Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Comme le paysan allait au-delà du palais et qu’il était un peu éloigné, Aladdin pressa le pas, et quand il l’eut joint, il lui proposa de changer d’habit, et il fit tant que le paysan y consentit. L’échange se fit à la faveur d’un buisson, et quand ils se furent séparés, Aladdin prit le chemin de la ville. Dès qu’il y fut entré, il enfila la rue qui aboutissait à la porte, et en se détournant par les rues les plus fréquentées, il arriva à l’endroit où chaque sorte de marchands et d’artisans avait sa rue particulière. Il entra dans celle des droguistes, et en s’adressant à la boutique la plus grande et la mieux fournie, il demanda au marchand s’il avait une certaine poudre qu’il lui nomma.
Le marchand, qui s’imagina qu’Aladdin était pauvre, à le regarder par son habit, et qu’il n’avait pas assez d’argent pour le payer, lui dit qu’il en avait, mais qu’elle était chère. Aladdin pénétra dans la pensée du marchand; il tira sa bourse, et en faisant voir de l’or, il demanda une demi-drachme de cette poudre. Le marchand la pesa, l’enveloppa, et en la présentant à Aladdin, il en demanda une pièce d’or. Aladdin la lui mit entre les mains, et sans s’arrêter dans la ville qu’autant de temps qu’il en fallut pour prendre un peu de nourriture, il revint à son palais. Il n’attendit pas à la porte secrète, elle lui fui ouverte d’abord, et il monta à l’appartement de la princesse Badroulboudour. «Princesse, lui dit-il, l’aversion que vous avez pour votre ravisseur, comme vous me l’avez témoigné, fera peut-être que vous aurez de la peine à suivre le conseil que j’ai à vous donner. Mais permettez-moi de vous dire qu’il est à propos que vous dissimuliez et même que vous vous fassiez violence, si vous voulez vous délivrer de sa persécution et donner au sultan votre père et mon seigneur la satisfaction de vous revoir.
«Si vous voulez donc suivre mon conseil, continua Aladdin, vous commencerez dès à présent à vous habiller d’un de vos plus beaux habits, et quand le magicien africain viendra, ne faites pas difficulté de le recevoir avec tout le bon accueil possible, sans affectation et sans contrainte, avec un visage ouvert, de manière néanmoins que s’il y reste quelque nuage d’affliction, il puisse apercevoir qu’il se dissipera avec le temps. Dans la conversation, donnez-lui à connaître que vous faites vos efforts pour m’oublier, et afin qu’il soit persuadé davantage de votre sincérité, invitez-le à souper avec vous et marquez-lui que vous seriez bien aise de goûter du meilleur vin de son pays. Il ne manquera pas de vous quitter pour en aller chercher. Alors, en attendant qu’il revienne, quand le buffet sera mis, mettez dans un des gobelets pareils à celui dans lequel vous avez coutume de boire, la poudre que voici, et en la mettant à part, avertissez celle de vos femmes qui vous donne à boire de vous l’apporter plein de vin, au signal que vous lui ferez, dont vous conviendrez avec elle, et de prendre bien garde de ne pas se tromper. Quand le magicien sera revenu et que vous serez à table, après avoir mangé et bu autant de coups que vous le jugerez à propos, faites-vous apporter le gobelet où sera la poudre, et changez votre gobelet avec le sien. Il trouvera la faveur que vous lui ferez si grande qu’il ne la refusera pas. Il boira même sans rien laisser dans le gobelet, et à peine l’aura-t-il vidé que vous le verrez tomber à la renverse. Si vous avez de la répugnance à boire dans son gobelet, faites semblant de boire, vous le pouvez sans crainte: l’effet de la poudre sera si prompt qu’il n’aura pas le temps de faire réflexion si vous buvez ou si vous ne buvez pas.»
Quand Aladdin eut achevé: «Je vous avoue, lui dit la princesse, que je me fais une grande violence en consentant de faire au magicien les avances que je vois bien qu’il est nécessaire que je fasse. Mais quelle résolution ne peut-on pas prendre contre un cruel ennemi? Je ferai donc ce que vous me conseillez, puisque de là mon repos ne dépend pas moins que le vôtre.» Ces mesures prises avec la princesse, Aladdin prit congé d’elle et il alla passer le reste du jour aux environs du palais en attendant la nuit, qu’il se rapprocha de la porte secrète.
