Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Vas-y donc! finit-elle par crier, dans un elan de tout son coeur. Auguste est trop faible, ils sont encore en train de le ficher dedans!
Alors, Berthe monta. Octave, qui faisait l'etalage, les avait ecoutees. Quand il se vit seul avec madame Josserand, et qu'elle se dirigea vers la porte, il lui demanda, dans l'espoir d'un jour de conge, s'il ne serait pas convenable de fermer le magasin.
-Pourquoi donc? dit-elle. Attendez qu'il soit mort. Ce n'est pas la peine de manquer la vente.
Puis, comme il plissait un coupon de soie ponceau, elle ajouta, pour rattraper la durete de sa phrase:
-Seulement, vous pourriez bien, il me semble, ne pas mettre du rouge a l'etalage.
Au premier, Berthe trouva Auguste pres de son pere. La chambre n'avait pas change depuis la veille; elle etait toujours moite, silencieuse, emplie du meme rale, long et penible. Sur le lit, le vieillard restait rigide, dans une perte complete du sentiment et du mouvement. La boite de chene, pleine de fiches, encombrait encore la table; pas un meuble ne semblait avoir ete derange ni meme ouvert. Cependant, les Duveyrier paraissaient plus abattus, las d'une nuit sans sommeil, les paupieres inquietes, tiraillees par une continuelle preoccupation. Des sept heures, ils avaient envoye Hippolyte chercher leur fils Gustave au lycee Bonaparte; et l'enfant, un garcon de seize ans, mince et precoce, etait la, dans l'effarement de ce jour inespere de vacance, a passer pres d'un moribond.
-Ah! ma chere, quel coup affreux! dit Clotilde en allant embrasser Berthe.
-Pourquoi ne pas nous prevenir? repondit celle-ci, avec la moue pincee de sa mere. Nous etions la pour vous aider a le supporter.
Auguste, d'un regard, la pria de garder le silence. Le moment n'etait pas venu de se quereller. On pouvait attendre. Le docteur Juillerat, qui avait deja fait une premiere visite, devait en faire une seconde; mais il ne donnait toujours aucun espoir, le malade ne passerait pas la journee. Auguste communiquait ces nouvelles a sa femme, lorsque Theophile et Valerie entrerent a leur tour. Tout de suite, Clotilde s'etait avancee, et elle repeta en embrassant Valerie:
-Quel coup affreux, ma chere!
Mais Theophile arrivait, tres monte.
-Alors, maintenant, dit-il, sans meme etouffer sa voix, quand votre pere se meurt, c'est votre charbonnier qui doit vous l'apprendre?... Vous avez donc voulu prendre le temps de retourner ses poches?
Duveyrier se leva, indigne. Mais Clotilde d'un geste l'ecarta, tandis qu'elle repondait tres bas a son frere:
-Malheureux! l'agonie de notre pauvre pere ne t'est pas meme sacree!... Regarde-le, contemple ton oeuvre; oui, c'est toi qui lui as tourne le sang, en refusant de payer tes termes en retard.
Valerie se mit a rire.
-Voyons, ce n'est pas serieux, dit-elle.
-Comment! pas serieux! reprit Clotilde, revoltee. Vous saviez combien il aimait a toucher ses termes.... Vous auriez resolu de le tuer, que vous n'auriez pas agi autrement.
Et elles en venaient a des mots plus vifs, elles s'accusaient reciproquement de vouloir mettre la main sur l'heritage, lorsque, toujours maussade et calme, Auguste les rappela au respect.
-Taisez-vous! Vous aurez le temps. Ce n'est pas convenable, a cette heure.
Alors, la famille, se rendant a la justesse de cette observation, prit place autour du lit. Un grand silence tomba, on entendit de nouveau le rale, dans la chambre moite. Berthe et Auguste etaient aux pieds du mourant; Valerie et Theophile, arrives les derniers, avaient du se mettre assez loin, pres de la table; tandis que Clotilde occupait le chevet, ayant son mari derriere elle; et, au bord meme des matelas, elle poussait son fils Gustave, que le vieillard adorait. Tous se regardaient maintenant, sans une parole. Mais les yeux clairs, les levres pincees disaient les reflexions sourdes, les raisonnements pleins d'inquietude et d'irritation, qui passaient dans ces tetes pales d'heritiers, aux paupieres rougies. La vue du collegien, si pres du lit, exasperait surtout les deux jeunes menages; car, c'etait visible, les Duveyrier comptaient sur la presence de Gustave pour attendrir le grand-pere, s'il recouvrait sa connaissance.
