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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Tu connais mes fils ? demanda Salaman tandis que les princes pénétraient dans la salle et prenaient un siège.

— Je connais Chham et Athimin, bien sûr. Et Ganthiav, celui qui m’a accueilli à la porte de la cité.

— Eh bien, voici maintenant Poukor. Voici Biterulve. Et voici Bruikkos et Char Mateh. Mon fils Praheurt est trop jeune pour assister à cette réunion.

Le roi écarta les bras en un grand geste circulaire qui les englobait tous. Qu’ils entourent Thu-kimnibol, qu’ils le submergent ! Il a beau être grand, à nous tous, nous serons plus forts que lui.

Les sept princes se placèrent tout autour de la salle. Ils avaient tous avec leur père une ressemblance frappante – les mêmes yeux gris et froids, la même morphologie trapue – tous, sauf celui qui s’appelait Biterulve, un peu moins râblé que les autres, le teint un peu plus pâle, mais qui avait quand même les yeux du roi. Salaman constata avec satisfaction que le désarroi se peignit fugitivement sur le visage de Thu-kimnibol lorsqu’il se vit entouré de ces répliques vivantes du roi. Ils formaient une phalange impressionnante. Ils étaient la preuve vivante de sa vigueur : quand il s’accouplait avec une femme, c’est sa semence qui avait la prépondérance, ses traits et sa forme qui se perpétuaient. Cela sautait aux yeux quand on regardait ses fils et il en tirait une profonde fierté.

— Quelle belle phalange, dit Thu-kimnibol.

— En effet. J’en suis très fier. As-tu des fils, Thu-kimnibol ?

— Jamais Mueri ne m’a accordé ce bonheur. Et je ne le connaîtrai certainement plus maintenant. La dame Naarinta…

Il s’interrompit, le visage fermé, incapable d’achever sa phrase.

Salaman eut l’impression de recevoir un coup de poignard.

— Elle est morte ? Non, mon cousin ! Dis-moi que ce n’est pas vrai !

— Tu savais qu’elle était malade ?

— J’avais entendu de vagues rumeurs lors du passage du dernier convoi de marchands, mais ils affirmaient qu’il y avait un espoir de guérison.

— Elle a traîné pendant tout l’hiver, dit Thu-kimnibol en secouant la tête, et elle s’est affaiblie au printemps. Elle a rendu l’âme peu de temps avant mon départ de Dawinno.

Ces funèbres paroles tombèrent dans la salle comme de lourdes pierres. Salaman était totalement pris au dépourvu. Ils étaient parvenus jusqu’alors à conserver des rapports purement officiels, jouant cérémonieusement leur rôle de roi et d’ambassadeur, tels les personnages d’une frise, en prenant soin d’éviter que le poids de leurs relations passées perturbe les raffinements de leurs petits calculs diplomatiques. Mais la cruelle réalité venait brouiller les cartes.

— Quel malheur, soupira Salaman après un long silence. Quel grand malheur ! J’ai prié pour sa guérison, tu sais, quand les marchands m’ont appris qu’elle était malade. Et j’ai de la peine pour toi, mon cousin, ajouta-t-il avec un regard sincèrement navré.

Le ton de la réunion s’en trouva aussitôt modifié. L’homme qui se tenait devant lui, ce géant, cet ancien rival, ce dangereux fils du dangereux Harruel, cet homme était vulnérable. Il avait souffert. Il devenait brusquement possible de voir en lui autre chose qu’un intrus dont la présence était à la fois agaçante et embarrassante. Salaman se représenta Thu-kimnibol au chevet de la mourante, il l’imagina en train de serrer les poings et de donner libre cours à ses larmes, il l’imagina hurlant de rage impuissante comme lui-même avait hurlé à la mort de Weiawala, sa première compagne. Cela lui rendait Thu-kimnibol plus réel. Et il évoqua le combat qu’ils avaient mené côte à côte pendant la bataille contre les hjjk, il se remémora la bravoure de Thu-kimnibol, si jeune qu’il portait encore son nom de naissance, mais qui s’était comporté comme un héros. Un grand élan d’affection, et même d’amour, pour celui qu’il avait haï et chassé de son royaume submergea son âme. Il se pencha vers Thu-kimnibol.