La princesse Badroulboudour, inconsolable non-seulement de se voir séparée d’Aladdin, son cher époux, qu’elle avait aimé d’abord et qu’elle continuait d’aimer encore, plus par inclination que par devoir, mais même d’avec le sultan son père, qu’elle chérissait et dont elle était tendrement aimée, était toujours demeurée dans une grande négligence de sa personne depuis le moment de cette douloureuse séparation. Elle avait même, pour ainsi dire, oublié la propreté, qui sied si bien aux personnes de son sexe, particulièrement après que le magicien africain se fut présenté à elle la première fois, et qu’elle eut appris par ses femmes, qui l’avaient reconnu, que c’était lui qui avait pris la vieille lampe en échange de la neuve, et que par cette fourberie insigne il lui fut devenu en horreur. Mais l’occasion d’en prendre vengeance comme il le méritait, et plus tôt qu’elle n’avait osé l’espérer, fit qu’elle résolut de contenter Aladdin. Ainsi, dès qu’il se fut retiré, elle se mit à sa toilette, se fit coiffer par ses femmes de la manière qui lui était la plus avantageuse, et elle prit un habit le plus riche et le plus convenable à son dessein. La ceinture dont elle se ceignit n’était qu’or et que diamants enchâssés, les plus gros et les mieux assortis, et elle accompagna la ceinture d’un collier de treize perles seulement, dont les six de chaque côté étaient d’une telle proportion avec celle du milieu, qui était la plus grosse et la plus précieuse, que les plus grandes sultanes et les plus grandes reines se seraient estimées heureuses d’en avoir un complet de la grosseur des deux plus petites de celui de la princesse. Les bracelets, entremêlés de diamants et de rubis, répondaient merveilleusement bien à la richesse de la ceinture et du collier.
Quand la princesse Badroulboudour fut entièrement habillée, elle consulta son miroir, prit l’avis de ses femmes sur tout son ajustement, et après qu’elle eut vu qu’il ne lui manquait aucun des charmes qui pouvaient flatter la folle passion du magicien africain, elle s’assit sur son sofa, en attendant qu’il arrivât.
Le magicien ne manqua pas de venir à son heure ordinaire. Dès que la princesse le vit entrer dans son salon aux vingt-quatre croisées, où elle l’attendait, elle se leva avec tout son appareil de beauté et de charmes, et elle lui montra de la main la place honorable où elle attendait qu’il se mît pour s’asseoir en même temps que lui, civilité distinguée qu’elle ne lui avait pas encore faite.
Le magicien africain, plus ébloui de l’éclat des beaux yeux de la princesse que du brillant des pierreries dont elle était ornée, fut fort surpris. Son air majestueux et un certain air gracieux dont elle l’accueillait, si opposé aux rebuts avec lesquels elle l’avait reçu jusqu’alors, le rendirent confus. D’abord il voulut prendre place sur le bord du sofa; mais comme il vit que la princesse ne voulait pas s’asseoir dans la sienne qu’il ne se fût assis où elle souhaitait, il obéit.
Quand le magicien africain fut placé, la princesse, pour le tirer de l’embarras où elle le voyait, prit la parole en le regardant d’une manière à lui faire croire qu’il ne lui était plus odieux comme elle l’avait fait paraître auparavant, et elle lui dit: «Vous vous étonnerez sans doute de me voir aujourd’hui tout autre que vous ne m’avez vue jusqu’à présent, mais vous n’en serez plus surpris quand je vous dirai que je suis d’un tempérament si opposé à la tristesse, à la mélancolie, aux chagrins et aux inquiétudes, que je cherche à les éloigner le plus tôt possible dès que je trouve que le sujet en est passé. J’ai fait réflexion sur ce que vous m’avez représenté du destin d’Aladdin, et, de l’humeur dont je connais mon père, je suis persuadée comme vous qu’il n’a pu éviter l’effet terrible de son courroux. Ainsi, quand je m’opiniâtrerais à le pleurer toute ma vie, je vois bien que mes larmes ne le feraient pas revivre. C’est pour cela qu’après lui avoir rendu, même jusque dans le tombeau, les devoirs que mon amour demandait que je lui rendisse, il m’a paru que je devais chercher tous les moyens de me consoler. Voilà les motifs du changement que vous voyez en moi. Pour commencer donc à éloigner tout sujet de tristesse, résolue à la bannir entièrement, et persuadée que vous voudrez bien me tenir compagnie, j’ai commandé qu’on nous préparât à souper. Mais comme je n’ai que du vin de la Chine et que je me trouve en Afrique, il m’a pris une envie de goûter de celui qu’elle produit, et j’ai cru, s’il y en a, que vous en trouverez du meilleur.»