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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Je suis d’accord avec le soldat, dit Ignacio Destraña en s’avançant au milieu de l’attroupement. Puisque l’état-major a l’air de tenir absolument à empêcher quiconque de pénétrer dans ce sanctuaire, c’est qu’ils ont quelque chose d’important à cacher. Nous retirerons forcément un bénéfice en découvrant ce qui gêne nos ennemis. »

Tancrède dévisagea non sans surprise le grand échalas qui se tenait devant eux puis entrevit l’expression stupéfaite d’Albéric juste avant que celui-ci ne se recompose un visage neutre.

« Je…, commença Tancrède en hésitant, conscient que ce qu’il allait dire pouvait créer des difficultés à Albéric. Je pense que certains d’entre vous devraient nous accompagner. Il ne suffira pas de Liétaud et moi-même pour exécuter une mission de ce genre. » Réalisant soudain qu’il traitait son ami comme son subordonné, il lui adressa un sourire en ajoutant : « Bien sûr, Liétaud, si tu penses que cette expédition ne vaut pas le risque qu’elle nous fera prendre, tu es libre de…

— Ne me fâche pas, Tancrède, coupa le Flamand. Tu sais très bien que je suis avec toi, quoi que tu fasses. »

Albéric restait muet. Ignacio répondit à Tancrède.

« C’est toi le soldat, Tarente. Si tu nous dis qu’il te faut de l’aide sur le terrain, c’est que c’est vrai. Combien d’hommes seront nécessaires d’après toi ?

— Je ne demande personne pour combattre. Liétaud et moi nous en chargerons le cas échéant. Néanmoins, l’assistance de certains d’entre vous pour désactiver d’éventuels systèmes de sécurité ou pour espionner les communications courte-portée sera précieuse. Disons que deux personnes devraient suffire.

— Très bien, enchaîna Ignacio sans attendre. Je suis volontaire ! »

Des murmures dans l’assistance accueillirent cette déclaration spontanée, montrant, s’il en était besoin, à quel point elle était surprenante dans la bouche du mécanicien.

« Il n’en est pas question », intervint soudain Albéric d’une voix nette.

Ignacio se tourna d’un mouvement étonnamment rapide pour quelqu’un de sa stature et fit face au chef des évadés. Il avait l’air ulcéré, comme si on l’avait giflé.

« Et qu’est-ce qui te donne le droit de m’interdire d’y aller ? demanda-t-il sur un ton de défi.

— Deux choses. » Albéric parlait lentement, mais fermement. Tancrède comprit qu’il profitait de l’occasion pour raffermir son autorité. « Premièrement, jusqu’à preuve du contraire, je suis le chef ici et tu es censé faire ce que je dis. Je ne compte pas m’improviser dictateur, toutefois lorsque nous sommes arrivés ici, nous avons procédé à un vote et la majorité m’a désigné. Si tu respectes ce vote, tu dois respecter mes décisions, surtout dans la mesure où je crois avoir montré que je n’étais pas du genre à abuser de l’autorité. »

Des hochements de tête autour d’eux firent comprendre à Tancrède que cette opinion était partagée par beaucoup.

« Deuxièmement, tu es notre seul mécanicien ici, ce qui fait de toi un élément irremplaçable. » Albéric avait prononcé le dernier mot avec tant d’affectation que c’était presque comme s’il avait dit le contraire. Néanmoins, son raisonnement était imparable.

« En conséquence, je me porte volontaire. J’ai pris la responsabilité de faire venir Tancrède et Liétaud ici, je l’assume donc en partageant les risques qu’ils nous demandent de courir. Par ailleurs, ajouta-t-il avec un parfait sourire de politicien vers l’assistance, je suis loin d’être le meilleur des bio-informaticiens ici, je suis donc, moi, parfaitement remplaçable. »

Quelques gloussements s’entendirent ici et là. Tancrède devina qu’il y avait une bonne part de fausse modestie dans cet autodénigrement. Ignacio, qui semblait s’être repris durant la tirade d’Albéric – Liétaud nota que ses mains ne tremblaient plus de rage – eut l’air de jauger la situation avant de déclarer :

« Très bien, tu as probablement raison, Commandant. Après tout, ma présence là-bas n’est certainement pas aussi importante qu’ici, je te l’accorde. » Un sourire faussement beau joueur s’élargit sur son visage. « Mais peut-être que la prochaine fois ce ne sera pas le cas. »

* * *

La pluie se mit à tomber à peine une heure avant notre départ.

