Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Tiens ! dit à voix basse un des buveurs, au moment où Alexandre opérait sa trouée, mais, je ne me trompe pas ; c’est Cornélis, le Boër... c’est Pieter son frère...
» Où donc est Klaas, leur aîné ?
Et de tous côtés circulent à la ronde ces mots : Les Boërs... Cornélis... Pieter... produisant une émotion presque égale à celle qu’a causée le nom de Sam Smith.
À la vue du Français qui s’élance vers eux, les deux géants tirent leurs couteaux et se mettent sur la défensive.
– Lequel de vous deux a osé formuler contre moi cette ignoble accusation d’assassinat et de brigandage.
– Moi ! riposte Cornélis le borgne.
– Et je suis prêt à le soutenir, renchérit Pieter le balafré.
Alexandre, plus pâle encore s’il est possible que tout à l’heure, se baisse rapidement, saisit d’une main un énorme tabouret massif, ajusté à la diable à coups de hache, l’enlève comme une plume, et le lance à la face des deux brutes, en criant de sa voix de clairon :
– Misérables ! C’est vous qui mentez. Je ne veux pas salir ma main au contact de vos faces de bandits. Voilà le soufflet qu’il faut à des épidermes comme les vôtres.
Le lourd escabeau rencontre le bord de la table et se brise du coup. Les éclats jaillissent de tous côtés, et rebondissent sur les deux hommes qui fléchissent, en dépit de leur vigueur.
Un tumulte indescriptible s’élève soudain. Quelques mineurs, peu nombreux à la vérité, viennent se ranger autour d’Alexandre, pendant que les autres forment le cercle, tout en manifestant une curiosité malveillante qui, d’un moment à l’autre, va franchement devenir de l’hostilité.
Parmi les premiers, se trouve le Mexicain qui a prêté sa navaja à Joseph et le digger, cause première de cette inexplicable méprise. Joseph a saisi une lourde cognée de bûcheron. Il vient se camper fièrement près de son ami. Il n’est pas enfin jusqu’à Albert qui, se soutenant à peine, n’apporte le contingent de sa bonne volonté.
Chose étrange, sa vue paraît produire sur les deux Boërs une impression autrement sérieuse que la vigoureuse riposte d’Alexandre et la présence de ses partisans.
– Le comte !... balbutie Cornélis.
– Lui-même, répond Pieter atterré.
– Courage, Pieter ! C’est le diable qui l’envoie.
– Vous avez raison, Cornélis. Il ne doit pas sortir vivant d’ici.
Les deux colosses à ces mots surmontent l’inconcevable appréhension que leur a momentanément causée l’apparition de cet homme pouvant à peine se tenir debout.
– Camarades ! s’écrie Cornélis, je l’ai dit et je le maintiens, celui-là est Sam Smith le bushranger ! Smith le voleur ! Smith, l’assassin ! L’autre que vous venez d’applaudir, de porter en triomphe est son complice, et ce troisième, qui se traîne comme un moribond, est son âme damnée.
« Camarades ! Une occasion, unique peut-être, s’offre à vous de débarrasser non seulement votre diggin, mais encore toutes les exploitations, de ces bandits qui prélèvent sur votre travail la part du lion. Allons ! un peu d’énergie. Ils ne sont guère redoutables.
» Qu’on les prenne et qu’on les pende. Moi, je fournis la corde.
– Et moi, je te casse la tôle, immonde coquin, s’écrie Alexandre, qui saisit sa carabine et l’arme précipitamment.
Mais, à ce moment, un flot pressé de mineurs exaspérés se rue sur le petit groupe et empêche le jeune homme d’accomplir sa menace. Il voit d’un coup d’œil le péril et en envisage soudain l’imminente gravité. Il comprend que s’il est pris ainsi que ses amis, c’en est fait d’eux. L’inepte et infâme accusation rencontrera quand même des adhérents. Un simple soupçon suffira à les faire lyncher séance tenante.
Il jette un regard en arrière et voit que la retraite est libre encore. Empoigner d’une main une immense table, la déraciner d’un violent effort et la jeter sur le côté avec les innombrables flacons qu’elle supporte est l’affaire d’un moment. Les tessons s’éparpillent de tous côtés sur le sol et défendent, pour un instant, comme des chausses-trappes, les abords de cette barricade improvisée.
Le mineur, qui persiste à reconnaître en lui Sam Smith, s’approche et dit rapidement :
– Gentleman, vous m’avez sauvé, en somme. Je ne puis vous laisser ainsi assassiner. Sauvez-vous au kraal... derrière la tente, à cent pas. Il renferme des chevaux. Voici mon revolver. Donnez-le à votre compagnon, qui n’a pas d’armes.
» Adieu, gentleman. Nous sommes quittes.
Alexandre hausse les épaules, prend le revolver, le donne à Albert et murmure :
– Encore une bonne action dont je suis victime. Si j’avais laissé cet imbécile dans le ravin, je ne serais pas regardé aujourd’hui comme un voleur de grands chemins et enfoncé jusqu’aux oreilles dans ce joli pétrin.
» Allons, mes amis, en retraite !
» Nous règlerons un autre jour ce compte-là avec les Boërs.
Les assaillants, arrêtés tout d’abord par la chute de la table et des bouteilles, reviennent à la charge, conduits par les deux géants qui poussent des cris farouches. De tous côtés luisent les couteaux, les batteries des revolvers précipitamment armés crépitent. Les trois amis vont être égorgés et mitraillés séance tenante. Vingt canons sont braqués sur eux, le temps presse.
Le Mexicain, qui se tient près de la paroi de toile, balafre largement l’épais tissu d’un coup de navaja.
– Par ici !... caballeros !... Par ici.
Albert et Joseph se précipitent à travers l’ouverture pratiquée avec tant d’à-propos.
Alexandre, dont le sang-froid semble grandir à l’aspect du péril, voit en même temps le moyen de gagner quelques minutes. Ce moyen est périlleux. Il l’expose à essuyer une grêle de balles. N’importe. Il veut l’essayer.
La tente est soutenue par deux perches longues et solides, implantées à la base dans le sol et maintenues au sommet par des arcs-boutants assez semblables aux baleines d’un gigantesque parapluie. S’il peut abattre ces deux supports, il est sauvé.
Il épaule rapidement sa carabine et la décharge deux fois, avec le calme inouï d’un chasseur qui fait coup double sur des perdreaux. Les perches, touchées en plein bois par des balles explosibles, éclatent fauchées, broyées par les terribles projectiles, dont les fragments s’éparpillent de tous côtés. L’immense toile, manquant brusquement de points d’appui s’abat sur les assaillants, comme un épervier sur une bande de poissons et les emprisonne dans les inextricables replis de son tissu.
Quelques coups de revolver éclatent en même temps, sans autre effet qu’un peu de bruit et beaucoup de fumée. L’action d’Alexandre a été tellement rapide et les agresseurs ont été à ce point troublés à la vue de l’arme braquée sur eux, que leurs coups mal assurés n’ont frappé que le vide.