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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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— Pourquoi ? Vous n’avez quand même pas imaginé qu’il pouvait y avoir du danger ?

Le Terrien avait renoncé à tenter d’expliquer à son interlocuteur ce qu’était un acte réflexe et s’était borné à répondre :

— Quelque chose d’absolument inattendu, cela fait peur. Tant que l’on a pas analysé une situation nouvelle, il est plus prudent de prévoir le pire.

Son cœur cognait encore avec violence dans sa poitrine quand il avait à nouveau posé son regard sur l’œil monstrueux. Certes, il aurait pu s’agir d’une maquette incroyablement agrandie comme celles des microbes et des insectes exposés dans les musées de la Terre, mais alors même qu’il posait la question, il avait eu la conviction que la chose était en grandeur réelle.

Vindarten ne lui avait pas appris grand-chose. Ce n’était pas son domaine et il n’était pas particulièrement curieux. Jan déduisit des explications du Suzerain qu’il s’agissait d’un animal cyclopéen habitant la poussière d’astéroïdes d’un lointain soleil, dont la pesanteur n’entravait pas la croissance, qui se nourrissait et se maintenait en vie grâce au champ visuel et au pouvoir de résolution de son œil unique. Il n’y avait apparemment pas de limites à ce que la nature pouvait inventer sous l’empire de la nécessité.

Un jour, Jan avait entrepris une interminable ascension. Les parois opalines de l’élévatrice étaient finalement devenues d’une limpidité de cristal. Le Terrien dominait les plus hautes tours de la cité. Il ne semblait pas y avoir de support tangible sous ses pieds et rien ne s’interposait entre lui et l’abîme. Pourtant, il n’avait pas plus le vertige que lorsque l’on est à bord d’un aéroplane parce qu’il n’y avait pas le moindre contact avec le sol lointain.

Il était au-dessus des nuages, seul dans le ciel en compagnie de quelques flèches de métal ou de pierre. La couche nuageuse roulait paresseusement comme une mer rose. Deux minuscules lunes blêmes flottaient dans les cieux à peu de distance du soleil sombre et vultueux. À peu près au centre de son disque rougeoyant, on discernait une petite tache noire parfaitement circulaire qui pouvait être une macule ou une autre lune errante.

Jan promena lentement son regard sur l’horizon. Les nuées s’étendaient jusqu’aux confins de l’énorme planète mais il y avait à une distance qu’il était incapable d’évaluer comme des marbrures. Peut-être les tours d’une autre cité. Il les avait longuement contemplées avant de poursuivre son examen.

Quand il eut décrit un demi-cercle, il vit la montagne. Elle n’était pas sur l’horizon mais au delà ! Pic solitaire et dentelé surplombant le rivage de ce monde et dont la base, comme celle d’un iceberg, était invisible. Jan ne put même pas en estimer l’altitude. Même sur une planète où la pesanteur était aussi faible, il semblait impossible qu’une montagne d’une taille pareille pût exister. Les Suzerains y faisaient-ils de l’alpinisme ? Planaient-ils comme des aigles autour de ces formidables contreforts ?

Et, soudain, la montagne avait commencé à changer. Quand il l’avait aperçue, elle était d’un rouge terne, presque sinistre, avec, à la cime, quelques taches qu’il discernait mal. Il s’efforçait de mieux les distinguer quand il se rendit compte qu’elles bougeaient…

Tout d’abord, il n’en crut pas ses yeux. Puis il se rappela que toutes les idées préconçues qu’il pouvait avoir étaient, ici, sans valeur aucune. Il ne fallait en aucun cas laisser son intelligence réfuter le témoignage de ses sens, il ne fallait pas essayer de comprendre mais se contenter d’observer. Il comprendrait peut-être plus tard – ou jamais.

La montagne – il continuait de la qualifier ainsi faute de trouver le vocable qui l’eût exactement définie – la montagne paraissait vivante et il se remémora l’œil monstrueux du musée. Mais non ! Il n’y avait aucun rapport. Il ne s’agissait pas d’une forme de vie organique. Peut-être même pas de matière dans l’acception habituelle du terme.