À ce moment, nous nous trouvions dans « l’entrepôt », une salle toute en longueur d’environ quarante mètres sur huit dont les parois, striées par l’érosion des anciens flots souterrains évoquaient les enfilades d’arches ovales d’un hangar d’intercepteurs. Tous nos véhicules, c’est-à-dire principalement des buggys, et tout notre matériel y étaient stockés.

Là, Tancrède, Liétaud et moi-même, ainsi qu’une bonne dizaine d’évadés, étions affairés à préparer l’équipement et les vivres nécessaires pour l’expédition proposée par l’ex-lieutenant de l’ECM. Les deux méca-percherons seraient montés par les soldats tandis que moi et Adelphe Pérol, l’autre volontaire – l’autre inconscient – embarquerions à bord d’un buggy. Le coffre du petit véhicule se révéla suffisant pour le peu de matériel dont nous avions besoin, essentiellement deux terminaux portables, quelques appareils de mesure et autres détecteurs électroniques, des outils au cas où une intervention technique se montrerait nécessaire, ainsi que quelques provisions. Nous étions censés être de retour à peine plus de vingt-quatre heures plus tard, il était donc inutile de se charger davantage.

À mon grand désespoir, Tancrède insista pour que nous soyons armés. Je ne me voyais pas combattre des milites Christi au fusil T-farad après la seule et unique leçon de tir que j’avais prise le matin même, mais je concédai au Normand qu’il paraissait difficile de se lancer dans une opération telle que celle-ci sans avoir le moyen de riposter. Aussi vaine que puisse être la riposte de deux inermes.

Il nous fallut aussi nous résoudre à enfiler des tenues de protection renforcées, de véritables petites armures composées de plaques de carbone-semtac fixées sur des combinaisons de toile épaisse dont se servaient tous les travailleurs en milieu dangereux. Même si une douzaine d’exemplaires se trouvaient dans notre butin d’évadés, aucun d’entre nous n’avait encore eu l’occasion de s’en servir. Elles étaient lourdes, inconfortables et ridicules. Affublé ainsi, je me sentis grotesque à côté des montagnes de puissance et d’efficacité que représentaient deux soldats en exosquelette de guerre Weiner-Nikov modèle révisé.

Bien entendu, tous les fidèles amis qui nous entouraient ricanaient et plaisantaient sur mon compte.

« Tu vas bientôt enlever les petites roues sur ton WN, Albéric ? » me lança même cet idiot de Pascal.

Je me préparais à lui asséner une répartie bien sentie lorsqu’un tremblement de terre se déclencha.

Ou plutôt, je crus qu’un tremblement de terre venait de se déclencher.

Un grondement sourd montait de toute part, ponctué par une vibration du sol, légère, mais perceptible. Tous ceux qui étaient présents restèrent figés de stupeur, hésitant entre l’effroi et la curiosité.

« Que se passe-t-il ? » s’écria Adelphe qui venait à peine de commencer à enfiler sa tenue de protection.

« C’est comme s’il y avait un défilé d’Aurochs M4 à l’extérieur ! » fit un autre inerme en tournant sur lui-même, comme pour s’assurer que la source du bruit n’était pas dans l’entrepôt.

« Non, fis-je, ça vient effectivement de l’extérieur, mais on jurerait que… » Je n’eus pas à finir ma phrase, les autres venaient de comprendre eux aussi et tout le monde se ruait dans le boyau d’accès pour se précipiter dehors.

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