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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Au moment où ces trois cris retentissaient, deux hommes de bonne volonté saisirent le cadavre de Dick, et l’emportèrent, jambes et bras ballants, sur le terre-plein s’étendant devant la tente.

Le Mexicain arrêta un moment le lugubre cortège, retira froidement sa navaja de l’horrible blessure de laquelle coulait un long jet de sang écumeux, essuya la lame, la referma, et murmura en hochant admirativement la tête :

– Un joli coup... Un bien joli coup ! Ce caballero est un habile homme et je suis flatté de lui avoir servi de témoin.

L’homme qui entrait s’effaça vivement pour n’être pas éclaboussé.

– Ah ! çà, dit-il d’une voix sonore, on s’assassine donc, ici.

– Non, señor, riposta vivement le Mexicain. On se tue... très loyalement. Un duel magnifique, et vous avez bien perdu d’arriver en retard.

Joseph, le Catalan, que l’on a depuis longtemps reconnu, attaché par sa gloire, non pas au rivage, mais aux épaules robustes d’un mineur enthousiaste, eût bien voulu quitter ce poste d’autant plus périlleux, que son piédestal humain, imprégné d’alcool, ne possédait qu’une stabilité relative. Le brave garçon, reconnaissant dans le voyageur épuisé, son frère de lait, Albert de Villeroge, et dans le hardi compagnon qui faisait son apparition, son ami Alexandre Chauny, se démenait comme un beau diable pour échapper à cette ovation et se précipiter dans leurs bras.

Son exclamation eut pour résultat immédiat d’attirer sur eux l’attention de la foule, et cette attention se compliqua bientôt d’une vive curiosité, qui n’était pas exempte de stupeur, quand on entendit ce cri : Sam Smith !... Le Bushranger !

Ces mots avaient été prononcés par le digger dévalisé, puis sauvé, à trois semaines d’intervalle par le mystérieux personnage, dont les exploits avaient défrayé les conversations quelques moments avant la lutte dont Joseph était sorti victorieux.

Alexandre, lui, n’avait entendu et vu que Joseph, dont la présence en ce lieu l’étonnait à bon droit. La voix d’Albert qu’il ne pouvait encore apercevoir le fit tressaillir. Il s’avança vivement vers le point d’où était parti cet accent bien connu, puis, sans se préoccuper de l’attitude singulière des mineurs qui se reculaient à son aspect, il s’élança vers son ami et l’étreignit convulsivement.

– Albert !... Mon cher Albert. Je te retrouve donc, et dans quel état !

» Mais enfin, tu vis, c’est l’essentiel.

– C’est vrai... mon cher Alexandre, je vis... Mais si peu, balbutia-t-il d’une voix éteinte.

» Je suis... aux trois quarts... mort... de privations.

– Mille tonnerres ! s’écria Alexandre, on te laisse ici périr d’inanition pendant qu’on s’égorge.

» Joseph ! Où est Joseph ? Il m’a semblé le voir... entendre sa voix.

– Me voilà, monsieur Albert, fit le Catalan enfin échappé aux fanatiques qui ne voulaient pas le lâcher.

» Caraï ! Il est temps, je crois.

– Ah ! çà, reprit Alexandre, vous ne voyez donc pas que ce gentleman défaille ?

» Holà ! continua-t-il en ébranlant la table d’un furieux coup de poing, il y a bien ici un patron quelconque. Qu’il vienne, et vite. Sinon, je vais le chercher moi-même.

Le publicain s’avança, tête nue, humble, servile, méconnaissable aux yeux de ses consommateurs habituels, qui tous avaient plus ou moins souffert de sa morgue hautaine de commerçant, qui se sent indispensable.

– Qu’y a-t-il pour le service de Votre Excellence ?

– Mon Excellence veut à boire et à manger pour ce gentleman. Tu entends et tu comprends. Ce que tu as de meilleur.

» C’est moi qui paye.

– Sam Smith est encore dans un de ses bons jours, murmura au milieu d’un groupe la voix du mineur qui avait raconté ses deux rencontres avec le bushranger.

– Êtes-vous bien sûr que ce soit lui ? demanda l’Irlandais.

– Comme de ma propre existence. Vous allez d’ailleurs voir que lui, aussi, me reconnaîtra.

– Pour une fois, interrompit le Belge, il est tout seul, et nous pourrions nous emparer de lui, sais-tu, monsieur.

– Oui, essayez, si vous voulez qu’il vous casse en deux comme une allumette.