Meme cette manoeuvre etait une preuve qu'il ne devait pas exister de testament; et les regard des Vabre allaient furtivement a un vieux coffre-fort, la caisse de l'ancien notaire, qu'il avait apportee de Versailles et fait sceller dans un coin de sa chambre. Il y enfermait, par manie, tout un monde d'objets. Sans doute les Duveyrier s'etaient empresses de fouiller cette caisse, pendant la nuit. Theophile revait de leur tendre un piege, pour les faire parler.
-Dites donc, vint-il murmurer enfin a l'oreille du conseiller, si l'on avertissait le notaire.... Papa peut vouloir changer ses dispositions.
Duveyrier n'entendit pas d'abord. Comme il s'ennuyait beaucoup dans cette chambre, il avait laisse toute la nuit sa pensee retourner vers Clarisse. Decidement, le plus sage serait de se remettre avec sa femme; mais l'autre etait si drole, quand elle envoyait sa chemise par-dessus sa tete, d'un geste de gamin; et, les yeux vagues, fixes sur le moribond, il la revoyait ainsi, il aurait tout donne pour la posseder encore, rien qu'une fois. Theophile dut repeter sa question.
-J'ai interroge monsieur Renaudin, repondit alors le conseiller effare. Il n'y a pas de testament.
-Mais ici?
-Pas plus ici que chez le notaire.
Theophile regarda Auguste: etait-ce evident? les Duveyrier avaient fouille les meubles. Clotilde saisit ce regard et s'irrita contre son mari. Qu'avait-il donc? est-ce que la douleur l'endormait? Et elle ajouta:
-Papa a fait ce qu'il a du faire, bien sur.... Nous le saurons toujours trop tot, mon Dieu!
Elle pleurait. Valerie et Berthe, gagnees par sa douleur, se mirent aussi a sangloter doucement. Theophile avait regagne sa chaise sur la pointe des pieds. Il savait ce qu'il voulait savoir. Certainement, si son pere reprenait connaissance, il ne laisserait pas les Duveyrier abuser de leur galopin de fils, pour se faire avantager. Mais, comme il s'asseyait, il vit son frere Auguste s'essuyer les yeux, et cela l'emut tellement, qu'a son tour il etrangla: l'idee de la mort lui venait, il mourrait peut-etre de cette maladie, c'etait abominable. Alors, toute la famille fondit en larmes. Seul, Gustave ne pouvait pleurer. Ca le consternait, il regardait par terre, reglant sa respiration sur le rale, pour s'occuper a quelque chose, comme on leur faisait marquer le pas, pendant les lecons de gymnastique.
Cependant, les heures s'ecoulaient. A onze heures, ils eurent une distraction, le docteur Juillerat se presenta de nouveau. L'etat du malade empirait, il devenait meme douteux, maintenant, qu'il put reconnaitre ses enfants, avant de mourir. Et les sanglots recommencaient, lorsque Clemence vint annoncer l'abbe Mauduit. Clotilde, qui s'etait levee, recut la premiere ses consolations. Il paraissait penetre du malheur de la famille, il trouva pour chacun une parole d'encouragement. Puis, avec beaucoup de tact, il parla des droits de la religion, il insinua qu'on ne devait pas laisser partir cette ame sans le secours de l'Eglise.
-J'y avais songe, murmura Clotilde.
Mais Theophile eleva des objections. Leur pere ne pratiquait pas; il avait meme eu jadis des idees avancees, car il lisait Voltaire; enfin, le mieux etait de s'abstenir, du moment qu'on ne pouvait le consulter. Dans le feu de la discussion, il ajouta meme:
-C'est comme si vous apportiez le bon Dieu a ce meuble.
Les trois femmes le firent taire. Elles etaient toutes secouees d'attendrissement, elles donnerent raison au pretre, s'excuserent de ne pas l'avoir envoye chercher, dans le trouble de la catastrophe. M. Vabre, s'il avait pu parler, aurait certainement consenti, car il n'aimait a se faire remarquer en rien. D'ailleurs, ces dames prenaient tout sur elles.
-Quand ce ne serait que pour le quartier, repetait Clotilde.
-Sans doute, dit l'abbe Mauduit qui approuva vivement. Un homme dans la situation de monsieur votre pere doit le bon exemple.