— Un prince de ton rang ne devrait pas rester sans descendance, dit Salaman d’une voix grave et rauque. Tu devrais choisir une nouvelle compagne dès la fin de ton deuil, mon cousin. Ou bien deux, ou même trois, ajouta-t-il avec un clin d’œil. C’est ce que j’ai fait ici.

— À Dawinno, nous ne pouvons en prendre qu’une seule à la fois, mon cousin, répliqua Thu-kimnibol avec pondération. Dans ce domaine, nous sommes très traditionalistes.

Salaman prit cela comme un affront et une partie de la faveur que venait de gagner Thu-kimnibol s’évanouit aussi vite qu’elle était venue.

— Pour l’instant, poursuivit l’ambassadeur avec un haussement d’épaules, l’idée de prendre une nouvelle compagne me paraît vraiment trop étrange. Je suppose qu’avec le temps, tout s’arrangera.

— Tout s’arrange avec le temps, déclara sentencieusement Salaman, comme s’il s’agissait d’un oracle.

Il remarqua que l’impatience commençait à gagner Thu-kimnibol. Peut-être cette conversation sur les fils et les compagnes le mettait-elle mal à l’aise. Mais peut-être cette impatience n’était-elle qu’un nouveau stratagème. L’envoyé de Dawinno s’était mis à aller et venir dans la vaste salle, passant d’une démarche pesante de grand animal devant une rangée de princes, pivotant sur lui-même et revenant pour passer devant l’autre. Ils ne le quittaient pas des yeux.

Puis Thu-kimnibol se laissa brusquement tomber sur un divan placé à proximité du trône.

— Suffit, mon cher cousin, dit-il à Salaman.

Permets-moi maintenant d’en venir à la raison de ma présence. Il y a quelques mois, un étrange garçon, un jeune homme plutôt, est arrivé dans notre cité. Il venait du nord, monté sur un vermilion. Il parlait le hjjk et baragouinait à peine quelques mots de notre langue. Impossible d’apprendre d’où il venait, ce qu’il voulait, ni qui il était, jusqu’à ce que Hresh, grâce à un de ces tours dont il a le secret, réussisse à lire dans son esprit avec l’aide de la Pierre des Miracles. Et il a découvert que le jeune homme était originaire de notre cité et qu’il avait été enlevé dans sa tendre enfance, il y a à peu près treize ans de cela.

— Tu veux dire enlevé par les hjjk ?

— Oui. Et élevé par eux dans le Nid des Nids. Et les hjjk nous l’ont renvoyé en qualité d’émissaire pour nous offrir l’amour de la Reine et la paix de la Reine. Voilà ce que Hresh nous a dit.

— Je vois, dit Salaman. Nous aussi, nous avons reçu un émissaire, il y a quelque temps. C’était une jeune fille. Elle passait ses journées à nous critiquer et à nous injurier en hjjk. Nous ne comprenions pas un traître mot de ce qu’elle disait.

— Elle connaissait quelques mots de notre langue, père, glissa Chham.

— Oui, c’est vrai. Elle ressassait les mêmes mots sur la grandeur de la Reine des hjjk, sur la vérité quasi divine de ses voies et autres sornettes du même genre. Nous ne lui prêtions pas beaucoup d’attention. Cela remonte à combien de temps, Chham ?

— Je pense que c’était en Primemois.

— Oui, c’est ça. Et comment cela s’est-il terminé ? Ah ! Oui, je m’en souviens ! Elle a essayé de s’enfuir et de retourner chez les hjjk.

— Oui, dit Chham, mais Poukor l’a rattrapée de l’autre côté du mur et il l’a tuée.

— Il l’a tuée ? s’écria Thu-kimnibol d’un ton stupéfait en écarquillant les yeux.

Le roi trouva amusante, et même d’une sensiblerie touchante, la prétendue compassion de Thu-kimnibol. À moins que ce ne fût un nouveau reproche masqué ?

— Que pouvions-nous faire d’autre ? demanda-t-il en écartant les bras dans un grand geste impérieux. C’était à l’évidence une espionne. Nous n’allions pas la laisser regagner le Nid et raconter tout ce qu’elle avait vu ici.

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