– Mais, nous sommes trois cents. Nous pourrions t’aider, monsieur, savez-vous.

– Non. Moi vivant, personne ne touchera cet homme.

– Puisqu’il t’a volé... pour une fois.

– Ah ! il m’embête, « le savez-vous ». La paix, mauvais Flamand. S’il m’a volé quand j’étais riche, il m’a plus tard sauvé la vie, et restitué presque autant qu’il m’a pris. Sa bonne action complète et au-delà la différence.

Alexandre, en homme qui se trouve partout chez lui, prodiguait à son ami les soins les plus empressés, sans se préoccuper en aucune façon de l’attention qu’il excitait parmi ces déclassés auxquels la sanglante réputation du bushranger inspirait autant de crainte que de respect.

Il aperçut en ce moment le mineur qui pérorait en le regardant avec une fixité toute particulière.

– Tiens ! c’est vous, demanda-t-il sans préambule.

– Moi-même, master Sam Smith. Tout à la joie de vous revoir.

– Vous dites ?...

– Master Sam Smith.

– Vous vous trompez, mon camarade. Non pas sur ma personne, mais sur mon nom.

– Comment, ce n’est pas vous qui, hier matin, m’avez ramassé sans connaissance au fond d’un ravin et qui, après m’avoir rappelé à la vie, me fîtes présent d’un magnifique diamant.

– Mon Dieu, si vous voulez bien vous rappeler ce petit cadeau et vous souvenir de ce léger service que tout homme de cœur doit à quiconque se trouve dans votre position, je ne chercherai pas à vous contredire, tout en vous priant de ménager ma modestie.

– C’est que, ce n’était pas la première fois que j’eus l’honneur de vous rencontrer.

– Ah ! bah, vous m’étonnez.

– Rappelez-vous bien. Vous eûtes même l’occasion de contracter vis-à-vis de moi un petit emprunt.

– Un emprunt !...

– Oh ! je ne réclame rien, à un gentleman comme vous. Il est d’ailleurs possible que vous l’ayez oublié, vous avez affaire à tant de monde !

Ces derniers mots soulevèrent un gros rire à la signification duquel Alexandre ne put se méprendre. La colère l’envahit et une rapide rougeur empourpra ses joues.

– Mon garçon, riposta-t-il rudement, je n’ai pas l’habitude d’emprunter, et je n’aime pas jouer aux propos interrompus.

– Voyons, master Sam Smith.

– Encore une fois, mais pour la dernière, vous vous trompez. Vous vous obstinez à m’affubler d’un nom qui ne m’appartient pas, et cette insistance m’agace prodigieusement.

» Ce nom anglais n’est pas et ne saurait être le mien, puisque je suis Français et que je m’appelle Alexandre Chauny.

– Tu mens ! coquin, hurla une voix rauque partie du fond de la tente.

» Ne cherche pas à en imposer à ces honorables gentlemen. Nous te connaissons sous tous tes noms. Tu es peut-être Français à l’occasion, mais le juge Lynch te condamnera et t’exécutera sous celui auquel s’attache la réputation d’un voleur et d’un assassin. Tu m’entends, Sam Smith le bushranger !

Alexandre demeure un moment comme pétrifié sous cette virulente apostrophe. Puis, sa vigoureuse nature réagissant aussitôt, il bondit comme un tigre, pousse un cri de fureur, écarte d’un élan irrésistible le flot pressé des spectateurs et se trouve en face de deux colosses, attablés dans un coin. Armés jusqu’aux dents, balafrés comme des reîtres, ils personnifient la force matérielle dans toute sa brutale expansion. L’auteur de la tirade, plus habile sans doute à dompter un étalon ou à conduire un dray qu’à développer une périphrase, a englouti, pour se délier la langue, une bouteille entière de Cape-brandy. Un de ses yeux qui a déserté son orbite, est remplacé par une cicatrice difforme dont le tissu boursouflé, tiraille la peau du front et celle de la pommette. Cette affreuse mutilation ajoute encore à la férocité de ses traits, en immobilisant la moitié de la figure dans un rictus étrange et terrible. Son compagnon a le haut de la face partagée en deux parties presque symétriques par une ligne violette, à laquelle on ne saurait assigner d’autre cause qu’un magnifique coup de sabre. Il boit aussi comme un gouffre, et hoche approbativement la tête à chaque parole vociférée par son vis-à-vis. Nul ne saurait dire d’où ils viennent ni par où ils sont entrés, sauf peut-être le patron qui les a introduits mystérieusement par une issue dérobée pratiquée à l’arrière de la tente.

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