consentit, et aussitôt il détacha quatre eunuques avec ordre d’amener la prétendue sainte femme.
Dès que les eunuques furent sortis de la porte du palais d’Aladdin, et qu’on eut vu qu’ils venaient du côté où était le magicien déguisé, la foule se dissipa, et quand il fut libre et qu’il eut vu qu’ils venaient à lui, il fit une partie du chemin avec d’autant plus de joie qu’il voyait que sa fourberie prenait un bon chemin. Celui des eunuques qui prit la parole lui dit: «Sainte femme, la princesse veut vous voir; venez, suivez-nous. – La princesse me fait bien de l’honneur, reprit la feinte Fatime: je suis prête à lui obéir.» Et en même temps elle suivit les eunuques, qui avaient déjà repris le chemin du palais.
Quand le magicien, qui sous un habit de sainteté cachait un cœur diabolique, eut été introduit dans le salon aux vingt-quatre croisées, et qu’il eut aperçu la princesse, il débuta par une prière qui contenait une longue énumération de vœux et de souhaits pour sa santé, pour sa prospérité et pour l’accomplissement de tout ce qu’elle pouvait désirer. Il déploya ensuite toute sa rhétorique d’imposteur et d’hypocrite pour s’insinuer dans l’esprit de la princesse sous le manteau d’une grande piété; il lui fut d’autant plus aisé de réussir que la princesse, qui était bonne naturellement, était persuadée que tout le monde était bon comme elle, ceux et celles particulièrement qui faisaient profession de servir Dieu dans la retraite.
Quand la fausse Fatime eut achevé sa longue harangue: «Ma bonne mère, lui dit la princesse, je vous remercie de vos bonnes prières, j’y ai grande confiance, et j’espère que Dieu les exaucera. Approchez-vous et asseyez-vous près de moi.» La fausse Fatime s’assit avec une modestie affectée, et alors en reprenant la parole: «Ma bonne mère, dit la princesse, je vous demande une chose qu’il faut que vous m’accordiez; ne me refusez pas, je vous en prie: c’est que vous demeuriez avec moi, afin que vous m’entreteniez de votre vie, et que j’apprenne de vous et par vos bons exemples comment je dois servir Dieu.
«- Princesse, dit alors la feinte Fatime, je vous supplie de ne pas exiger de moi une chose à laquelle je ne puis consentir sans me détourner et me distraire de mes prières et de mes exercices de dévotion. – Que cela ne vous fasse pas de peine, reprit la princesse; j’ai plusieurs appartements qui ne sont pas occupés; vous choisirez celui qui vous conviendra le mieux, et vous y ferez tous vos exercices avec la même liberté que dans votre ermitage.»
Le magicien, qui n’avait d’autre but que de s’introduire dans le palais d’Aladdin, où il lui serait bien plus aisé d’exécuter la méchanceté qu’il méditait, en y demeurant sous les auspices et la protection de la princesse, que s’il eût été obligé d’aller et de venir de l’ermitage au palais et du palais à l’ermitage, ne fit pas de plus grandes instances pour s’excuser d’accepter l’offre obligeante de la princesse. «Princesse, dit-il, quelque résolution qu’une femme pauvre et misérable comme je le suis ait faite de renoncer au monde, à ses pompes et à ses grandeurs, je n’ose prendre la hardiesse de résister à la volonté et au commandement d’une princesse si pieuse et si charitable.»
Sur cette réponse du magicien, la princesse, en se levant elle-même, lui dit: «Levez-vous et venez avec moi, que je vous fasse voir les appartements vides que j’ai, afin que vous choisissiez,» Il suivit la princesse Badroulboudour, et de tous les appartements qu’elle lui fit voir, qui étaient très-propres et très-bien meublés, il choisit celui qui lui parut l’être moins que les autres, en disant par hypocrisie qu’il était trop bon pour lui, et qu’il ne le choisissait que pour complaire à la princesse.
La princesse voulut remener le fourbe au salon aux vingt-quatre croisées pour le faire dîner avec elle. Mais comme pour manger il eût fallu qu’il se fût découvert le visage, qu’il avait toujours eu voilé jusqu’alors, et qu’il craignit que la princesse ne reconnût qu’il n’était pas Fatime la sainte femme, comme elle le croyait, il la pria avec tant d’instances de l’en dispenser, en lui représentant qu’il ne mangeait que du pain et quelques fruits secs, et de lui permettre de prendre son petit repas dans son appartement, qu’elle le lui accorda. «Ma bonne mère, lui dit-elle, vous êtes libre, faites comme si vous étiez dans votre ermitage: je vais vous faire apporter à manger; mais souvenez-vous que je vous attends dès que vous aurez pris votre repas.»
La princesse dîna, et la fausse Fatime ne manqua pas de venir la retrouver dès qu’elle eut appris, par un eunuque qu’elle avait prié de l’en avertir, qu’elle était sortie de table. «Ma bonne mère, lui dit la princesse, je suis ravie de posséder une sainte femme comme vous, qui va faire la bénédiction de ce palais. À propos de ce palais, comment le trouvez-vous? Mais avant que je vous le fasse voir pièce par pièce, dites-moi premièrement ce que vous pensez de ce salon.»