Le rouge sombre de la montagne prenait une teinte de plus en plus éclatante. Des traînées jaunes apparurent et Jan eut un instant l’impression d’un volcan vomissant des coulées de lave. Seulement, à en juger par leurs mouchetures, ces traînées ne descendaient pas : elles montaient !

Et voici que quelque chose d’autre surgit, crevant la nappe de nuages rougeâtres qui enrobaient le pied du promontoire : un gigantesque anneau parfaitement horizontal et parfaitement circulaire, un anneau dont la couleur était celle des cieux lointains dont le Terrien avait la nostalgie. Jamais il n’avait vu bleu plus ravissant depuis qu’il était sur la planète des Suzerains. Il en avait la gorge nouée.

L’anneau grossissait à mesure qu’il s’élevait. À présent, il était plus haut que la montagne et le segment qui lui faisait face s’arquait rapidement vers Jan. Ce devait être une sorte de tourbillon, une espèce de rond de fumée déjà large de bien des kilomètres. Cependant, il n’était pas animé d’un mouvement de rotation et plus il grandissait, plus il avait l’air solide.

Son ombre lancée à toute vitesse balaya l’endroit où se tenait Jan longtemps avant que l’anneau lui-même se fût majestueusement envolé dans les airs. Bientôt, ce ne fut plus qu’un mince filament d’azur qui se fondait dans le rougeoiement du ciel. Quand il disparut, son diamètre devait atteindre des milliers de kilomètres. Et il continuait de grossir.

Jan abaissa à nouveau les yeux sur la montagne. Maintenant, elle était dorée et il ne voyait plus la moindre diaprure. Peut-être n’était-ce qu’un tour que lui jouait son imagination – désormais, il était disposé à croire n’importe quoi – mais il avait l’impression qu’elle était plus haute et plus effilée. Et qu’elle tournoyait comme l’entonnoir d’un cyclone. Il était tellement abasourdi que ce fut seulement à ce moment qu’il se rappela sa caméra. Il colla son œil au viseur et braqua l’objectif vers cet invraisemblable, cet ahurissant phénomène.

Prestement, Vindarten plaqua sa main sur la tourelle et, avec une implacable fermeté, obligea Jan à détourner l’appareil. Le Terrien n’essaya même pas de résister. Cela aurait été inutile, bien évidemment, mais surtout, il éprouvait brusquement une terreur mortelle devant la chose qui se profilait à la périphérie de la planète.

Lors de ses autres excursions, Vindarten l’avait laissé photographier tout ce qu’il voulait. Il ne fournit aucune explication à Jan. Au contraire, il l’interrogea pour que le Terrien lui rapportât ce qu’il avait vu jusqu’au plus infime détail.

Et Jan comprit à ce moment que le spectacle auquel son guide avait assisté avait été totalement différent. Et il devina pour la première fois que les Suzerains, eux aussi, obéissaient à des maîtres.

Et maintenant, il rentrait, laissant derrière lui tous ces prodiges, toutes ces terreurs, toutes ces énigmes. C’était sans doute la même nef mais certainement pas le même équipage. Il était difficilement croyable que, même compte tenu de leur longévité, les Suzerains acceptent d’un cœur léger d’être coupés de leur monde natal pendant les longues années d’un voyage interstellaire. Car l’effet de dilatation du temps dû à la relativité jouait bien entendu dans les deux sens. Au retour, les voyageurs n’auraient vieilli que de quatre mois, mais leurs amis auraient quatre-vingts ans de plus.

S’il en avait exprimé le désir. Jan aurait sans nul doute pu rester sur la planète jusqu’à la fin de son existence. Mais Vindarten l’avait prévenu qu’il n’y aurait pas d’autre départ en direction de la Terre avant plusieurs années et lui avait conseillé de profiter de l’occasion. Peut-être les extraterrestres s’étaient-ils rendu compte que, même dans ce laps de temps comparativement bref, son esprit était presque arrivé à la limite de ses capacités. Ou, tout simplement, il les importunait et ses hôtes ne pouvaient plus lui consacrer davantage de temps.

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